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Critique / « Banditi » d’Antoine Albertini

Né et élevé à Bastia, Antoine Albertini est d’une génération qui a connu les affaires, les plastiquages, le nationalisme, le banditisme. De retour sur son île natale, après quelques années d’escapade en métropole, il collabore à France 3 Corse et est correspondant au Monde. Il a toutes les cartes en mains pour pouvoir dérouler des scénarii de romans noirs relatifs à l’Île de Beauté de nos jours. Son livre Banditi est disponible en livre de poche. La critique et l’avis sur le roman. 

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L..

Banditi, un héros détective privé

L’auteur a donné naissance à un antihéros, flic aux stups en région parisienne, muté à Bastia dont il est originaire, dans son premier roman Malamorte. Vite placardisé, dans un cagibi, comme responsable de service, unique membre au bureau des homicides simples.

Dans Banditi, il est désormais détective privé, après avoir démissionné de la police nationale.

Il n’a rien perdu de ses qualités intrinsèques, continuant de se morfondre sur son propre sort depuis que sa compagne l’a quitté, sans motif apparent, et s’adonnant ardemment à sa grande passion, la boisson. Heureusement, rien ne le rebute dans le travail car il lui faut absolument pouvoir acheter canettes et bouteilles. Pugnace, perspicace, il mène toujours à bien les tâches confiées quel qu’en soit le prix à payer, à bord d’une vielle Saxo, vert bouteille, toujours prête à rendre son dernier souffle.

L’entrée en matière donne le rythme de Banditi. Le dernier Parrain corse, César Orsini, dit l’Empereur, piqué par une abeille, est enfin décédé. Mais l’enquête confiée au héros désabusé, par son ami Fabien, un ancien nationaliste, consiste simplement à retrouver un vieil homme disparu, son oncle, Baptiste Maestracci, âgé de quatre vingt cinq ans. Rien d’excitant à priori, mais en fouillant une vieille bâtisse délabrée proche de chez Baptiste, le palazzu, il découvre un cadavre oublié là depuis au moins quinze ans, les mains liées et une balle dans la boite crânienne. Beaucoup d’autres décès brutaux vont se succéder. Pour éclaircir ces meurtres, il faut agiter le passé le plus sombre qu’ait connu la Corse mais pas seulement. Ainsi le détective se déplace à Bologne et en Sardaigne à la recherche d’indices. Pour éviter que la vérité ne surgisse, de multiples obstacles surgissent. Corruption, manipulations, tractations politiques, trahisons, sont au rendez-vous.

L’envers du décor de la Corse sombre et tortueux

Banditi, loin de la carte postale traditionnelle sur la Corse, doté d’une riche information et parfaite connaissance du terrain, offre un envers du décor sombre et tortueux. Les paysages décrits, sauvages, sont d’une beauté souvent éclatante. De vieux villages ayant perdu leur lustre d’antan, accueillent des individus âgés pour la plupart, mutiques et fiers, plus vrais que nature. Les villes quant à elles offrent leur aspect le moins reluisant, mais bien réel cependant. De ruelles en rades où tout peut se négocier, le monde urbain étale sa misère et son monde interlope. Et pourtant tout au long du roman, l’auteur réussit à transmettre son amour pour son île, à la personnalité si affirmée, où la fidélité à des engagements pris à l’égard d’une cause ou d’une personne demeure vivace, tant chez les hommes que les femmes.

Le lecteur est vite attiré par ce détective solitaire, véritable prototype du antihéros, rencontré régulièrement dans les romans noirs américains et espagnols. Désabusé, cynique, doté d’humour, excellent enquêteur, il se révèle attachant. Antoine Albertini a donné corps à un personnage qui se meut avec intelligence dans une intrigue complexe, les rebondissements se succédant et s’enchevêtrant. Banditi est un véritable condensé d’évènements, inspirés par la réalité ou purement fictifs, qui ont pu agiter à un moment l’île de Beauté, et où tout un chacun peut se révéler avoir été bien différent de ce qu’il semble être aujourd’hui. Banditi confirme les qualités de l’auteur déjà pressenties avec Malamorte. Une construction efficace, portée par une écriture alerte où s’invitent social, économie, politique, font de Banditi excellent roman noir.

En savoir plus :

  • Banditi, Antoine Albertini, Livre de Poche, mars 2021, 360 pages, 7.90 euros
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