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Critique / « Mémoire de soie » (2021) d’Adrien Borne

Chaque année, depuis 10 ans, un jury de lecteurs des médiathèques de Levallois, décerne le prix des lecteurs de Levallois à l’occasion du Salon du roman historique de la ville. Pour 2021, le jury s’est mis d’accord sur le livre d’Adrien Borne, Mémoire de soie. La critique et l’avis sur cet ouvrage. 

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Gilles M..

Synopsis :

Au début du roman, nous faisons connaissance d’Emile, 20 ans, en juin 1936. Emile est appelé au service militaire et  s’éloigne pour la première fois de la demeure familiale ou étaient élevés des vers à soie. A cette occasion Suzanne, sa mère, lui remet le livret de famille. Surprise ! Celui-ci mentionne un autre père pour Emile qu’Auguste : Baptistin. De ce point de départ, le roman  remonte le passé  et en particulier vers la grande guerre de 1914-1918, explorant les périodes avant et après la naissance de Baptistin en  1916. Que s’est-il passé à  cette époque ou les parents d’Emile étaient des jeunes gens eux-mêmes sous forte influence familiale ? La recherche de la réponse  fait tourner les pages au lecteur avec avidité.

Mémoire de soie, un roman ancré dans la grande histoire

Le roman alterne les chapitres correspondant à Emile vers 1936 et ceux correspondant à l’histoire de ses parents nés un peu avant 1900. L’auteur choisit d’utiliser le temps présent pour mieux nous immerger dans l’époque. Vers 1900, la vie est difficile dans la campagne drômoise : l’argent est rare, le travail lié à la l’exploitation familiale d’élevage de cocons de soie intensif et ingrat, les enfants maltraités. Mais c’est la grande guerre qui bouleverse tous les destins avec ses morts, ses crises et ses épidémies. A cette époque, la grande histoire impacte toutes les histoires familiales. « Avec ténacité, la guerre multiplie les éclaboussures du saccage. Touche par touche, elle finit par tout recouvrir. Epaisse et lourde. Elle appesantit le monde et chaque chose. »

Un microcosme familial tragique

Une grande partie de l’action se déroule dans la maison familiale qui est aussi une magnanerie, un élevage de vers à soie.

Rien de romantique dans cette activité ! Plutôt une « fosse grouillante » 

Baptistin et Suzanne tombent amoureux devant un tableau de l’église. Baptistin étant l’héritier désigné de la magnanerie, Suzanne rejoint donc la maison familiale mais, élevée dans un orphelinat, elle est prise en grippe par sa belle-mère qui la considère comme « une fille perdue » et la maltraite.

Dans l’espace clos de la maison, la tragédie s’installe. La dureté des temps influe la dureté des caractères. La parole est rare mais la violence omni présente.

Un style virtuose

Adrien Borne indique avoir beaucoup travaillé sur son premier livre pour avoir des « phrases qui claquent ». Le résultat est là : des phrases courtes, sans fioriture, adaptées à la rudesse des personnages.

Ce style favorise l’émotion du lecteur. C’est une lecture qui ne peut pas laisser indifférent.

Les références autobiographiques sont à peine cachées. Un premier indice est donné par le titre subtil choisi pour le roman. Le livre est écrit dans la maison de famille près de Montélimar ou les traces des ancêtres de l’auteur se révèlent comme les images d’une pellicule photo dans le bain du roman.

En recevant son prix, sur scène, l’auteur a souhaité le dédier à Suzanne, cette arrière-grand-mère si maltraitée par la vie mais si résiliente. Le roman peut aussi se lire comme la réhabilitation pour la postérité de Suzanne.

Les participants au Jury sélectionnent ainsi un livre qui coche toutes les cases : références à la grande histoire, personnages intenses, déroulement habile. Mais on peut aussi penser qu’ils ont été emportés par l’émotion d’un style virtuose.

En savoir plus :

  • Mémoire de soie, Adrien Borne, Editions JC Lattés, août 2020, 210 pages, 19 euros
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s