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Critique / « Les Vies de Chevrolet » (2021) de Michel Layaz

Homme à plusieurs vies, Michel Layaz, est écrivain depuis 1993, fidèle aux Éditions Zoé depuis 2001. Incontournable sur les terres helvétiques, multi primé, il n’a pas encore acquis en France, la notoriété qui devrait être la sienne. Avec Les Vies de Chevrolet, c’est l’occasion de découvrir sa qualité de conteur, à l’écriture précise, concise et vive. La critique et l’avis sur le livre. 

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L..

Les Vies de Chevrolet : Vedette adulée comme pilote automobile

Né en Suisse en 1878, élevé en Bourgogne et à Paris, vénéré aux Etats-Unis comme pilote automobile, Louis Chevrolet demeure un homme relativement méconnu, bien que son nom soit mondialement célébré. En 125 pages, sa vie aux multiples facettes est exposée, avec un rythme adapté à cette vie trépidante, sans longueurs inutiles, sans dialogues, avec des mots choisis, des phrases travaillées et ciselées. Louis, homme bourru, à la moustache abondante, broussailleuse, un éternel mégot aux lèvres, est attachant. Il n’en est pas moins colérique, têtu, intransigeant, jusqu’au-boutiste, impulsif, toujours sur la brèche.

Sans diplôme, mais doué d’une grande intuition et intelligence, il s’impose comme un véritable ingénieur, créateur de nouveautés et d’améliorations techniques. À tout problème posé, il trouve une solution. De Beaune où il est réparateur de vélos et coureur cycliste, à Paris chez Darracq, puis à Montréal comme chauffeur privé d’une De Dion-Bouton pour le compte d’un bijoutier millionnaire, Louis laisse des regrets à tous ceux qu’il a côtoyés, qu’ils soient employeurs, collègues, employés. Les Vies de Chevrolet ont commencé bien avant son arrivée aux Etats-Unis en 1900 où il espère pouvoir assouvir ses rêves de vitesse et de courses automobiles, qui en sont encore à leurs balbutiements. Ses frères, sauf Alfred demeuré fidèle à la Bourgogne, ses sœurs et sa mère le rejoignent au décès du père en 1902. Mécanicien expert, il rencontre Suzanne, seize ans seulement, en 1904, qui le soutiendra dans toutes ses folles aventures sportives et financières. Dès 1905 il se fait un nom en battant le record de vitesse du mile, au volant d’une Darracq. Ce n’est qu’un début !

Vedette adulée comme pilote automobile chez Fiat puis Buick, il gagne, il perd, et conquiert les foules par son audace, sa hardiesse. Dès qu’il est au volant Il se métamorphose littéralement. Peu importe les risques pris, les déboires subis, les blessures qui s’accumulent et les décès enregistrés en course. Louis est heureux, il vit sa passion. Il tourne, tourne sur les anneaux de course. Sa rencontre avec Billy Durant, propriétaire de Buick et cofondateur de General Motors, débouche sur une association, donnant naissance à Chevrolet Motor Car Company en 1911. Très vite Billy Durant devient l’unique propriétaire de l’enseigne, conservant le droit d’exploitation du nom Chevrolet. Grand ingénieur, excellent dessinateur, astucieux technicien, Louis est à n’en pas douter un piètre homme d’affaires, n’ayant pas inclus de clause sur un intéressement sur les ventes de véhicules portant son patronyme. Peu importe, il n’a qu’ne idée, gagner les 500 miles d’Indianapolis. En hommage de son arrivée sur le territoire nord américain et de son rendez vous à l’hôtel Château Frontenac, à Montréal, les trois frères Chevrolet nomment leur voiture de course sortie de leur usine, Frontenac. Et fin mai 1920, Gaston, triomphe sur leur création à Indianapolis, une véritable  victoire par procuration pour Louis. Six mois plus tard, Gaston se tue en course, à seulement vingt huit ans. C’est un énorme choc pour Louis. L’heure a sonné, il lui faut lever le pied pour que Les Vies de Chevrolet puissent continuer. Nouveaux projets, joies, déceptions, malheurs vont continuer de s’entremêler allègrement.

Notre avis ?

Michel Layaz réussit un superbe portrait de Louis Chevrolet, inventeur de génie, véritable pionnier, casse cou, défricheur de territoires encore inconnus, entre deux continents à la jonction de deux siècles. Les Vies de Chevrolet, portées par une langue appropriée et une qualité d’écriture rare, sont menées pied au plancher, avec fluidité, efficacité. Un véritable succès, en aussi peu de pages, que d’avoir fait revivre un homme à la vie si dense.

En savoir plus :

  • Les Vies de Chebrolet, Michel Layaz, Editions Zoé, septembre 2021, 128 pages, 15 euros
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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