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Scène de fête dans L’Inconnue d’Arthur Harari
Une scène de L’Inconnue, thriller fantastique réalisé par Arthur Harari. crédits Pathé Films

Critique / « L’Inconnue » (2026) d’Arthur Harari : un vertige d’identité fascinant et irritant

Dernière mise à jour : août 28th, 2026 à 11:33 am

En salles en France le 26 août 2026, L’Inconnue est le troisième long métrage d’Arthur Harari. Présenté en compétition au Festival de Cannes 2026, ce thriller fantastique avec Léa Seydoux et Niels Schneider adapte Le cas David Zimmerman, le roman graphique coécrit par Lucas et Arthur Harari. Un film de body swap naturaliste, grave et cérébral, qui fascine autant qu’il agace. La critique et l’avis de Bulles de Culture.

Synopsis :

David Zimmerman (Niels Schneider), photographe presque invisible, approche la quarantaine dans une existence recluse, hantée par les paysages disparus de la banlieue parisienne et par l’ombre d’un père mort. Entraîné un soir dans une fête, il croise une femme, Eva (Léa Seydoux), dont le visage semble l’appeler comme un souvenir mal classé. Ils font l’amour. Au réveil, David découvre qu’il habite le corps de cette inconnue. Commence alors une enquête inquiète : retrouver son propre corps, comprendre qui l’occupe désormais, et tenter de survivre à cette dépossession qui n’est ni un rêve, ni une métaphore commode, mais une catastrophe intime.

L’Inconnue : du Cas David Zimmerman au film d’Arthur Harari

Avec L’Inconnue, Arthur Harari signe son troisième long métrage après Diamant noir et Onoda, 10 000 nuits dans la jungle. Le cinéaste, également coscénariste oscarisé d’Anatomie d’une chute avec Justine Triet, revient ici à une histoire imaginée avec son frère Lucas Harari dans le roman graphique Le cas David Zimmerman. Pour le film, le scénario est signé Arthur Harari, Lucas Harari et Vincent Poymiro.

L’idée de départ tient du pur cinéma fantastique : un homme se réveille dans le corps d’une femme rencontrée quelques heures auparavant. Mais Arthur Harari refuse d’en faire un jeu ou une mécanique spectaculaire. Son « body swap » s’installe au contraire dans un cinéma naturaliste, presque documentaire, où l’impossible est traité comme un fait divers intime.

Le film se présente ainsi moins comme une adaptation classique que comme une variation plus noire et plus physique autour d’une question vertigineuse : que reste-t-il de nous quand notre corps cesse de nous appartenir ?

Léa Seydoux éclairée en rouge dans L’Inconnue d’Arthur Harari
L’Inconnue d’Arthur Harari, en salles le 26 août 2026. crédits Pathé Films

L’Inconnue ressemble alors à une sorte de prototype. Non pas un objet parfaitement poli ou aimable, mais une machine d’essai lancée à pleine vitesse dans une chambre noire. Il y a là quelque chose d’admirable et d’irritant.

Admirable, parce que le cinéma français produit rarement des œuvres aussi frontalement spéculatives, où le fantastique n’arrive pas par la porte du spectacle mais par celle du quotidien. Irritant, parce que le film donne aussi régulièrement le sentiment de contempler sa propre intelligence.

Léa Seydoux et Niels Schneider dans un échange de corps sans refuge

La singularité la plus évidente de L’Inconnue tient à ce naturalisme paradoxal. Arthur Harari filme l’impossible comme s’il allait de soi. Le merveilleux ne scintille pas, il colle à la peau.

David, devenu cette inconnue, traverse une lente panique organique. Le spectateur doit accomplir un exercice mental constant : voir le corps de Léa Seydoux tout en comprenant qu’il est désormais habité par David, puis regarder les autres personnages comme autant d’identités devenues incertaines.

Ce décalage produit une fatigue qui peut devenir féconde, presque philosophique. Le film ne cesse de demander où se loge l’identité lorsque le visage, la voix et le corps ne peuvent plus servir de preuves.

Léa Seydoux emporte une grande partie de cette croyance. Son jeu ne consiste pas à « imiter » un homme, piège qui aurait condamné le film à l’artifice, mais à se raidir contre son propre corps, à l’habiter comme une chambre devenue soudain trop lourde.

Niels Schneider apparaît de son côté spectral, presque effacé avant même la métamorphose. David n’est peut-être pas seulement dépossédé parce qu’il change de corps. Tout se passe comme s’il changeait de corps parce qu’il était déjà en voie de disparition.

Un film sur la disparition plus que sur la métamorphose

C’est là que L’Inconnue devient plus troublant que son dispositif de départ. Derrière l’échange des corps, Arthur Harari s’intéresse moins à la transformation qu’à l’effacement.

Le personnage de David est photographe. Il tente de saisir des lieux, des paysages et les traces de ce qui a disparu. Cette obsession contamine peu à peu le film lui-même : les corps deviennent des images instables, les identités des présences susceptibles de s’effacer ou d’être remplacées.

Léa Seydoux et Niels Schneider enlacés dans un intérieur sombre, scène de L'Inconnue
Léa Seydoux et Niels Schneider dans L’Inconnue, d’Arthur Harari, en salles le 26 août. Pathé Films.

Cette ambition donne à L’Inconnue son étrangeté, mais aussi sa froideur. Le dispositif conceptuel finit parfois par prendre le pas sur ceux qu’il enferme. À mesure que le récit multiplie les questions sur l’identité et la dépossession, le spectateur peut avoir le sentiment d’être maintenu à distance de personnages que le film transforme presque en hypothèses.

C’est précisément ce frottement qui rend l’expérience difficile à trancher. L’Inconnue fascine autant qu’il agace, et sa mécanique cérébrale peut simultanément captiver et tenir à l’écart.

Pour aller plus loin après la projection, retrouvez notre explication de la fin de L’Inconnue.

Notre avis sur L’Inconnue

L’Inconnue est une œuvre étrange que l’on regarde avec un mélange de distance et de fascination. Arthur Harari poursuit jusqu’au bout une proposition radicale, quitte à laisser la sophistication de son dispositif refroidir l’émotion.

Reste un film que l’on n’oublie pas facilement. Une œuvre imparfaite, inhospitalière, parfois irritante, mais qui semble avoir été conçue moins pour séduire que pour contaminer durablement le regard.

En savoir plus : L’Inconnue sort en France le 26 août 2026. Durée : 2 h 20. Réalisation : Arthur Harari. Scénario : Arthur Harari, Lucas Harari et Vincent Poymiro. Avec Léa Seydoux, Niels Schneider, Valérie Dréville, Shanti Masud, Radu Jude, Jonathan Turnbull, Lilith Grasmug et Victoire Du Bois. Distribution France : Pathé Films. Film interdit aux moins de 12 ans.

Antoine Corte
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