Amal, un esprit libre est un film important car il parle de la laïcité, de liberté d’expression, d’acceptation de l’Autre. A l’heure où le multiculturalisme souffre de tant de formes d’extrémisme, le réalisateur belge Jawad Rhalib souhaite rendre hommage aux professeur·es habité·es par la peur ou récemment tué·es. Notre avis et critique cinéma sur ce long-métrage en salles depuis ce 17 avril 2024 ainsi que l’interview du réalisateur.
Synopsis :
Amal (Lubna Azabal), enseignante dans un lycée à Bruxelles, encourage ses élèves de 5ème secondaire (l’année avant le bac) à s’exprimer librement. De par ses méthodes pédagogiques audacieuses et son enthousiasme, elle va bouleverser leur vie. Jusqu’à en choquer certains. Peu à peu, Amal va se sentir harcelée, menacée.
Amal, un esprit libre : sortie en salles françaises
Après un passage au Festival du Film francophone d’Albi – avec le trophée du Prix du Public au passage -, à CitéCiné, le Festival International du Film Politique de Carcassonne – avec également le Prix du Public, le Festival Palm Springs – Best of Fest 2024 et enfin les festivals belges Film Festival Gent et Ramdam Festival de Tournai, le long-métrage Amal, un esprit libre sort en salles françaises.
Le film était déjà à l’affiche en Belgique (où il fut tourné) depuis janvier et témoigne d’une année 2023 particulièrement dense pour le cinéma belge francophone puisque 23 longs métrages réalisés par des cinéastes belges ont pu être distribués sur les écrans français.
Amal, un esprit libre : quatrième film de la saison sur les enseignant·es
Après Un métier sérieux, La salle des profs et Pas de vagues, Amal, un esprit libre sort donc en salles. Preuve que le sujet de l’enseignement à l’écran intéresse de plus en plus.

Ces films sont l’occasion de lancer des discussions à une époque où les sous-investissements du gouvernement français (ou belge) dans ce secteur font la Une de l’actualité.
L’homosexualité vue par l’Islam radical
Le film commence sous la douche : une adolescente souffre. Elle est harcelée par des étudiant·es qui croient dur comme fer en Allah et l’amènent dès qu’ils et elles peuvent à l’école. Cette fille a décidé d’assumer ses préférences homosexuelles. Impensable pour une bonne partie de sa classe qui intimide l’autre partie.
Amal, professeure de français musulmane elle-même, est révoltée par cette intolérance. Elle va aller de surprise en surprise. Le point de bascule a lieu lorsque elle sélectionne les poèmes d’Abu Nawas, un poète arabe du 8e siècle qui a tourné le dos aux autorités sociales et religieuses de son époque. Il a porté toute sa vie les stigmates d’une partie de sa communauté qui a crié à la folie de sa part.
La liberté d’enseigner pour résister
Le réalisateur Jawad Rhalib continue donc sur ses thèmes de prédilection, et la France pensera assurément à Samuel Patty.
Amal n’évite pas toujours les scènes caricaturales mais s’inspire sans doute de faits réels. Néanmoins, le film est un choc et se laisse suivre sans une seconde de lassitude tant la tension est palpable.
La comédienne Lubna Azabal parlait elle-même au Ramdam Festival de “risque assumé” quant à sa participation au film. L’écho provoqué par le film est une seconde réjouissance pour Azabal en 2024 après l’obtention de son quatrième Magritte lors de la 13ème cérémonie des Magritte du Cinéma à Bruxelles. C’est son rôle dans Le bleu du caftan qui l’a consacré Meilleure actrice.
Notre avis ?
Amal, un esprit libre est un film prenant qui pose la question du “trop tard ou pas trop tard ?” à nos sociétés laïques concernant la radicalisation de centaines de jeunes musulmans depuis une petite dizaine d’années.

Magnifique film aussi bien sur le fond que par le jeu des acteurs; on a l’estomac noué pendant tout le film par cette tension croissante. On mesure l’influence perverse de cet imane, modéré en apparence mais qui endoctrine en sous-main les jeunes. Bel exemple de courage et clairvoyance de cette professeure qui crois, milite pour l’enseignement laïque avec le respect des valeurs occidentales : respect de l’autre, liberté de penser et d’agir, promotion de l’enseignement pour tous, éducation à la réflexion et l’esprit critique et libre …