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Qui sème le vent couverture livre 2020

Critique / « Qui sème le vent » (2020) de Marieke Lucas Rijneveld

Dernière mise à jour article : 24 septembre 2020 à 22:16

Véritable best-seller aux Pays-Bas et dans toute l’Europe, le premier roman de Marieke Lucas Rijneveld, Qui sème le vent, sort dans nos librairies françaises pour cette rentrée littéraire 2020. Le récit suit le tragique destin d’un enfant confronté au deuil. La critique et l’avis sur ce livre. 

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

Synopsis :

À dix ans, la narratrice de Qui sème le vent vit en rase campagne aux Pays-Bas. Les repas de famille, les travaux de la ferme, les heures passées à observer les crapauds, tout devient par la grâce de son regard un fascinant terrain d’apprentissage. Mais quelques jours avant Noël, après avoir lancé un funeste présage à son grand frère parti patiner sur le lac, son monde va être brusquement bouleversé, tout comme celui de sa famille.

Qui sème le vent : un livre âpre, sous tension, où le drame rôde

Au début du XXIe siècle, aux Pays-Bas, la famille Mulder donne sa vie à l’élevage de vaches laitières et pratique de manière très austère la religion protestante. La narratrice de Qui sème le vent, dix ans seulement, convaincue qu’elle est responsable de la mort de son frère aîné pour avoir demandé « à Dieu s’il pouvait, s’il Vous plait, prendre mon frère Matthies au lieu de mon lapin », raconte le délitement, la désagrégation progressive de cette famille durant les deux années qui suivent cette disparition.

Aucun réconfort n’est apporté à cette jeune enfant par cette famille de taiseux où la mort  et le deuil n’ont pas leur place. Cependant les symboles demeurent comme la chaise vide du défunt. « Nous grandissons avec la Parole, or les paroles font de plus en plus défaut à la ferme ». Il est impossible de communiquer. Aucun geste d’amour ou d’affection n’est prodigué aux enfants. Les vaches sont mieux traitées qu’ils ne le sont eux-mêmes. Chacun doit supporter son chagrin individuellement et « …mes larmes restent coincées au coin de mes yeux ».

Élevés dans le respect des préceptes rigoristes de la religion, les trois enfants survivants, Obbe devenu l’ainé, Hanna la petite sœur, Parka rouge le surnom de la narratrice, essaient de se construire, sans véritables repères. Pour échapper au quotidien étriqué et étouffant entre la ferme, la fréquentation de la communauté religieuse ou l’école, la fillette se réfugie dans le port permanent de sa parka rouge, véritable rempart contre le monde extérieur.

S’effacer, se rendre invisible, se retrancher du monde, refuser d’aller à la selle, s’automutiler en s’enfonçant une punaise dans le ventre de manière permanente, tels sont les reflets de son mal être, de sa solitude. Son imagination prolifique, où fantasmes, rêves et souhaits se mélangent allègrement, lui permet de s’évader. Elle va jusqu’à croire qu’une famille juive est réfugiée dans la cave. Elle envisage tous les modes de décès qui pourraient être ceux de ses parents.

S’éloignant de plus en plus l’un de l’autre, ils vivent côte à côte. Le père passe son temps auprès de ses vaches chéries, la mère refuse de s’alimenter et dérive dans une psychose tout en s’enfonçant encore plus dans la croyance. « Des bons moments, chez nous, c’est une denrée rare ; quand il y en a, on s’en rend compte après coup. »

Un personnage qui découvre son corps et sa sexualité

Découvrant son corps et la sexualité, Parka rouge avoue : « Ma fascination pour les biroutes date sans doute de l’époque où, quand j’avais dix ans, je décrochais les angelots nus de l’arbre de Noël ». Les jeux avec Hanna et Belle, sa seule copine à l’école, deviennent parfois scabreux dès que Obbe s’en mêle. Manipulateur, violent, il demande régulièrement des sacrifices, des actes d’initiation qui n’ont de sens que pour lui. Les animaux, quelques qu’ils soient doivent craindre pour leur survie. Cruauté et perversité commencent à l’envahir. Le seul adulte qui s’intéresse un tant soit peu à Parka rouge c’est le vétérinaire au comportement ambigu.

Un livre âpre, sous tension, où le drame rôde. Les parents, véritables fantômes, aux non dits dévastateurs, sont responsables des enfances sacrifiées de leurs filles et de leur fils. Comme le dit l’expression « Qui sème le vent récolte la tempête », la situation sera pire que celle qui a existé. La fin du livre surprenante et inattendue conclut un livre sombre, empreint de réalisme, qui aurait pu s’inscrire dans le siècle passé.

Marieke Lucas Rijneveld, vingt-neuf ans sait de quoi elle parle, travaillant dans une ferme et ayant été élevée dans une famille protestante. Elle réussit un excellent premier roman, avec une écriture franche, crue parfois, et pleine d’humour par instants. Parka rouge est touchante et inoubliable.

 

Cette semaine nous vous proposons de tenter de remporter le premier roman de la nouvelle sensation littéraire européenne…

Publiée par Éditions Buchet/Chastel sur Lundi 27 juillet 2020

En savoir plus :

Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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