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Top 3 des meilleurs livres de Jean-Luc Lagarce pour dépasser « Juste la Fin du monde »

Dernière mise à jour : juin 22nd, 2021 at 03:43

1/ Le Pays lointain de Jean-Luc Lagarce

La première œuvre de notre Top 3 des meilleurs livres de Jean-Luc Lagarce se situe dans le sillage de sa pièce Juste la Fin du monde.

Vous avez adoré Juste la Fin du monde, qu’il s’agisse du film de Xavier Dolan ou de la pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce ?

Procurez-vous de toute urgence la pièce de théâtre Le Pays lointain !

Juste la fin du Monde, derniers chapitres

Jean-Luc Lagarce image couverture Le pays lointainÉcrite en 1995, Le Pays lointain est la dernière pièce de Jean-Luc Lagarce. Dans cette pièce, il reprend Juste la Fin du monde qu’il n’a pas réussi à faire éditer, mais son projet prend de plus en plus d’ampleur.

Aux personnages de Louis (le fils, interprété par Gaspard Ulliel dans le film de Xavier Dolan), de Suzanne (la sœur, interprétée par Léa Seydoux dans le film), d’Antoine (le frère, interprété par Vincent Cassel dans le film), de la mère (interprétée par Nathalie Baye dans le film) et de Catherine (la femme d’Antoine, interprétée par Marion Cotillard dans le film), il faut ajouter Longue date (l’ami de toujours), Hélène (la compagne de Longue date et l’amie de Louis), l’Amant, mort déjà, et le Père, mort déjà. La pièce compte en outre deux personnages collectifs : « Un Guerrier, tous les guerriers » et « un Garçon, tous les garçons ».

La trame principale reste la même que celle de Juste la Fin du monde : le fils revient avec Longue date dans sa famille annoncer la nouvelle de sa mort et part sans l’avoir fait.

Qu’est-ce qui différencie les deux pièces alors ?

Le Pays lointain est une pièce qui permet de saisir Louis dans d’autres dimensions de sa vie : qu’est-il comme ami ? comme amant ? comme amoureux ? Sa vie affective est-elle à l’image de ses rapports avec sa famille, compliquée et conflictuelle ?

Le Pays lointain, c’est aussi une pièce chorale : « Un Garçon, tous les garçons » et « Un Guerrier, tous les guerriers », ce sont ces hommes que Louis a rencontrés. Il les a aimés et abandonnés, il les a aimés et blessés ; les a-t-il au moins aimés ? Est-ce Louis qu’il faut protéger d’eux ou ces garçons qu’il faut protéger de Louis ? Tous ces hommes forment un chœur auxquels s’ajoutent parfois « L’amant, mort déjà » et Hélène.

Comme dans la tragédie antique, le chœur déplore, pleure, témoigne, constate, commente. Mais il ne peut être réellement entendu par le protagoniste. Et surtout, il ne peut pas avoir de prise sur les affrontements terribles qui se jouent sous ses yeux, ni sur la mort inéluctable qui doit en découler. Comme dans la tragédie antique, le chœur ajoute au tragique par son incapacité à empêcher le crime tragique auquel il assiste.

Le Pays lointain, de l’autre côté du Styx

Le Pays lointain, c’est aussi l’abolition de la frontière qui sépare les vivants des morts. Car au Pays lointain se trouvent, se rencontrent les spectres, ceux de l’Amant et du Père, morts déjà, qui sont là comme pour figurer qu’ils attendent maintenant Louis qui va bientôt les rejoindre.

La mort ne se confronte plus seulement à Louis comme dans Juste la Fin du monde. Elle a déjà atteint les vivants. Hélène s’en fait le témoin. Elle dit cette mort qu’ils ont apprise. Elle dit sa présence fantomatique qui les accompagne depuis. Les amis, les amants, les hommes ont partagé le secret de Louis et doivent vivre avec lui. Comme ils devront vivre sans Louis. Avec cette mort qui avance, comme un spectre elle aussi. Qui a déjà pris l’Amant. Qui a rendu fous certains de ces hommes croisés.

Le Pays lointain, c’est l’histoire d’un passage, d’une traversée. C’est le moment où Louis quitte ces gens avec qui il a vécu, cette famille qu’il avait abandonnée et qu’il retrouve, celle qu’il s’était créée, ces histoires d’amour tortueuses, torturées pour rejoindre la rive de l’Amant, celle du Père. La rive de ces autres qui l’attendent déjà.

C’est l’heure où les faits ne mentent plus, où Louis fait face à ce qu’a été sa vie, à ce qu’ont été ses choix. Blessures et cruautés, masques et faux-semblants, échecs et fuites, reproches et attachements. L’heure de regarder les choses en l’état, car c’est ainsi que tout restera, que tout se figera. Définitivement.

Le Pays lointain, c’est la traversée mélancolique et désabusée de ces terres où errait Jean-Luc Lagarce juste avant sa mort, juste avant la fin (du monde).

Croyez-nous, la traversée vaut le coup et n’a rien à voir avec une simple réécriture de Juste la Fin du monde. C’est bien plus que cela. Bien plus précieux que cela. Et nous aimerions vous embarquer avec nous dans le voyage.

En savoir plus :

  • Le Pays lointain, Jean-Luc Lagarce, éditions Les Solitaires Intempestifs, 2005, 160 pages, 15 €
Morgane P.

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