Dans, La bataille de Gaulle : l’âge de fer, premier volet d’un diptyque aux ambitions nationales, le réalisateur Antonin Baudry retrace les heures fondatrices d’un homme seul face à l’histoire, du chaos de la débâcle aux premiers frémissements de la Résistance. Un spectacle historique de haute tenue, porté par une mise en scène haletante, mais qui sacrifie parfois la profondeur de l’homme à l’efficacité de la légende. La critique et l’avis de Bulles de culture.
La bataille de Gaulle : l’âge de fer : Une fresque nationale au souffle haletant, qui sacrifie l’homme à l’icône
Avec ce premier volet d’un diptyque consacré au destin de Charles de Gaulle entre 1940 et 1945, Antonin Baudry signe le projet français le plus spectaculairement ambitieux de ces dernières années. S’inspirant de la biographie monumentale de Julian Jackson, le cinéaste déplace son appétit pour le thriller géopolitique vers la grande forme de la fresque de guerre, en brassant enjeux militaires, diplomatie souterraine et recompositions politiques de la France libre. L’entreprise impose le respect, au moins par l’ampleur de ses moyens et l’étendue de ses intentions.
Le film trouve sa meilleure veine dans la dialectique entre effondrement et élan. Juin 1940, la France signe l’armistice et s’abandonne. Un général encore inconnu du grand public refuse la logique de la capitulation et se réfugie vers Londres, sans armée, sans appui structuré, sans autre certitude que celle d’une conviction obsessionnelle. Autour de cette solitude fondatrice, Antonin Baudry construit un récit en mouvement perpétuel, nourri de confrontations verbales, d’ellipses entre continents et de séquences où chaque télégramme, chaque porte poussée, semble peser sur le cours des événements. L’intensité est réelle, la course en avant ininterrompue.
Mais c’est précisément là que le film se retourne contre lui-même. Le rythme effréné qui fait sa force narrative laisse peu de place au silence, au doute, à la faille. De Gaulle existe davantage comme vecteur d’action que comme être de contradictions. On sent par moments affleurer un autre film possible, celui d’un homme qui se découvre lui-même en se séparant de son pays, qui mesure le prix intime de sa propre légende. Cette dimension reste esquissée, vite recouverte par la nécessité d’avancer vers la séquence suivante, comme si un ralentissement risquait de rompre le contrat avec un spectateur implicitement avide de rebondissements.
Simon Abkarian compose un de Gaulle habité dans les scènes de confrontation directe, mais la construction très segmentée du récit, découpé en blocs dramatiques aux contours nets, finit par éloigner le film du biopic introspectif pour le rapprocher d’une grande saga sérielle condensée. L’objet semble pensé pour le spectateur de plateforme, familier des formats à climax répétés. Ce choix n’est pas sans légitimité dans un paysage culturel où le récit national doit reconquérir ses publics. Il laisse cependant en chemin ce qui aurait pu distinguer durablement ce premier volet des représentations déjà nombreuses consacrées à de Gaulle. Le film préfère l’évidence de l’icône à la complexité de l’homme, et c’est là son principal renoncement.
En savoir plus :
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- Date de sortie France : 3/06/2026
- Distribution France : Pathé Films
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