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des vivants de jean xavier de lestrade et antoine lacomblez affiche série drame bataclan 13 novembre 2015
Affiche de la série "Des vivants" de Jean-Xavier de Lestrade et Antoine Lacomblez

“Des vivants” ce soir sur France 2 : “Montrer comment on vit après un tel évènement, et ce qui nous attend”

Suite et fin de la série coup de coeur Des vivants (2025) ce lundi soir sur France 2. L’avis et la critique de Bulles de Culture, ainsi que notre interview du co-créateur Jean-Xavier de Lestrade.

Synopsis épisodes 1 et 2 :

Le 13 novembre 2015, au Bataclan, Marie (Alix Poisson) et Arnaud (Benjamin Lavernhe), Caroline (Anne Steffens), Sébastien (Félix Moati), Grégory (Antoine Reinartz), Stéphane (Cédric Eeckhout) et David (Thomas Goldberg) ont été pris en otages par deux terroristes dans un étroit couloir du premier étage, entre 21h59 et 00h18. Libérés par l’assaut de la BRI, ils en sortent vivants, mais dévastés. Quelques jours plus tard, ils décident de se revoir. Ils ont de 23 à 49 ans, des parcours de vie très différents, mais tous peinent à redonner du sens à leur existence. Réunis dans un bistrot, ils partagent pour la première fois leurs souvenirs. De cette conversation naît un lien encore fragile, mais essentiel à leur reconstruction.

Synopsis épisodes 3 à 5 :

Les sept rescapés ont des comportements imprévisibles. Et leurs proches, eux aussi, traversent une épreuve considérable. Marie-Claire (Aude Ruyter) se heurte au mutisme de Stéphane, Doris s’épuise à soutenir David. Arnaud et Marie peinent à rassurer leurs filles, hantées par ce qu’elles perçoivent de la souffrance de leurs parents.

Synopsis épisodes 6 à 8 :

Le printemps apporte un semblant d’élan. Arnaud se remet à dessiner, Grégory retrouve une forme de stabilité, Caroline s’ouvre à une rencontre inattendue. Mais tous ne suivent pas ce mouvement. David, persuadé d’aller mieux, vacille après un revers personnel. Stéphane et Marie-Claire encaissent un nouvel échec de FIV, leur couple se fragilise. Sébastien prend ses distances, préférant s’étourdir dans les fêtes plutôt que d’affronter ses souvenirs. Arnaud et Marie entament une thérapie de couple. Et lorsque lui commence à reprendre pied, elle s’autorise, enfin, à flancher.

Des vivants : une série forte et bouleversante sur la force du collectif pour réparer

Après plusieurs fictions sérielles remarquables telles que 3 x Manon & Manon 20 ans, Jeux d’influence, Laëtitia ou encore Sambre (2023), le réalisateur et co-scénariste Jean-Xavier Lestrade signe une nouvelle et brillante série de 8 épisodes de 52 minutes inspirée d’une histoire vraie, celle de 7 otages du Bataclan pendant les attentats du 13 novembre 2015 et l’après.

Portés par une très belle distribution, comprenant Benjamin Lavernhe, Alix Poisson, Antoine Reinartz, Félix Moati, Foëd Amara, Anne Steffens, Thomas Goldberg et Cédric Eeckhout, Des vivants montrent comment des victimes ont su recréer du lien — ils se sont eux-même surnommés les “potages”, contraction de potes et otages — pour se soutenir mutuellement dans leurs dépressions et traumatismes afin de parvenir à survivre et surmonter la terrible épreuve qu’ils ont traversée ensemble. La série n’oublie pas non plus de décrire les conséquences de leur post-traumatisme sur l’entourage, sous les traits entre autres de Megan Northam, Aude Ruyter ou encore Sam Karmann.

Notre avis ?

Des vivants sont une série forte et bouleversante sur la force du collectif pour réparer. C’est un coup de coeur de Bulles de Culture.

Rencontre avec le réalisateur Jean-Xavier Lestrade : “Rien ne remplace le contact entre les êtres humains”

Pourriez-vous revenir sur la genèse du projet ?

Jean-Xavier Lestrade : On a tous un lien avec le 13 novembre et quand Nicolas Mauvernay [NDLR : producteur chez Mizar Films] m’a parlé d’un projet sur lequel il travaillait avec Jérôme Corcos [producteur chez Nac Films] autour d’un groupe d’otages détenus dans un couloir du Bataclan, ma première réaction a été : “Après Sambre, tout, mais pas ça.” Parce que ces événements nous bouleversent tous, et l’émotion prend le dessus.

Pourtant, c’est justement parce que ce sujet me faisait peur qu’il fallait le traiter. La fiction devait s’en emparer, en faire une fresque romanesque pour permettre au public de dépasser l’émotion pour revivre ces moments à travers des personnages et qu’on puisse à nouveau partager cette histoire.

