En salles depuis ce 1er juillet, On l’appelait Robin des Bois emprunte au prince des voleurs son nom et son personnage, mais habille son mythe d’une brume nordique qui n’a plus grand-chose à voir avec la forêt de Sherwood. Michael Sarnoski signe un tombeau somptueux et interminable, où la beauté du décor ne comble jamais le vide du propos. La critique et l’avis de Bulles de Culture.
On l’appelait Robin des Bois : le mythe vidé de son sang
Après le succès inattendu de Pig, où Nicolas Cage incarnait un ancien chef reconverti en ermite truffier, Michael Sarnoski s’était fait une spécialité du portrait d’homme brisé cherchant une rédemption silencieuse. On l’avait ensuite retrouvé aux commandes du spin-off de Sans un bruit, exercice de studio plus impersonnel.
Avec On l’appelait Robin des Bois, il revient à ses obsessions premières en s’attaquant à une figure autrement plus balisée qu’un trufficulteur solitaire. Hugh Jackman y prête ses traits vieillis à un Robin des Bois hanté par des décennies de sang versé, recueilli par une mystérieuse guérisseuse jouée par Jodie Comer après un ultime combat qui aurait dû lui être fatal. Le postulat, inspiré d’une ballade médiévale sur la mort du hors-la-loi, promettait un requiem plutôt qu’une nouvelle aventure en collants verts.
La photographie tournée dans les paysages irlandais constitue, à elle seule, la meilleure raison de s’attarder devant l’écran. Les bruns terreux et les ciels bas composent une imagerie soignée, presque picturale. Cependant, le film s’installe dans cette contemplation avec une telle lenteur qu’il finit par ressembler à une galerie de tableaux que l’on visiterait sans guide, plutôt qu’à un récit qui avance. Chaque plan semble vouloir prouver sa propre beauté avant de servir une histoire, et l’ennui s’installe bien avant l’heure de film.
Les dialogues, chuchotés ou déclamés avec une gravité constante, cherchent à faire croire à une profondeur philosophique. Ils empruntent au champ lexical de la rédemption et de la faute, avec un sérieux qui vire vite à la pose. Une fois qu’on gratte ce vernis de solennité, le scénario se révèle mince. Il ne reste, au fond, que le portrait d’un homme meurtri par son passé qui rumine sa culpabilité pendant deux heures, sans que les enjeux se densifient jamais vraiment.
Cette fascination pour la souffrance intérieure filmée en plans rapprochés rappelle davantage le cinéma torturé de Darren Aronofsky que la tradition du film d’aventure. Mais là où Aronofsky pousse ses personnages jusqu’à un vertige physique ou mental, Sarnoski se contente d’un ressassement qui tourne en rond.
Le rapport au mythe pose un problème plus grave encore. Sous couvert de déconstruction, le film ne garde presque rien de ce qui fait la légende de Robin des Bois. Ni la révolte contre l’injustice, ni la redistribution aux pauvres, ni même l’esprit facétieux du hors-la-loi ne survivent à cette relecture. L’univers convoqué, avec ses guerriers tatoués et ses rites de guérisseuse, doit moins à la ballade anglaise médiévale qu’à un imaginaire viking recyclé, comme si le film avait égaré son personnage en chemin vers une autre saga. Le gentil renard facétieux du dessin animé Disney, longtemps la version la plus universellement connue du personnage, semble appartenir à une autre planète. On peut saluer l’intention de dépoussiérer un mythe devenu trop lisse. On peine en revanche à reconnaître Robin des Bois dans ce qui reste à l’écran.
Reste la violence, omniprésente, qui ponctue le film de scènes de mise à mort filmées avec une insistance qui finit par lasser. Le sang gicle, les corps tombent, mais cette brutalité répétée ne construit ni tension ni sens. Elle finit par saturer le regard plutôt que de le marquer, jusqu’à devenir un simple tic de mise en scène.
Il y a, dans On l’appelait Robin des Bois, l’ambition affichée de tordre un mythe fatigué pour en tirer une tragédie crépusculaire. L’intention méritait le détour. Mais entre une lenteur qui étouffe le récit, des dialogues qui confondent gravité et profondeur, et une violence qui tourne à vide, le film ne tient pas la distance. Hugh Jackman impose une présence physique indéniable, la photographie impressionne par intermittence.
Notre avis ?
Cela ne suffit pas à sauver un métrage qui a perdu son personnage en cours de route, quelque part entre l’Irlande et un pays viking imaginaire.
En savoir plus :
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- Date de sortie France : 01/07/2026
- Distribution France : Metropolitan Films
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