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Amal, un esprit libre de Jawad Rhalib affiche film cinéma drame
Affiche du film "Amal, un esprit libre"

Critique et Interview / “Amal, un esprit libre” (2024) de Jawad Rhalib : plongée dans une classe belge radicalisée

Interview de Jawad Rhalib, réalisateur de Amal, un esprit libre

BDC : Le fait d’ancrer votre histoire à Molenbeek en Belgique, lieu tristement populaire pour avoir été le refuge de terroristes, est-il important dans votre film ?

Jawad Rhalib : Oui et non. D’un côté, j’aime bien faire des films universels. Nous avons notamment présenté le film à Palm Springs aux États-Unis, où le public s’est senti directement concerné par l’histoire d’Amal. La population outre-Atlantique vit actuellement exactement la même chose avec la montée de l’extrême droite, le trumpisme et les radicalistes catholiques. Cependant, la Belgique est particulière en termes d’éducation. Les cours de religion donnés à l’école n’existent nulle part ailleurs. Et malheureusement, comme vous le mentionnez, la Belgique a été ces dernières années le repaire de radicaux religieux.

BDC : Lubna Azabal est, comme dans tous ses films, une actrice intense et habitée. Dans Amal, un esprit libre, elle exprime une rage particulière. Était-ce une volonté de votre part ?

Jawad Rhalib : Complètement. Justement, j’ai eu cette discussion avec elle. Lubna avait parfois l’impression d’être trop dans la colère. Pour moi, sa proposition n’était pas du tout excessive. C’est même ce que ressentent aujourd’hui les professeurs, abandonnés face à des situations qui les dépassent. En termes de direction d’acteur, je voulais plonger Amal dans une sorte de folie qui se concrétise également à travers son visage, le maquillage, etc.

BDC : Vous mêlez deux sujets : la découverte de l’homosexualité à l’adolescence et le contexte de l’intégrisme religieux qui condamne ces attirances sexuelles. Les avez-vous imbriqués dès le début de votre réflexion autour du film ?

Jawad Rhalib : Non, pas du tout. Pour moi, la découverte de l’homosexualité chez cette jeune fille est simplement un déclencheur. Ça aurait pu être autre chose. Pour moi, c’était l’occasion idéale pour évoquer un poète arabe que j’ai étudié quand j’étais jeune au Maroc, Abu Nawas. À l’époque, on lisait ses textes sans aucune difficulté. L’écrivain parle d’ouverture, de tolérance, des valeurs que les intégristes rejettent justement.

« Je me suis inspiré de Tariq Ramadan »

BDC : Vous montrez le côté très insidieux de l’endoctrinement. Certains personnages paraissent très bienveillants, calmes, mais se révèlent finalement être de véritables monstres. Avez-vous travaillé sur les techniques d’endoctrinement ?

Jawad Rhalib : Je me suis inspiré de Tariq Ramadan. C’est quelqu’un qui portait un costume-cravate, invité sur tous les plateaux télé et se présentait comme un musulman modéré. Mais quand on se plonge dans ses déclarations dans des salons privés sur la religion, il avait un tout autre discours. Pour moi, c’est un serpent. J’ai souhaité créer un personnage qui lui ressemble, avec l’aide de Fabrizio Rongione qui l’interprète à l’écran. Je lui ai demandé d’incarner justement ce gars qui sourit, mais qui à l’intérieur bouillonne de mauvaises intentions.

« L’éducation est essentielle car elle permet de sauver certains jeunes de l’isolement religieux »

BDC : Vous évoquez également les réseaux sociaux comme responsables de l’accroissement de cette idéologie néfaste. Le problème du harcèlement est-il un sujet que vous souhaitiez aborder dans Amal ?

Jawad Rhalib : Oui. Les jeunes s’embarquent tout de suite dans les likes et les commentaires parce qu’ils doivent exister. Ils ne pensent pas au mal qu’ils font. Malheureusement, c’est incontrôlable et ce n’est que le début. Et ils sont là, seuls dans leur chambre, devant leur écran, et voit arriver ces flots d’insultes. C’est terrible.

BDC : L’éducation est-elle pour vous le meilleur rempart contre la radicalisation ?

Jawad Rhalib : Mon fils m’a dit un jour : “Si on prend deux radicalisés et qu’on les met pendant deux semaines dans une maison avec des gens qui sont très ouverts d’esprit, à la sortie, on verra que ces deux jeunes peuvent finalement basculer”. Si vous faites le contraire, on aura l’effet inverse. L’éducation est essentielle car elle permet de sauver certains jeunes de l’isolement religieux. Malheureusement, elle est tout le temps maltraitée, reléguée au second rang. Il y a des exemples à suivre comme la Scandinavie où l’école est la valeur centrale du pays.

En savoir plus :

  • Amal, un esprit libre de Jawad Rhalid
    Date de sortie France : 17/04/2024
  • Distribution France : UFO Distribution
Luigi Lattuca
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Un commentaire

  1. Magnifique film aussi bien sur le fond que par le jeu des acteurs; on a l’estomac noué pendant tout le film par cette tension croissante. On mesure l’influence perverse de cet imane, modéré en apparence mais qui endoctrine en sous-main les jeunes. Bel exemple de courage et clairvoyance de cette professeure qui crois, milite pour l’enseignement laïque avec le respect des valeurs occidentales : respect de l’autre, liberté de penser et d’agir, promotion de l’enseignement pour tous, éducation à la réflexion et l’esprit critique et libre …

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