Dix ans après, le temps du deuil et de la justice est passé. C’est le moment de se souvenir et de partager.

En plongeant dans ce projet, j’ai découvert des histoires de vie, des moments de joie et d’espoir. Et ce que je retiens avant tout, c’est que rien ne remplace le contact entre les êtres humains. S’ils ne s’étaient pas retrouvés entre eux et s’ils n’avaient pas échangé entre eux, ils n’auraient peut-être pas pu surmonter l’épreuve inimaginable qu’ils ont traversée.

Si une chose est à retenir de cette histoire, elle est là : rien ne peut remplacer un regard, une attention qu’un être humain porte à un autre être humain. Dans la série, les scènes les plus belles sont celles où ils sont ensemble, où ils chantent, où ils partagent. C’est ça qui donne de l’espoir en l’avenir et en l’humanité.

Comment avez-vous abordé le choix des comédiens pour incarner ces personnages réels ?

Jean-Xavier Lestrade : J’aime travailler avec des comédiens de théâtre car ils ont l’habitude de travailler et de “faire troupe”. C’était important pour recréer la dynamique du groupe des “potages”. Initialement, j’avais demandé aux comédiens de ne pas rencontrer leurs “binômes” pour éviter la tentation de copier ou d’imiter le réel, et pour qu’ils puissent interpréter les personnages avec liberté et spontanéité. Je voulais que le public n’ait jamais le sentiment qu’ils trichent.

“Le couloir où se sont déroulés les événements a été reconstitué au centimètre près en studio”

Le tournage de la série Des vivants dans le Bataclan était-il une évidence pour vous ?

Jean-Xavier Lestrade : Oui, il était absolument essentiel de tourner au Bataclan il était absolument essentiel de tourner au Bataclan parce qu’on était tellement inscrit dans la vie des “potages” que cela aurait été “tricher” avec le public de ne pas le faire.

Je savais que ce ne serait pas simple pour les comédiens, qui pouvaient ressentir un sentiment d’imposture, mais il était crucial de les mettre dans cette situation pour que la caméra filme non seulement leurs personnages mais aussi leur propre réaction humaine.

Le couloir où se sont déroulés les événements a d’ailleurs été reconstitué au centimètre près en studio, avec les mêmes couleurs et fenêtres, et nous avons filmé dans des conditions de contrainte pour refléter l’étroitesse et l’inconfort vécus par les otages.

Vous avez également tourné dans la salle du procès V13 du procès et au Panthéon…

Jean-Xavier Lestrade : C’est dans le même état d’esprit. La salle du procès V13, qui a été construite spécialement pour ce procès et qui n’existe plus aujourd’hui, a été photographiée et est connue. Ne pas y tourner aurait été une forme d’imposture.

De même pour la scène du Panthéon où David [NDLR : interprété par Thomas Goldberg] obtient sa nationalité française au Panthéon. Symboliquement, c’est tellement beau que ça se soit passé là, dans cet endroit si riche en symboles.

“Il fallait faire très attention à ne pas les héroïser les terroristes”

La représentation des terroristes est un sujet délicat. Comment l’avez-vous abordée ?

Jean-Xavier Lestrade : Cela a été un débat incessant. Une position morale et éthique confortable aurait été de ne pas les montrer ou de les garder dans l’ombre. Mais pour moi, il s’est vite imposé que ces gens ont grandi dans la banlieue de Chartres, de Strasbourg… Ce sont des gens que l’on connaît, que l’on a pu croiser, et surtout, que les “potages” ont vus. Ils ont croisé leur regard, échangé quelques paroles. Pour les “potages”, ces terroristes ont un visage. Il n’était donc pas une option de les garder dans l’ombre.

Cependant, il fallait faire très attention à ne pas les héroïser. Le récit du couloir, tel que nous l’ont fait les “potages”, montre des gens pathétiques, désarçonnés, paniqués, qui ne savent pas ce qu’ils font. Le réel nous a aidés, car nous n’avons rien eu à inventer.

Le titre Des vivants s’est-il imposé naturellement ?

Jean-Xavier Lestrade : Oui, le titre s’est imposé très vite. Il s’agissait de montrer comment on est “vivant” après un tel événement, et quelle vie nous est promise. Et a dernière scène de la série…

Cliquer pour afficher le spoiler sur la fin de la série Des vivants
… fait référence à une réplique de Platonov de Tchekhov : “On enterre les morts et on répare les vivants.” La série montre comment ils se réparent eux-mêmes.

En savoir plus :

  • Des vivants sont diffusés sur France 2 du lundi 3 au lundi 17 novembre 2025 à 21h10
  • La série est proposée en intégralité, en streaming et en replay gratuit sur France.tv
Jean-Christophe Nurbel

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