Palme d’or d’honneur du 79e Festival de Cannes, Peter Jackson a prolongé son retour sur la Croisette par une rencontre très attendue avec le public. Dans cette leçon de cinéma, le réalisateur du Seigneur des anneaux a défendu une vision très personnelle du spectaculaire.
Peter Jackson, un retour symbolique sur la Croisette
l y a des retours qui ressemblent à des boucles bouclées. Vingt-cinq ans après avoir présenté sur la Croisette les premières images du Seigneur des anneaux, Peter Jackson est revenu au Festival de Cannes 2026 non plus comme le cinéaste d’un pari fou, mais comme une figure consacrée du cinéma mondial. Mardi 12 mai, le réalisateur néo-zélandais a reçu une Palme d’or d’honneur lors de la cérémonie d’ouverture. Le lendemain, mercredi 13 mai à 11 heures, il inaugurait les « Rendez-vous avec… », ces rencontres publiques conçues par le Festival comme des moments de transmission, de cinéphilie et de dialogue avec les grandes personnalités du cinéma contemporain.
L’événement avait valeur de symbole. En 2001, Cannes avait accueilli vingt-six minutes d’images du Seigneur des anneaux, encore en cours de montage, sept mois avant la sortie mondiale du premier volet. Le Festival rappelle que ce moment avait contribué à changer le destin du cinéaste, en dissipant une partie des doutes entourant cette entreprise démesurée. En 2026, le même Peter Jackson revient en maître d’œuvre célébré, mais aussi en artisan toujours attentif aux outils, aux corps et aux coulisses de fabrication.
L’intelligence artificielle vue comme un nouvel effet spécial
Car la Leçon de cinéma de Peter Jackson n’a rien d’un discours patrimonial figé. Elle se situe au contraire au cœur des débats qui agitent aujourd’hui l’industrie : l’intelligence artificielle, les droits des acteurs, la place de la performance humaine dans un cinéma de plus en plus travaillé par les images numériques. Interrogé sur l’IA, le réalisateur refuse la posture de panique morale. Pour lui, l’outil n’est pas, en soi, l’ennemi du cinéma. « Je ne la déteste pas du tout », a-t-il expliqué, ajoutant qu’il la considérait comme « un effet spécial ».
Cette phrase dit beaucoup du réalisateur. Depuis ses débuts dans le cinéma gore bricolé jusqu’à la création de la Terre du Milieu, il n’a jamais opposé l’art et la technique. Son œuvre s’est au contraire construite sur cette tension : faire naître l’émotion à partir d’une machinerie visible, assumée, presque monstrueuse. Mais le cinéaste trace une limite claire. L’usage de l’IA ne peut devenir acceptable que s’il respecte le consentement et l’image des personnes. Selon lui, le problème commence lorsque « l’image des gens est volée ».
Cette position éthique éclaire rétrospectivement l’un des grands gestes de son cinéma avec la création de Gollum. Avec Andy Serkis, Peter Jackson a contribué à faire entrer la performance capture dans une nouvelle ère, en imposant l’idée qu’un personnage numérique pouvait porter une vraie complexité dramatique. Or, dans le climat actuel de défiance envers l’IA, le cinéaste redoute que ce type de performance soit désormais mal compris. Il a ainsi rappelé que Gollum n’était pas une créature générée par une machine, mais une « performance humaine, à 100 % ».
Cette formule pourrait servir de clé à toute sa Leçon de cinéma. Chez Peter Jackson, la technologie n’est jamais censée remplacer l’acteur. Elle doit le prolonger, l’agrandir, parfois le rendre méconnaissable sans jamais l’effacer. Gollum, personnage monstrueux, pathétique et bouleversant, n’existe pas seulement par la prouesse technique de Weta Digital. Il existe parce qu’un acteur lui a donné une voix, un souffle, une nervosité. Derrière l’image numérique, Peter Jackson rappelle qu’il y a encore un corps.
The Lord of the Rings: The Hunt for Gollum se précise
Le cinéaste a également profité de cette rencontre cannoise pour évoquer The Lord of the Rings: The Hunt for Gollum, nouveau film de l’univers de Tolkien, dont il sera producteur. Il n’en assurera pas la réalisation, confiée à Andy Serkis. Là encore, son explication tient moins du calcul industriel que de l’évidence artistique. L’histoire serait plus forte si « Gollum lui-même » la réalisait, a-t-il résumé. Le film, selon Jackson, doit explorer la psychologie du personnage et son rapport à une forme d’addiction, ce qui fait de Serkis le dépositaire naturel de ce récit.
Ce passage est révélateur d’un cinéaste souvent perçu comme un bâtisseur de mondes, mais qui parle d’abord de personnages. Pour Peter Jackson, la Terre du Milieu n’est pas seulement une architecture de batailles, de royaumes et d’effets visuels. Elle reste un territoire mental, habité par des êtres déchirés, faillibles, parfois minuscules face aux puissances qui les traversent. En confiant Gollum à Andy Serkis, il prolonge cette conviction que le spectaculaire n’a d’intérêt que s’il permet d’atteindre une intériorité.
Peter Jackson confirme travailler sur un nouveau Tintin
Autre annonce remarquée : son retour annoncé à Tintin. Après avoir produit Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne, réalisé par Steven Spielberg en 2011, Peter Jackson a confirmé travailler à un nouveau film consacré au reporter imaginé par Hergé. « Nous écrivons le prochain film de Tintin », a-t-il confié, reconnaissant avec humour le retard pris depuis l’accord initial passé avec Spielberg. Le cinéaste a même précisé qu’il travaillait encore au scénario dans sa chambre d’hôtel cannoise quelques jours plus tôt.
Peter Jackson est donc revenu à Cannes comme il y était entré avec des images plus grandes que nature, mais aussi avec la conscience aiguë de leur fragilité. En 2001, il fallait convaincre que des hobbits, des anneaux et des créatures numériques pouvaient encore émouvoir le monde entier. En 2026, il rappelle que le défi reste le même : croire aux images, non parce qu’elles sont parfaites, mais parce qu’elles portent encore la trace d’un geste humain.
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