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On l'appelait Maïco livre avis critique

Critique / « On l’appelait Maïco » (2021) de Yseult Williams

Après La splendeur des Brunhoff, chez Fayard en 2018, au Livre de Poche en 2020, Yseult Williams chez Grasset fait paraître en septembre dernier On l’appelait Maïco. La critique et l’avis sur le livre. 

Synopsis :

Cosette, sa mère, une Brunhoff, sœur de Maurice, tourné vers la mode et l’édition, et de Jean le créateur de Babar, a épousé Lucien Vogel. Ils eurent pour enfants ; Marie-Claude, l’ainée, tendrement surnommée Maïco par son père, Nadine et Nicolas, attirés par les lumières du cinéma. Cette « très grande, très mince,…très blonde » jeune fille marquera la presse française et la politique durant plus de cinquante ans.

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L.

On l’appelait Maïco : les premières photos de Dachau

Rebelle, « fougueuse, tendre et cassante à la fois », Maïco s’intéresse avant tout aux personnes déshéritées. Ses parents sont totalement investis dans leur revue Vogue, lancée en 1920, dédiée à la mode. Couturiers, poètes, écrivains, acteurs, metteurs en scène, hommes politiques, animent les week-end de ce monde culturel parisien. Aux repas à la Faisanderie, à Saint-Germain en Laye, s’y croisent de fidèles participants ; Max Jacob, André Breton, Philippe Soupault, Louis Aragon, André Gide, Jean Cocteau.

Marie-Claude passe deux ans aux Beaux Arts de Berlin, en pleine ascension du nazisme. Revenue sans diplôme, maîtrisant parfaitement l’allemand, son père l’utilise comme traductrice lors d’un déplacement à Berlin en 1932. Son journal Vu a déjà obtenu ses lettres de noblesse grâce à une enquête sur l’URSS, des éditoriaux de Einstein, H.G. Wells, Céline, des reportages d’Albert Londres, Joseph Kessel.

Maïco, embauchée comme photographe débutante, sera amenée à collaborer avec des références en devenir ; Endre Ernő Friedmann (futur Robert Capa), Henri Cartier-Bresson, ou déjà établies comme André Kertész, David Seymour, Germaine Krull, Man Ray. Vu et Vogue, situés sur le même palier, avenue des Champs Élysées, « Les portes restent constamment ouvertes… On trinque, on danse, on flirte dans un tintement de coupes de champagne et de potins. », Maïco étant souvent réquisitionnée par son oncle Michel comme mannequin. De son reportage, à Berlin encore, deux mois après l’accession au pouvoir d’Hitler en 1933, elle revient avec des photos sur le camp de Dachau, les premières au monde.

Seule femme à témoigner à Nuremberg

Pour cette jeune femme rayonnante, déterminée, aux convictions chevillées au corps, sa rencontre avec Danielle Casanova, Jeanette Vermeersch, Caudine Chomat au sein de l’Union des jeunes filles de France donne naissance aux « quatre mousquetaires », inséparables.

C’est le début d’une histoire passionnelle avec Paul Vaillant Couturier. Journaliste, l’un des fondateurs du Parti communiste, rédacteur en chef de L’Humanité, maire adulé de Villejuif, député durant 17 ans, « Pour lui, le repos, c’est remplacer une activité par une autre.» Une fois divorcé, il épouse secrètement, en septembre 1937 Maïco. Onze jours plus tard, elle est veuve. Jusqu’à son décès, même remariée en 1949, elle conserve le patronyme de Paul. Devenue reporter photographe à L’Humanité en 1938, elle entre en clandestinité lorsque le quotidien est interdit le 27 août 1939, et le PCF dissous après la conclusion du Pacte germano-soviétique. Elle a été en Espagne au contact des Brigades internationales, vécu six mois en URSS dont elle est revenue « très enthousiaste ».

Résistante, elle est arrêtée en février 1942 et connaîtra les camps de Birkenau, Ravensbrück, Mauthausen, réchappera au typhus, perdra sa très chère Danielle, retrouvera une autre mousquetaire en captivité, Claudine. Elle ne quittera Mauthausen qu’une fois les derniers malades évacués, soit deux mois après l’arrivée de l’Armée russe. Les pages consacrées à cette période sont d’une très grande pudeur. Seule femme à témoigner à Nuremberg, le 28 janvier 1946, son intervention d’une grande force, d’une grande précision, impose le respect. Maïco n’a pas encore trente cinq ans et durant un demi siècle elle continue ses combats sociaux, fidèle à ses engagements.

Notre avis ?

Dans un travail soigné et respectueux, Yseult Williams, d’une plume agréable à lire, fait revivre par touches deux familles étroitement liées par les métiers de la presse, les Brunhoff  et les Vogel. Marie-Claude Vaillant-Couturier, la révoltée, habitée par la fureur de vivre, véritable icône, est éclatante. On l’appelait Maïco.

En savoir plus :

  • On l’appelait Maïco, Yseult Williams, Grasset, septembre 2021, 432 pages, 23,00 euros
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