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Affiche du film "Nino dans la nuit"

Interview & Critique / “Nino dans la nuit” (2025) de Laurent Micheli

Adapté d’un livre de  Simon Johannin et Capucine Johannin, Nino dans la nuit (2025) de Laurent Micheli est sorti en France et en Belgique avec un beau casting. L’avis de Bulles de Culture sur le film, ainsi que notre interview du réalisateur Laurent Micheli, qui se confie sur la genèse de ce projet et sur les raisons le poussant à faire du cinéma.

Synopsis :

À 20 ans, Nino Paradis (Oscar Högström) refuse de croire que la vie n’est qu’une suite de désillusions, que les rapports humains se réduisent à l’exploitation ou à la compétition. Il aime Lale (Mara Taquin) d’un amour incandescent et puise sa force dans la nuit et la fête avec ses amis, car il le sent : au bout de la nuit, quelque chose de meilleur les attend.

Nino dans la nuit : un cri de révolte pour la liberté

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Oscar Högström, Mara Taquin dans le film “Nino dans la nuit” © O’Brother Distribution

Après son road-movie Lola vers la mer (2019) sur la relation entre un père (Benoît Magimel) et sa fille transgenre nommé au César du meilleur film étranger, auréolé de deux Magritte du cinéma en Belgique et diffusé dans de nombreux festivals et pays, Laurent Micheli revient avec Nino dans la nuit.

Ces deux films ont véritablement installé Laurent Micheli comme une figure qui compte dans le cinéma belge francophone contemporain, notamment autour de thèmes liés à la jeunesse, l’identité et les relations.

Notre avis ?

Nino dans la nuit est un film marquant de 2026 qui possède une vraie identité et une vraie patte. Film dense, généreux et impulsif qui retranscrit très bien toute la chape de plomb ressenti par ces jeunes personnages. Laurent Micheli retranscrit parfaitement la dimension de documentaire voulue par les deux auteur·es du livre éponyme, Simon Johannin et Capucine Johannin.

Rencontre avec le réalisateur Laurent Micheli : “Ce film pose la question de la survie dans un monde capitaliste”

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Laurent Micheli © D.R.

C’est lors de son passage au Love International Film Festival 2026, en Wallonie, à Mons (Belgique), que Bulles de Culture a pu échanger avec le réalisateur de Nino dans la nuit, Laurent Micheli.

Bulles de Culture : L’idée de donner à votre film cette photographie particulière qui oscille entre désillusions glaciales et paradis artificiel vient d’où ? 

Laurent Micheli : Qaund j’ai découvert le roman Nino dans la nuit, ce qui m’a marqué, c’est son regard très documentaire, très fort et très juste sur une jeunesse, que j’ai l’impression de croiser et de rencontrer tout autour de moi, dans le milieu queer et dans les soirées. Et ce roman fait aussi écho à une précarité estudiantine que j’ai connue car je ne viens pas d’un milieu bourgeois. Des jobs avilissants, j’en ai fait à la pelle.

Par ailleurs, la langue de ce roman m’a beaucoup plu. Elle donne un lyrisme, une couleur complètement folle et du contraste à cet aspect documentaire. Ce lyrisme formel permet de ne pas enfermer dans une forme de conditionnement ces gaminsen précarité, et à qui on dit “Vous n’avez pas un grand avenir devant vous”. C’est comme s’il leur rendait leur souffle, comme s’il posait sur eux un regard bienveillant pour qu’ils puissent enfin se déployer, être pleinement eux-mêmes. Vous parler de ça me fait penser à cette précarité qu’on ne remarque plus autant qu’avant. On ne dirait pas que des gens n’ont pas à manger, on ne porte plus forcément le stigmate de la pauvreté sur soi.

Ce film, pour moi, c’était l’occasion de donner à voir cette jeunesse qu’on montre trop peu au cinéma. J’ai évité la grammaire naturaliste qu’on retrouve souvent dans le cinéma social. J’ai préféré quelque chose de lyrique, un peu baroque. Cette liberté formelle, c’est exactement ce que les personnages cherchent, eux aussi, dans leur vie.

Bulles de Culture : Comment s’est organisé le casting de ces quatre beaux visages, Oscar Högström, Mara Taquin, Bilal Hassani et Théo Augier ?

Laurent Micheli : Le casting a été un processus long, parce que je l’ai ouvert aussi bien à des professionnels qu’à des non-professionnels. On a reçu énormément de candidatures, dont beaucoup de jeunes. Ayant moi-même été acteur pendant des années, je trouve que les castings ne sont souvent pas bien organisés et ne permettent pas de bien jouer car les conditions n’y sont souvent pas très bonnes.

Là, on a voulu rencontrer ces jeunes, comprendre d’où iels venaient, quel était leur rapport au monde, à la société, à leur communauté, et même à la politique. L’idée ? Trouver des interprètes capables non seulement de jouer un rôle, mais aussi d’avoir une forme d’intimité avec le propos du film, avec ce que les personnages apportent au monde.

Bulles de Culture : Vous vouliez une sorte d’évidence pour le·la spectateur·rice dans son siège ?

Laurent Micheli : Oui, d’une certaine façon, ne pas donner une impression de tricher. Ça m’aurait mis mal à l’aise de confier ces rôles à des jeunes acteurs bourgeois parisiens. Pour moi, l’enjeu était de ramener du réel, de la vie. Il faut arrêter de faire croire que le cinéma, c’est que du faste et des paillettes. Ce sont aussi des gens qui s’engagent, qui proposent des formes, qui nous emmènent ailleurs et qui nous font vivre autrement.

Et c’est aussi un risque car ce film pose la question de la survie dans un monde capitaliste. On est toustes pris·es dedans. On fait toustes ce qu’on peut, on résiste comme on peut. À la fin, Nino fait un choix d’intégrité. Certains pourraient le trouver naïf… Mais si on le voit comme ça, c’est peut-être qu’on est devenu·es un peu trop cyniques.

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Luigi Lattuca
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