Dernière mise à jour : juillet 23rd, 2025 à 11:39 am
Dans ces Dialogues de Bêtes, adaptés par Elisabeth Chailloux et Lara Suyeux au Théâtre de Poche-Montparnasse, tout le charme mutin de la jeune plume de Colette s’exprime sur le vif. L’avis et la critique de Bulles de Culture.
Synopsis
Dans Dialogues de bêtes de Colette, Le chat Kiki-la-Doucette et Toby-Chien n’ont qu’un plaisir : se raconter la vie de leurs maîtres chéris, les Deux-Pattes, Lui et Elle, alias Colette et Willy.
En quelques tableaux illustrés en direct par le pinceau agile du dessinateur Cyrille Meyer, Lara Suyeux incarne avec une exquise audace les dialogues de ces deux témoins à la naïveté sauvage et sensible.
Tout le charme mutin de la jeune Colette s’exprime sur le vif !
Dialogues de bêtes : les bêtes et les Deux-Pattes

C’est à l’occasion des premiers Dialogues de bêtes, édités en 1904, que Sidonie Gabrielle Colette, née le 28 janvier 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisage dans l’Yonne, adopte le nom de Colette Willy. Un an plus tard, elle rencontre Mathilde de Morny, dite Missy, qui devient son amante jusqu’en 1911.
Ces Dialogues de bêtes ont pour principaux protagonistes un bouledogue (Toby-Chien) et une chatte (Kiki-la-Doucette), ainsi que Lui et Elle, les maîtres, autrement appelés les Deux-Pattes, alias Colette et son premier mari, Henri Gautier-Villars, dit Willy.
Comme le souligne Elisabeth Chailloux, co-adaptatrice et metteuse en scène, “le chat et le chien servent à Colette de masque pour faire entendre sa vérité, celle de sa relation au monde, et aussi la vérité des relations avec les êtres : entre chien et chat, entre Lui et Elle…”
Pour le spectateur, point n’est besoin de rechercher l’exact tempérament de ces animaux de compagnie dans ces “dialogues”, mais néanmoins, les dialogues canins et félins sont interprétés avec justesse par Lara Suyeux.
La co-adaptatrice et comédienne s’amuse à souhait dans ces rôles de composition : elle s’étire, miaule, renifle ou remue la queue, ce qui ne manque pas de nous faire rire.
Le bouledogue est, lui, souvent pataud ou parfois surexcité comme un chihuahua.
Kiki-la-Doucette n’est cependant pas aussi câline qu’un chat qui se frotte contre vous ou monte sur votre bureau quand vous travaillez pour attirer votre attention, glaner de douces caresses ou vous apaiser par son ronron. En fait, Kiki est maline comme un singe et rusée comme un renard.
“Nous t’avons donné notre coeur de bêtes, qu’en as tu fait ?”

Mais les “bêtes” de Colette ne sont pas à proprement parler des animaux. Ce sont avant tout des êtres qui parlent et qui pensent. Comme l’écrit la femme de lettres : “Si mes bêtes d’autrefois m’apparaissaient pour me dire : ‘Tu nous as possédées vivantes, chaudes et fidèles. Tu as ri de nos jeux, notre amour t’a suivi comme le murmure même de ta robe, nous t’avons attendue, regrettée, nous avons compté les minutes de tes absences, nous nous sommes évanouies de la joie de tes retours, nous t’avons donné notre cœur de bêtes, et qu’en as-tu fait ? De la littérature’“
Nous, humains et spectateurs de ces Dialogues de bêtes, avons toutes les raisons de nous en réjouir… Mais “elles”, les bêtes, qu’ont-elles reçu en retour : plus de bienveillance, plus de liberté, plus d’amour ? La question mérite d’être posée quand on s’interroge sur le bien-être animal.
“Je veux faire ce que je veux”

Mais revenons au message de ces Dialogues de bêtes. Les premiers moments de la pièce respirent “le charme discret de la bourgeoisie du début du XXe siècle”. A la fin, Elle (donc Colette), sans Lui, se retrouve avec le chat et le chien et affiche une volonté et un besoin d’émancipation : “Je veux faire ce que je veux, je veux jouer la pantomime, même la comédie !”
Comme le dit si bien Elisabeth Chailloux : “Colette, dont le visage change de tableau en tableau, Colette qui parle tout haut par la bouche des animaux et qui écrit dans L’Entrave : ‘Etre libre !… Je parle tout haut pour que ce beau mot décoloré reprenne sa vie, son vol, son vert reflet d’aile sauvage.’“
Notre avis ?
Dialogues de bêtes a aujourd’hui 120 ans, mais pas une ride. Colette, son auteure du début du XXe siècle, était déjà une femme libérée, et son œuvre, telle un chat, mérite d’avoir 7 vies !
En savoir plus : lieu, dates, horaires et tarifs de représentations
- Dialogues de bêtes de Colette, mise en scène par Elisabeth Chailloux, avec Lara Suyeux (comédienne) et Cyrille Meyer (dessinateur), du dimanche 16 mars au lundi 30 juin 2025 au Théâtre de Poche-Montparnasse.
- Horaires : Tous les lundis à 19h et dimanches à 17h
- Tarifs : Tarif plein 28€ / Tarif réduit 22€ / Tarif -de 26 ans 10€
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