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Brice Michelini, Andy Gillet, Joss Berlioux, Virginie de Clausade, Déborah Grall, Dimitri Storoge, Jules Pélissier et Michaël Abiteboul - The Normal Heart image théâtre
Brice Michelini, Andy Gillet, Joss Berlioux, Virginie de Clausade, Déborah Grall, Dimitri Storoge, Jules Pélissier et Michaël Abiteboul dans la pièce de théâtre "The Normal Heart" © Virginie de Clausade

Critique / « The Normal Heart » par Virginie de Clausade

Larry Kramer a écrit The Normal Heart en 1985, seulement deux ans après la découverte du virus du VIH et alors qu’il n’existait aucun traitement. Il la fera jouer sur scène à Broadway comme un acte militant pour réveiller les consciences. Inspirée de faits réels, cette pièce a connu un succès international amplement méritée. Elle est enfin jouée au Théâtre La Bruyère à Paris dans une mise en scène inspirée de Virginie de Clausade. L’avis et la critique théâtre de Bulles de Culture.

Synopsis :

A New-York, entre 1981 et 1984, un mystérieux virus sans nom ni mode de transmission connu s’abat sur la communauté homosexuelle. Alors que le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) minimise puis égrène un nombre de morts exponentiel, le scénariste Ned Weeks part au combat. Il oppose au déni et à l’indifférence son mauvais caractère, dénonce violemment l’inaction des politiques, affronte les membres de sa communauté qu’il veut convaincre d’arrêter toute relation sexuelle.

Epaulé par le Docteur Emma Brookner qui se bat au sein de sa propre communauté, lâché par son frère avocat qui l’aime mais n’accepte pas son homosexualité, il trouvera sur son chemin ce qu’il avait mis beaucoup d’énergie à fuir : l’amour. »

The Normal Heart : les homosexuels ont un « cœur normal »

Dimitri Storoge, Brice Michelini et Andy Gillet - The Normal Heart - DR Copyright Virginie de Clausade image théâtre
Dimitri Storoge, Brice Michelini et Andy Gillet dans la pièce de théâtre « The Normal Heart » © Virginie de Clausade

C’est l’un des premiers messages de la pièce The Normal Heart, les homosexuels ont un « cœur normal » (a « normal heart »), ils sont capables d’amour,  même si on a souvent jeté l’opprobre sur cette communauté.

L’homosexualité a été soumise aux normes fluctuantes de nos sociétés depuis des siècles. Dans la Rome Antique, elle est considérée comme un fait, voire un droit toléré. Mais à partir du VIe siècle, les choses changent et l’homosexualité est assimilée à un crime.

Le terme d’homosexualité fait son apparition à la fin du XIXe siècle pour qualifier une pathologie que l’OMS classera au XXe siècle dans la liste des maladies mentales.

Il faudra attendre le 17 mai 2005, pour qu’ait lieu la première Journée mondiale de lutte contre l’homophobie dans quarante pays. En juin 2008, Xavier Darcos, Ministre de la santé, s’engagera à lutter contre l’homophobie dans les lycées de France grâce à des campagnes de préventions.

On voit combien les droits des minorités sont difficiles à obtenir, à défendre et à préserver.

Que faire quand la peste frappe à votre porte ?

Michael Aboteboul et Dimitri Storoge - The Normal Heart - DR Copyright Virginie de Clausade image théâtre
Michael Aboteboul et Dimitri Storoge dans la pièce de théâtre « The Normal Heart » © Virginie de Clausade

Quand le VIH fait son apparition aux USA, l’Amérique puritaine ferme les yeux, et les pouvoirs publics et organismes de santé  ne veulent pas se saisir du problème, de peur de froisser l’opinion publique.

Pour la communauté gays, première touchée par l’épidémie, « que faire quand la peste [NDLR : e terme est repris dans la pièce] tape à votre porte dans l’indifférence générale ? Les protagonistes ne savent rien, et ils doivent faire face. Ce sont des personnages ordinaires au milieu d’une pandémie extraordinaire ».

Pour l’adaptatrice et metteuse en scène Virginie de Clausade, la pièce The Normal Heart touche le public au cœur mais à différents endroits : « Que vous vouliez comprendre la sidération face à une pandémie ou l’émergence d’une communauté comme force politique, que vous vouliez rire et pleurer, que vous souhaitiez vous informer ou vous divertir, rendre hommage à son auteur ou à une génération, le texte de Larry Kramer vous emporte et vous marque pour longtemps. »

En 2011, lors de sa reprise à Broadway, à l’issue de chaque représentation de The Normal Heart, Larry Kramer distribuait personnellement aux spectateurs une note signée de sa main. Celle-ci rappelait que « tout ce qui est raconté est réellement arrivé » et révélait l’identité de ceux qui se cachent derrière la plupart des personnages. Elle démontrait aussi par sa puissance que Larry Kramer n’a rien perdu de sa combativité et de sa colère — Une traduction littérale de cette note est distribuée à l’issue des représentations à Paris.

Notre avis ?

The Normal Heart est une leçon d’humanité !

Une pièce terriblement actuelle

Bien sûr, dans le contexte sanitaire actuelle de pandémie, cette pièce nous rappelle que le VIH/sida a lui aussi fait des millions de morts (près de 40 millions).

Depuis son identification, le combat contre les contaminations ressemble à une course contre la montre. Malgré les progrès, plus d’un million de personnes se contaminent au VIH chaque année dans le monde. C’est donc toujours une urgence, plus de 35 ans après le début de l’épidémie.

Selon AIDES, association française de lutte contre le VIH et les hépatites virales, créée en 1984 et reconnue d’utilité publique depuis 1990, « en 2018, 37,9 millions de personnes vivaient avec le VIH sur la planète. Un nombre en constante augmentation, grâce à la généralisation des antirétroviraux, efficaces, et des personnes qui vivent plus longtemps, et en meilleure santé. Cependant, 1 million de personnes meurent des suites d’un sida tous les ans ».

Chaque année, les nouvelles contaminations restent nombreuses : 1,7 million de personnes se sont, encore, contaminées au VIH en 2018.  La riposte mondiale au VIH a évité 30 millions de nouvelles infections au VIH et près de 10 millions de décès liés au sida depuis 2000, lorsque les Objectifs Du Millénaire pour le développement (OMD) ont été établis (source ONUSIDA).

En 2016 à Durban, Charlize Théron déclarait :  « La vraie raison, expliquant que nous n’avons pas vaincu l’épidémie, repose sur un simple fait : nous estimons des vies plus que d’autres. Nous estimons plus les hommes que les femmes. L’amour hétéro plus que l’amour homo. La peau blanche plus que la peau noire. Les riches plus que les pauvres. Les adultes plus que les adolescents. (…) Le VIH ne se transmet pas uniquement par le sexe. Il se transmet par le sexisme, le racisme, la pauvreté et l’homophobie. »

En savoir plus :

  • The Normal Heart du mardi 22 mars au jeudi 7 avril 2022 au Théâtre La Bruyère (Paris, France). Du mardi au samedi à 21h, matinée le samedi à 17h
  • Auteur : Larry Kramer
    Metteuse en scène : Virginie de Clausade
    Distribution : Dimitri Storoge, Mickaël Abiteboul, Joss Berlioux, Andy Gillet, Déborah Grall, Brice Michelini, Jules Pelissier
Claude Versein

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