Sorti le 26 juin 2026, le second volet du diptyque d’Antonin Baudry corrige la dispersion du premier et trouve, dans le récit d’une France qui se sauve elle-même, une ampleur que « L’Âge de fer » n’avait fait que promettre. La critique et l’avis de Bulles de Culture.
La Bataille de Gaulle – Partie 2 : Antonin Baudry délie enfin les destins
On avait quitté le premier épisode avec un sentiment d’inachevé. Le diptyque s’ouvrait sur deux fils qui peinaient à se rejoindre, celui d’un général exilé à Londres et celui de deux jeunes restés au pays, comme si la mise en scène épousait malgré elle le désordre d’une Résistance encore informe entre 1939 et 1942. Cette dispersion n’était pas un défaut anodin. Elle privait le film d’un centre de gravité. Le réalisateur compensait alors par une accumulation de morceaux de bravoure dont le rythme finissait par étourdir plus qu’il n’emportait. L’homme de Gaulle, lui, restait en retrait, silhouette tutélaire que le spectacle tenait à distance.
J’écris ton nom répare précisément cela. Là où le premier volet juxtaposait, le second relie. Les trajectoires individuelles cessent d’avancer en parallèle pour se nouer. C’est de ce nœud que naît l’émotion. Antonin Baudry semble avoir compris que la grande Histoire ne se filme bien que par ses lignes de fracture intimes. Il consent enfin à entrer dans l’épaisseur de son personnage. Le de Gaulle de cette suite n’est plus un monument. Il est un stratège qui doute, ruse et s’emporte. On le suit non plus seulement parce qu’il incarne la nation mais parce qu’on découvre enfin l’homme sous la statue.
Le vrai coup de force du film tient pourtant à son sujet caché. Sous la fresque militaire, Antonin Baudry construit un récit politique d’une lucidité rare dans le cinéma patrimonial français. Il s’attache aux manœuvres du chef de la France libre face à l’Allemagne nazie, mais il déplace surtout l’adversaire. L’ennemi le plus retors n’est pas seulement à Berlin, il est aussi à Washington. Le film dévoile la défiance de Roosevelt envers ce général insoumis et son projet d’administrer une France vaincue. Voilà le pan d’Histoire qu’on redécouvre ici, à rebours du roman national d’une libération offerte par des sauveurs désintéressés. Les Américains d’Antonin Baudry ont leurs propres intérêts. Sans l’obstination de De Gaulle, la nation tricolore aurait pu disparaître comme entité souveraine.
Ce parti pris vaut au film sa singularité. Il s’affranchit de la lecture hollywoodienne de la Seconde Guerre mondiale pour lui substituer une version plus inquiétante, celle d’une hégémonie qui frôla la mise sous dépendance d’un pays allié. Cette tension assumée donne au récit sa nervosité, et interdit au film de sombrer dans l’imagerie convenue.
Le spectacle, lui, n’a rien perdu de sa puissance. Les scènes de guerre tiennent leurs promesses, à commencer par celles tournées dans le désert, où Niels Schneider compose un général Leclerc magnétique, quelque part entre la noblesse de Lawrence d’Arabie et l’âpreté de Mad Max. L’acteur impose une intransigeance qui fait écho à celle de De Gaulle. Cette parenté de caractère donne au récit sa colonne vertébrale.
La musique participe pleinement de ce regain de lyrisme. Antonin Baudry a remanié son film dans l’urgence, jusqu’à en changer la partition, dont l’ouverture est accompagnée d’une ample symphonie d’orgue. L’ensemble a la respiration d’un péplum, avec ces élans qui évoquent par instants l’écriture d’un Hans Zimmer.
L’émotion culmine dans le dernier mouvement. La reconstitution de Paris, au seuil de la libération, libère une nostalgie maîtrisée que le poème de Paul Eluard vient porter à incandescence. Le titre du film lui-même, emprunté à ces vers, prend alors tout son sens, et l’on comprend rétrospectivement la cohérence du projet.
Reste le cœur du film, Simon Abkarian. Il continue d’habiter un de Gaulle iconique sans jamais le figer, audacieux jusque dans ses excès, que l’écriture d’Antonin Baudry sait teinter d’un humour bienvenu. Le réalisateur ose la faille, le ridicule maîtrisé. Là où le premier volet cherchait sa forme, celui-ci la possède. Il referme le diptyque avec un panache que l’on n’attendait pas.
En savoir plus :
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- Date de sortie France : 26/06/2026
- Distribution France : Pathé Films
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