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Critique / « P’tite hirondelle » (2022) de Dominique Zachary

Nombreux sont les poètes, écrivains, chanteurs qui ont écrit sur les hirondelles. Ainsi en fut il entre autres de Paul Éluard, Louise Michel, Victor Hugo, Théophile Gautier, Jules Renard, Claude Nougaro et même Robert Littell avec L’hirondelle avant l’orage. Sur la couverture du roman de P’tite hirondelle de Dominique Zachary, journaliste et écrivain belge, ce qui retient l’attention de prime abord, c’est le bandeau annonciateur de Yasmina Khadra, l’auteur de Les hirondelles de Kaboul, qui offre en plus un très bel avant propos, succinct, très évocateur de ce qu’est ce court texte, véritable conte, P’tite hirondelle, paru aux éditions Kiwi en mai 2022. A noter également le magnifique dessin d’une hirondelle tournoyant aux côtés d’une autre l’attendant avec assiduité, et un titre simple mais accrocheur. La critique et l’avis du livre. 

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L.

P’tite hirondelle : cet oiseau, annonciateur du printemps

Cet oiseau migrateur, inlassablement et de manière immuable, vole chaque année plusieurs milliers de kilomètres depuis les régions subsahariennes pour retrouver son nid en Europe. Annonciateur du printemps, symbole de liberté, de bonheur et de fidélité, l’hirondelle fascine par les longues arabesques qu’elle dessine dans le ciel, jouant avec le vent, profitant de sa légèreté, une vingtaine de grammes seulement.

P’tite hirondelle partage ses chapitres, précédés la plupart par une pensée sur les hirondelles, entre la vie à Pradonas dans les Pyrénées Orientales et les échanges épistolaires réguliers entre un orphelinat d’Asie et la ville catalane. La Mécanette, Paola Ruiz, célibataire endurcie, vivote avec son petit garage à l’ancienne, Toto-la-dépanne. « Avec sa salopette grise maculée de cambouis, ses cheveux châtains coupés court à la garçonne et sa voix rauque, la Mécanette ne faisait pas vraiment dans le glamour ». Cela ne l’empêche pas de vouloir adopter un enfant, une fille de préférence. Elle recourt à une recherche à l’étranger, ses chances de réussite en France étant quasi nulles. Son long combat, semé d’embûches, est analysé avec justesse, avec les instants de doutes, de déprime, d’espoirs et d’attente.

Six nids « enlevés et démontés« 

Dès le chapitre un, Finette, Myao Kuang de son nom de naissance, sa fille adorée « au corps menu et gracile », demeure auprès de sa mère adoptive, admirative du retour ponctuel des hirondelles dans leurs nids, dans un coin du garage. En pleine intégration dans sa nouvelle vie, dans l’acquisition de sa nouvelle langue, elle demeure un peu à l’écart, rêveuse, attirée par les oiseaux, émerveillée avant tout par les frêles et gracieuses hirondelles durant leurs vols gracieux avec leurs chants caractéristiques. Déjà à l’orphelinat, « le regard Myao Kuang s’attarde sur des hirondelles qui virevoltent dans la cour, avant de faire une halte sur un poteau ou le sommet d’un chariot. Myao les accompagne du regard, comme si ces hirondelles faisaient partie de sa famille. »

Aussi un matin à Pradonas quand il apparaît que les six nids ont été « enlevés et démontés », c’est l’incompréhension, le désespoir. Aidée de Poupou et de Riton, deux personnages dignes des Pieds Nickelés, mais bien dévoués, Rosa se met à la recherche des coupables, face à la totale inertie de la maréchaussée.  Des suspects il y en a parmi tous ceux et celles qui détestent les fientes ravageuses de ces volatiles.

La sauvegarde de la nature, théme principal du livre

D’un ton léger, sans jugement, Dominique Zachary déploie son histoire, P’tite hirondelle, avec une pointe d’humour. Sans en avoir l’air il aborde nombre de sujets dont les deux principaux sont l’adoption monoparentale, la sauvegarde des hirondelles et de manière plus générale celle de la nature. Y sont également évoqués, le droit à la différence, le déracinement local, le réapprentissage d’une civilisation étrangère à la sienne.

Mais la bêtise humaine, l’éducation brutale, l’absence d’amour filial, les paraîtres, sont également des sujets sous jacents du roman. La volonté et la pugnacité de Rosa font des merveilles pour apporter un amour incommensurable à Finette, le bonheur de sa vie, si longtemps espéré et tant attendu. Son énergie bienfaitrice s’exerce aussi bien auprès de la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) que de tout un chacun, laissés pour compte de la société. Finalement chaque lecteur retient ce qu’il a envie, tant les pistes sont larges.

L’avis sur le livre ?

Pour connaître le dénouement de P’tite hirondelle, il faut plonger dans les terres imaginaires en Asie ou à Pradonas qui ont  tant de corps, de crédibilité, qu’elles semblent réelles. Un livre structuré, au rythme alerte qui traite de sujets majeurs tout en étant revigorant, dépaysant.  « L’’hirondelle, le jouet préféré du vent » comme l’a écrit Jules Renard, demeure également un sujet constant d’ébahissement pour de nombreuses personnes. Un livre plein de délicatesse, avec des personnages attachants et une P’tite hirondelle qui demeure toujours autant envoûtante.

En savoir plus :

  • P’tite hirondelle, Dominique Zachary, Kiwi Romans, mai 2022,132 pages, 15,20 euros
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