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Le cercueil de job livre critique avis

Critique / « Le Cercueil de Job » (2021) de Lance Weller

Lance Weller, auteur de Wilderness en 2013 et Les Marches de l’Amérique en 2017 chez Gallmeister, continue sa plongée dans l’histoire des Etats-Unis au XIXe siècle, avec Le Cercueil de Job. Point question ici d’obsèques, il s’agit d’étoiles, d’astronomie où dans la constellation du Dauphin a accroché à sa queue le fameux cercueil. Ce repère permet à une jeune esclave de guider sa fuite, et celle de ceux qui la suivent vers le Nord, lieu d’espoirs, de liberté, et d’une vie meilleure. Durant deux années, sans ordre chronologique, les destinées de deux individus, que tout oppose, se déploient. La critique du livre sur Bulles de Culture.

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L..

Le Cercueil de Job : Fuir n’est pas simple

Bell Hood, accompagnée de Dexter, s’est échappée de la plantation de Locust Hall qui l’a à jamais marqué dans sa chair. En représailles aux échappées réitérées de son père, elle porte les empreintes du fer rouge, sur ses deux joues, infligées par le contremaître Jones. À ces cicatrices indélébiles, il a ajouté une étoile qu’il a percée sur l’une de ses dents. Quelles que soient les circonstances, Bell conserve une volonté inébranlable. Dotée de connaissances rares pour une esclave, comme sa capacité à lire, elle impressionne tout son entourage. Maigre, hirsute, en loques, malgré son jeune âge, elle en impose à tous par sa farouche détermination.

Fuir n’est pas simple. Il n’y a pas seulement les sudistes auxquels il faut échapper. Sur le chemin toute rencontre est dangereuse. Il faut éviter les pervers, quel que soit leur âge. Ils s’attaquent aux plus faibles et plus particulièrement aux personnes de sexe féminin. Dormir, se déplacer, se cacher, se ravitailler, sont des tâches harassantes, quotidiennes, nécessaires pour survivre. De plus, il faut ne pas être repris  par des chasseurs d’ex-esclaves libérés. Un jour ils délivrent un homme entravé, Junuary June, une force de la nature, qui avait obtenu sa liberté grâce à un daguerréotypiste qui lui apprit beaucoup. Le duo devint trio, avant de redevenir duo, toujours pilotés par Le Cercueil de Job.

« l’auteur se confronte avec lucidité et exigence à l’Histoire des Etats-Unis« 

Pendant ce temps, Jeremiah Hoke, homme de troupe sudiste, vêtu comme d’autres, d’ « une chemise de travail et un pantalon de toile », tenaillé par la faim, avance de batailles en guet-apens. Enfant, sa mère décédée à sa naissance, il n’eut pour père qu’un alcoolique violent et sans amour. À ses dix-neuf ans, débarrassé de son géniteur, il connut une vie rythmée par des hasards et non des convictions, comme quand il intégra les troupes confédérées, défenseuses des droits des sept états esclavagistes. Même peu actif, il participe néanmoins à de nombreux combats de la guerre de Sécession. Ce sont de véritables boucheries, criantes de réalisme où ça crie, ça braille, ça tue, ça déchiquète, le sang jaillissant à profusion. Et brutalement la guerre s’arrête pour Jerémiah. Amputé de nombreux doigts, sauvé par un couple d’agriculteurs, il se retape et les aide avec difficulté. Il ne s’agit que d’une étape, chez des gens normaux, hors de la folie guerrière. Il demeure hanté par ce qu’il a vu et vécu. Et pourtant le pire est à venir.

À priori des destins que rien ne rapproche, et qui pourtant le seront, permettant de découvrir les secrets portés par Le Cercueil de Job. Lance Weller tisse avec habileté un roman où la rédemption aboutit aux plus beaux gestes au milieu d’une innommable barbarie. Rien n’est épargné aux participants de cette guerre, où la vie n’a que peu de valeur, où la haine raciale est exacerbée. Parfait peintre de cette période, au milieu de ses batailles sauvages, l’auteur établit des dialogues de qualité, remplis de profondeur sur nombre de sujets. Un très beau livre, sombre, où l’auteur se confronte avec lucidité et exigence à l’Histoire des Etats-Unis, en mettant en exergue les blessures que porte encore en lui ce pays ; l’esclavage et la guerre de Sécession. Avec l’excellente traduction de François Happe, Le Cercueil de Job mène vers la liberté pour les uns et le salut pour les autres. Un livre saisissant à ne pas rater.

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