Véronique Mougin, journaliste, entrée en écriture dès 2005, s’adonne au roman depuis 2015. Avec À propos d’un village oublié en mars 2025 chez Flammarion, elle offre un livre tendre et émouvant, largement inspiré du séjour forcé, durant la seconde guerre mondiale, de sa grand-mère Margit devenue Marguerite, dans un petit village de la Drôme à quelques kilomètres de Crest, sur les premiers contreforts du Vercors. La critique et l’avis sur le livre.

Il ne s’agit pas d’un nouveau livre, un de plus, sur les atrocités et horreurs de la seconde guerre mondiale, mais d’un roman empreint de vie, de solidarités exercées par des inconnus, par la succession de petits gestes multiples, en toute humilité, qui permirent de sauver maintes vies, essentiellement celles de femmes et d’enfants, à la barbe des autorités nazies. Margit, jeune hongroise réfugiée à Paris, veut se rapprocher de son mari, tchécoslovaque, membre d’un GTE (groupement de travailleurs étrangers), et doit impérativement fuir Paris pour échapper aux rafles contre les juifs qui s’intensifient dès 1940. C’est ainsi qu’elle aboutit, pas trop loin de lui, dans un village joliment dénommé Mirabelle (dans la réalité Mirabel et Blacons). Tout cela a été possible grâce à la bienveillance de certaines personnes lui permettant d’obtenir le précieux sésame qu’est le laisser passer vers le sud, puis du réflexe salutaire d’un passager du train tel « un phoque en pleine crise d’épilepsie » assurant le franchissement de la ligne de démarcation et l’atteinte de la zone libre.
Là, commence une nouvelle vie, celle de réfugiée, de fuyarde, puis très rapidement celle d’une jeune mère, sans ressources. Commence le temps de se fondre dans la population locale, sans soulever d’interrogations en étant aussi transparente que possible. Sa quête de logement débouche sur « une sorte de grange étroite mal isolée » et d’un « cabanon gratis » loués par « un vieux grippe-sou pour arrondir ses fins de mois aux dépens de plus pauvres que lui. » Et d’un instant à l’autre elle risque d’accoucher. Grâce à l’initiative et l’esprit créatif de la voisine et de la doyenne, le petiot aura son berceau doté d’un matelas douillet pour l’accueillir. Puis ce seront les interventions du pasteur puis celles des membres de la ferme de la Combe qui permettront une amélioration substantielle du quotidien de la jeune mère et de son nourrisson, et qui assureront leur sécurité. À propos d’un village oublié, Il faut suivre Véronique Mougin détailler une galerie de personnages authentiques, soumis aux doutes, aux questionnements intérieurs sur l’attitude à adopter face à Margit et son fils. La réflexion, l’indécision sur le risque à prendre face aux conséquences encourues, agitent chaque personnage. Que ce soit par un acte spontané ou réfléchi, toutes les personnes, à de très rares exceptions, s’avèrent attachantes, humaines, tournées vers la protection des victimes pourchassées pour leur judéité.
L’autre charme inattendu d’À propos d’un village oublié, surgit avec les échanges imaginaires (une quinzaine) entre Margit, disparue il y a dix ans, et sa petite fille Véronique Mougin. Une manière de continuer à faire vivre cette grand-mère, femme déterminée, rayonnante, qui analyse, approuve ou critique les orientations du livre. La grand-mère ne veut pas de mièvrerie, et refuse de perdre du temps à parler de gens qui ne le méritent pas réellement alors qu’il y a à Mirabelle « une vraie pelote d’adorables » et notamment « les gens de la ferme », « la fermière, son mari, et la grand-mère aussi, et les enfants.» Ils sont « si bons qu’on pourrait les étaler sur du pain ». Une grand-mère qui ne s’est jamais étendue sur la dénonciation dont elle fut l’objet. Jamais elle n’oubliera tous ceux et celles de Mirabelle qui la sauvèrent plus d’une fois. Ces échanges savoureux empreints d’un grande connivence donnent corps à Margit en la faisant revivre, et lui transmettent tout l’amour de sa petite-fille. C’est également l’opportunité de découvrir succinctement le mode de travail de l’auteure, les recherches entreprises, les rencontres réalisées. À propos d’un village oublié, est un livre lumineux, traversée par une jeune femme courageuse et déterminée, restée fidèle par la pensée à Mirabelle, où naquirent ses deux enfants dont la mère de Véronique en 1944. Des êtres simples remplis de bonté ordinaire qui se comportèrent tels des Justes, mais qui demeurèrent éternellement méconnus sauf dans le cœur de Margit.
Notre avis ?
Porté par une écriture alerte, un humour qui ne se dément jamais, le livre de Véronique Mougin, tout en sobriété et nuances, navigue entre émotions et souvenirs. Très passionnant, À propos d’un village oublié est une véritable réussite.
Cet article vous est proposé par Chris L.
En savoir plus :
- À propos d’un village oublié, Véronique Mougin, Flammarion, mars 2025, 208 pages, 20 euros
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