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Frédéric Paulin, trilogie tedj Benlazar

Frédéric Paulin : sa trilogie sur Tedj Benlazar

Frédéric Paulin, rennais d’adoption, jeune cinquantenaire auteur d’une quinzaine de romans, s’est révélé aux éditions Agullo avec sa trilogie politique, sociale, sur les racines du terrorisme international qui a frappé le monde de 1992 à 2015. La parution de La fabrique de la terreur en janvier 2022 chez Folio clôt les combats de Tedj Benlazar, agent de la DGSE (Direction Générale Sécurité Extérieure). Homme aux racines françaises et algériennes, intrépide, forte tête, cabossé par la vie, bourré de bonnes intuitions, il livre un dernier baroud.  

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L.

La guerre est une ruse, élections en Algérie invalidées

Tout commence en 1992 en Algérie avec La guerre est une ruse lorsque les élections gagnées par le FIS sont invalidées et que les généraux prennent le pouvoir et mènent une répression sanglante. Les collusions entre le DRS (Département du renseignement et de la sécurité), de sinistre mémoire, et les combattants du GIA (Groupe islamique armé) sont cependant légion. Tedj Benlazar, lieutenant de la DGSE, observe, épie, obéit, désobéit, s’infiltre, met sa vie en péril, pour essayer d’analyser qui manipule qui dans la vague de terreur qui submerge l’Algérie, avant de s’exporter en France.

Basés sur des faits réels, La guerre est une ruse déploie des personnages fictifs, très crédibles, qui se greffent avec succès aux vies réelles de certains de nos contemporains. Vanessa, sa fille rescapée, et Laureline Fell de la DST, se glissent dans ce premier tome qui se conclut par les attentats qui ont frappé la France entre juillet et septembre 1995. Un livre âpre, dense, très réussi, sur des sujets d’actualité qu’il convient de garder en mémoire.

Prémices de la chute, au cœur de la toile d’araignée du processus terroriste

Prémices de la chute, également très fouillé, débute à Roubaix en 1996, avec de petits malfrats attirés par le djihad, pour s’achever avec les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Réif Arnotovic, appelé Arno, journaliste à La Voix du Nord, petit ami de Vanessa, nouveau personnage, développe une collaboration contre nature avec Tedj Benlazar. Conduit en Bosnie, puis en Afghanistan, de manière illégale, au risque de sa vie, il se retrouve au cœur de la toile d’araignée du processus terroriste tissée contre les puissances occidentales.

Les dissensions entre services de renseignement nuisent à certaines prises de décisions, malgré l’accumulation d’indices convergents sur le déploiement imminent d’actions meurtrières. Excellent analyste politique, Frédéric Paulin se révèle être un habile conteur de romans noirs captivants et enrichissants. Un épisode qui est mené de manière enlevée, efficace, qui ne se lâche pas, confirmant toutes les promesses du premier opus.

La fabrique de la terreur, les printemps arabes

La fabrique de la terreur met fin à la trilogie consacrée à Tedj Belazar, désormais retraité dans les Cévennes. Laureline Fell, sa compagne, continue de se battre contre la vague terroriste de Toulouse à Paris, et tente d’imposer ses convictions à sa hiérarchie souvent rétive. Vanessa devenue journaliste d’investigation remonte les filières de recrutement de groupements djihadistes, jusqu’à Raqqa. Cela débute en 2010 avec les printemps arabes qui déferlent de la Tunisie à la Syrie en passant par la Lybie, l’Égypte, la Syrie. Des attentats endeuillent nombre de pays ; Tunisie, Belgique, France avec les actions perpétrées en 2012 à Toulouse et Montauban, jusqu’à ceux de Paris en 2015.

Aucun voyeurisme, aucune description de ces assassinats monstrueux n’est faite par Frédéric Paulin. Il décortique les modalités d’embrigadement, les circuits de recrutement, les préparatifs qui mènent aux attentats. De l’Ariège à Lunel, Molenbeeck, et autres lieux en Europe ou en Tunisie, le prosélytisme haineux de certains se déploie, et la propagande diffusée sur internet incite de jeunes individus désœuvrés à faire le djihad. La fabrique de la terreur essaie de comprendre comment des personnes ont décidé de tuer froidement des concitoyens, à l’aveugle, après la sélection de cibles, lieux ou fonctions symboliques. Tout aussi incompréhensible est le départ de certains vers les terres de Syrie où nombre y trouvera la mort. Un livre d’une grande puissance sur des années noires de notre société.

Vingt ans de terrorisme

Vingt ans de terrorisme, exogène ou endogène, s’écoulent durant les trois livres de Frédéric Paulin. Une œuvre ambitieuse, très documentée, parfaitement synthétisée, qui balance entre différents genres : historique, thriller, social, espionnage, politique. Pour appréhender tout cela, sans être didactique, rien de tel qu’une bonne fiction avec des personnages qui ont de la chair. Des romans multi primés qui ont mis au premier plan un auteur convaincant, talentueux, qui a confirmé avec La nuit tombée sur nos âmes, en septembre 2021. Une plume originale, ancrée dans le réel sur des sujets d’actualité sombres.

En savoir plus :

  • La guerre est une ruse, Frédéric Paulin, Agullo, septembre 2018, 384 pages, 22 euros, Pocket mars 2020, 448 pages, 8,70 euros
  • Prémices de la chute, Frédéric Paulin, Agullo, mars 2019, 384 pages, 21 euros, Pocket, février 2021, 352 pages, 8,70 euros
  • La fabrique de la terreur, Frédéric Paulin, Agullo, mars 2020, 352 pages, 22 euros, Pocket, janvier 2022, 416 pages, 8,70 euros
  • La nuit tombée sur nos âmes, Frédéric Paulin, Agullo, septembre 2021, 288 pages, 21,50 euros
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