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©Aurora Films_Local Films

Critique / “Annie Colère” (2022) disponible en vidéo DVD

Dernière mise à jour : avril 7th, 2023 at 10:38 pm

Annie Colère de Blandine Lenoir avec Laure Calamy est disponible en vidéo depuis le 4 avril 2023. Le film évoque les actions de la MLAC (mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception) juste avant l’adoption de la loi Veil. La critique et l’avis sur le film. 

Synopsis :

En 1974, un an avant l’adoption de la loi Veil relative à l’interruption volontaire de grossesse, le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception accueille en semi-clandestinité dans un espace de sororité les demandes des femmes. Annie, ouvrière et mère de deux enfants, découvre peu à peu une nouvelle manière d’envisager son sens personnel et collectif de l’Histoire.

Annie Colère, une nouvelle page de l’histoire

Annie Colère invite à ouvrir une nouvelle page de l’histoire du droit des femmes à disposer de leur propre corps dans les mobilisations citoyennes en France dans les années 1970 dont les revendications ont pour une partie seulement été validées par la loi Veil en 1975. Une évidence que souligne ce cinéma stimulant qui sait se saisir avec sa distance critique l’écriture officielle de l’Histoire : l’évolution des mœurs s’enracine et se prolonge dans des actions collectives avant d’être prise en compte toujours tardivement et à la suite de lourdes concessions dans des textes de loi émanant d’un pouvoir déconnecté de la réalité sociale dans une époque où les femmes meurent par milliers à cause de la criminalisation de l’avortement.

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©Aurora Films_Local Films

Nourri par la thèse de la chercheuse Lucile Ruault, le scénario de Blandine Renoir et Axelle Ropert laisse une place conséquente à la découverte des actions du MLAC comme alternative positive, bienveillante et sécurisée de la pratique clandestine de l’avortement en 1974 autant que l’émancipation progressive d’une femme qui se croyait initialement non politisée découvrant en même temps son corps et son âme collective. Si l’héroïne éponyme, jouée par la lumineuse Laure Calamy avec subtilité et une implication profonde née d’une longue complicité entre la cinéaste et son actrice, est le fil conducteur de la narration, le sens de la construction collective autour de la sororité ne cesse de nouer les fils d’un ambitieux métier à tisser d’une histoire de résistance.

Merveilleuse direction d’acteurs

Alors que le récit officiel des luttes des femmes a tendance à être réduit à une lecture individualisée issue de l’expression du pouvoir, comme en témoigne encore le consensuel Simone, le voyage du siècle (2021) d’Olivier Dahan, la mise en scène de Blandine Lenoir sur Annie Colère crée un espace de lecture alternatif par son invitation à rappeler que l’Histoire s’écrit nécessairement à plusieurs dans un espace où chacun.e s’ouvre à l’autre, sans peur d’assumer sa vulnérabilité pour aller de l’avant. Car le film est aussi l’histoire enthousiasmante de la renaissance d’une femme qui ne se contente plus de subir la fatalité du monde extérieur dans une rage extérieure sans cesse étouffée mais devient actrice de sa vie dans un souci constant de l’autre.

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©Aurora Films_Local Films

Ainsi, Blandine Lenoir fait évoluer son écriture filmique où le questionnement féministe trouvait dans les ressorts comiques de Zouzou (2014) et Aurore (2017) les outils subtils de remise en cause critique de l’ordre patriarcal, vers l’exploration du drame historique mis en scène dans un espace bienveillant de sororité. Ainsi, la détresse des femmes confrontées à une grossesse non désirée apparaît avec pudeur dans un espace choral d’une vibrante bienveillance, où les nombreuses et talentueuses actrices (Laure Calamy, Zita Hanrot, India Hair, Pascale Arbillot, Florence Muller, Lucia Sanchez pour n’en citer que quelques-unes) offrent leur interprétation au service des nombreuses femmes qu’elles représentent, avec une humilité fascinante. Blandine Lenoir est à ce titre une merveilleuse directrice d’actrices et d’acteurs où la sororité et la bienveillance ne sont pas seulement des sujets scénaristiques mais participent pleinement à sa manière salutaire de nourrir sa mise en scène.

Notre avis ?

La colère du titre devient ainsi la force de l’action collective face à l’iniquité ambiante. Il permet à son héroïne éponyme de briser la fatalité d’un récit de l’histoire politique écrite par des hommes et suivre une prise de conscience progressive pour s’inscrire dans le monde.

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Cédric Lépine.

En savoir plus :

  • Sortie en salles (France) : 30 novembre 2022
  • Sortie France du DVD : 4 avril 2023
  • Éditeur : Diaphana
    Bonus : Commentaire audio de Blandine Lenoir et Lucile Ruault (conseillère historique sur le film)
    Scènes coupées (15’)
    Entretien avec Blandine Lenoir et deux anciennes militantes du MLAC, Irène
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3 Commentaires

  1. Bonjour !
    Vous avez mal nommé le nom de l’actrice principale ! Il s’agit de Laure Calamy et non pas Laure Dalamy !!
    Mes bonnes salutations !
    Philippe Henry

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