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Bleu silence Jean-Michel Audoual critique avis

Critique / « Bleu silence » (2021) de Jean-Michel Audoual

Jean-Michel Audoual pour son premier livre en 2014, Confessions ordinaires d’un enfant précoce chez Edilivre-Aparis, disposait d’un sujet maîtrisé en sa qualité d’enseignant auprès d’ Enfants Intellectuellement Précoces (EIP). Il continue son métier et déploie sa passion pour l’écriture avec chez Eyrolles, Bleu silence, un roman sur une enfant mutique. La critique et l’avis sur le livre.

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L..

Bleu silence aux multiples interprétations

Mickaëlla ou Mick, dix ans, fille unique, adore les mots, surtout ceux compliqués, et les expressions. Ils défilent dans sa tête sans jamais franchir ses lèvres. « Ces phrases, ces syllabes hibernent » depuis sa naissance. Elles aiment les prononcer intérieurement. Elle les note dans son « cahier rose » qui lui sert aussi de moyen de communication. Elle en a vu des spécialistes, pour tenter de percer son secret, accompagnée de ses parents, Franck et Mado, Madeleine de son prénom. Aucune anomalie n’a été constatée. Elle seule sait qu’une grosse boule au ventre l’empêche de s’exprimer.

Michou, son grand-père, est celui qui la comprend le mieux. Le jour où il lui offre un perroquet, « un gris du Gabon », le meilleur parleur parmi tous ses congénères, capable de vivre cinquante ans selon ses dires (vingt-cinq ans au maximum en réalité), c’est le bonheur. Franck le tolère car il chante l’hymne des supporters de l’OM, son club préféré, « Tous ensemble, tous ensemble… ». Ce compagnon, naturellement appelé Blabla, parle, retient ce qu’il voit, entend, et est capable « d’avoir des yeux pleins de haine », de mettre en garde en disant « Fais gaffe à toi sale c… ». Par peur, il s’arrache les plumes. Voilà une nouvelle victime offerte à la violence paternelle qui règne avec régularité au domicile familial.

Une couverture avec des plumes bleu clair, protectrices, douces, fragiles et le titre Bleu silence, ouvrent à de multiples interprétations. Ce sont à fois le rêve, la sérénité, la vérité, la liberté mais  également la passivité, la mélancolie. C’est un mélange de tout cela qui circule dans les veines et les cœurs de Mado, de sa fille, et de leur compagnon volatile. Entre bleus sur le corps, peurs bleues ou colères bleues, la vie est oppressante. Interdiction totale de se plaindre, refus de se confier à Michou qui a compris ce qui se passe. Selon les vœux de sa fille, il ne rapporte pas et ne dénonce pas. Un silence total sur les évènements est assumé par les protagonistes.

Rempli de sensibilité

Franck Pou, soudeur de son métier, a « parfois du mal à fermer ses mains. On est tranquille pour quelques jours. » Lunettes de soleil et écharpes ne protègent pas seulement du soleil et du froid. Elles permettent de cacher certaines traces laissées par « une grosse main aussi puissante qu’une arme ». À défaut « Franck l’alcoolo » dispose d’un « 45 fillette » qui lui sert à autre chose que de jouer au foot. Au moindre mouvement, il sème la peur chez Mick et Mado, soumises, au milieu des cadavres de canettes de bière.

De courts chapitres rythment instants d’apaisement et déferlement de violences incontrôlées, physiques et psychologiques, d’un homme alcoolisé, s’abreuvant avec régularité au domicile ou chez Gégène, le bar voisin. Mickaëlla analyse avec justesse les situations, traverse des angoisses, avec des bleus à l’âme. Elle aimerait tant protéger sa mère, mais demeure bloquée, ne pouvant pas articuler la moindre syllabe. Et pourtant la colère est présente, la révolte bouillonne en elle. Elle sait, elle appréhende, elle raconte ce qu’elle ressent, la peur au ventre.

Bleu silence, réaliste, rempli de sensibilité et d’amour entre une mère et sa fille, se révèle être un très bon livre, à l’écriture maîtrisée. Pour décrire les combats intérieurs qui agitent les victimes, Mick, attachante et futée, est le fil conducteur idéal, un personnage qui ne s’oublie pas. Les seconds rôles, Dan le petit cousin adopté, Madame Zhou la guérisseuse, Youri le mime, tatie Paulette et oncle Pierre, ou encore maîtresse, sont bien croqués. Un roman sans pathos qui mérite de connaître du succès.

En savoir plus :

  • Bleu silence, Jean-Michel Audoual, Editions Eyrolles, octobre 2021, 238 pages, 16 euros
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