enfr

Critique / « Nourrir la bête » d’Al Alvarez : la bête du risque

Ce n’est pas si fréquent de lire la vie d’un grimpeur alpiniste décrite par un de ses compagnons de cordée. Le lecteur cherchant à répondre à un appel des cimes à travers la littérature rencontrera plus des récits de fiction (Frison Roche) ou des autobiographies (Lionnel Terray, Louis Lachenal ou pour associer aussi des Anglo saxons dont il est question ici Doug Scott ou Chis Bonington). Si le compagnon de cordée est un écrivain éclectique reconnu, la présomption du plaisir de lecture est forte. La critique et l’avis sur le livre Nourrir la bête

Synopsis :

Voici donc Mo Anthoine, l’alpiniste d’origine galloise ami de l’auteur. Nous suivons ses premiers pas de fort grimpeur immédiatement « accro » (« l’escalade peut être une addiction qui altéré la chimie de la psyché aussi surement que l’héroïne affecte celle du corps ») Déjà il manifeste une grande indépendance. Adolescent, il délaisse l’entreprise de tapis familial et part pour la nouvelle Zélande avec 12 Livres en poche ! C’est dans les dolomites au pied des faces sud des TRE CIME DI LAVAREDO qu’il fait connaissance et grimpe pour la première fois avec l’auteur. Alpiniste reconnu, Mo devient partie prenante de nombreuses expéditions internationales pour atteindre les plus difficiles sommets du monde. Il sera même engagé comme doublure de Sylvester Stallone dans Rambo III ! Mais les deux amis ne se perdent pas de vue. Un des derniers chapitres du livre raconte de façon magistrale leur dernière escalade commune du OLD MAN de HOY, une paroi abrupte au sud-est de l’Ecosse.

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Gilles M..

Eclectique parait un mot approprié pour qualifier l’écrivain anglais Alfred Alvarez (AL Alvarez, nom d’auteur) reconnu comme poète, critique littéraire, essayiste. Professeur d’université, il a décidé de tout quitter pour écrire sur des sujets aussi variés que le suicide, le divorce, le poker ou l’industrie pétrolière et ici une vie d’alpiniste !

editions-metailie.com-al-alvarez-al-alvarez
© Editions Métailié

Un livre qui ressurgit en France

Attention, ce livre qui bénéficie cet été 2021 d’une bouche à oreille enthousiaste dans les librairies des montagnes de France a été édité en 1988 pour les lecteurs Anglo saxons et il vient juste d’être traduit en France en 2021. Ses protagonistes ont en fait disparu. Comme expliqué par l’auteur dans un épilogue rajouté en 2001, Mo meurt en 1989 à 50 ans, de maladie. Quant à l’auteur, sa vie d’écrivain passionné s’est terminé en 2019 à 90 ans.  Le lecteur s’aperçoit à peine de ce décalage temporel. Les histoires de conquêtes, de risques partagés, d’amitiés viriles sont intemporelles !

Nourrir la bête : mais quelle bête ?

Michel Serres pourrait nous mettre sur la piste. Dans variations sur le corps (1999) il évoque le moment ou la pente de la paroi se relève : « je mets les mains, la vraie montagne commence, j escalade…Je reviens à l’état de quadrupède…je me souviens de qui nous fûmes » Grimper serait donc revenir à une forme bestiale ?

Mais pour Mo Anthoine, la bête c’est surtout la partie de lui qui, pour exister et se sentir bien, a besoin de s’exposer à des risques, de se confronter à l’extrême.

« C’est pour cela que j’aime nourrir la bête…Tu sors de là avec la forme de ta vie…Il faut continuer de nourrir le monstre juste pour ta paix intérieur »

La vérité d’un homme

Le fascinant titre du livre met le lecteur sur la voie. Il ne sera pas seulement question d’acrobatiques exploits dans des parois hostiles en Himalaya mais aussi de décrire un homme qui fuit tout ce qui est le « paraitre ». Un homme qui ne se met jamais en avant et au contraire s’efface quand l’environnement ne correspond à ses valeurs. Le récit de l’ascension de l’Ogre, un sommet de 7300 mètres dans le Karakorum (chaine de l’Himalaya est significatif. Le sommet et la gloire sont laissés à Chris Bonington et Doug Scott mais c’est Mo, le plus fort, qui assurera leur survie en conduisant la descente de 2700 mètres dans la tempête.

C’est le charme du livre. Comme l’auteur, nous rencontrons un homme qui préfère l’amitié aux honneurs, l’exigence à la facilité. Autant qu’une description vivante de l’alpinisme de haut niveau, Al Alvarez nous offre avec Nourrir la bête une leçon de vie.

En savoir plus :

  • Nourrir la bête. Portrait d’un grimpeur (Feeding the Rat. A Climber’s Life on the Edge), d’Al Alvarez, traduit de l’anglais par Anatole Pons-Reumaux, Métailié, 130 p., 18 €, numérique 10 €.
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.