Malgré un montage grossier digne d’un épisode de New-York Unité Spéciale, la série documentaire De rockstar à tueur : le cas Cantat (2025) est à voir comme un “baromètre de notre société”. L’avis et la critique de Bulles de Culture.
Synopsis :
En 2003, le chanteur Bertrand Cantat tue sa compagne, l’actrice Marie Trintignant. Le documentaire De rockstar à tueur : le cas Cantat revient sur cette affaire qui a divisé la France.
De rockstar à tueur : le cas Cantat revient sur l’été 2003
L’affaire Marie Trintignant, au cœur de la canicule de l’été 2003, est encore dans toutes les mémoires. En tournage de son dernier téléfilm en Lituanie, la comédienne est tabassée 23 fois à coups de poing par son compagnon de l’époque, le chanteur Bertrand Cantat, leader du groupe Noir Désir. Elle décède 5 jours plus tard, après un coma décrit comme irréversible, à l’âge de 41 ans.
Ce sont des messages avec son ex-compagnon, l’écrivain, scénariste et réalisateur Samuel Benchetrit (aujourd’hui en couple avec Vanessa Paradis), qui vont déclencher le feu aux poudres : Bertrand Cantat sent la colère monter et commence par la plaquer au mur. Le reste, on le connaît. Le chanteur et guitariste ne purgera que 4 années de prison, après une condamnation qui en prévoyait 8, et le reste en liberté sous contrôle judiciaire.
La honte va changer de camp

Que Bertrand Cantat ait des problèmes pour gérer ses émotions, cela ne pose à l’époque de problème à (quasiment) personne. Et il est fascinant de constater que, plus de vingt ans plus tard, la honte commence à changer (petit à petit) de camp. La mini-série documentaire De rockstar à tueur : le cas Cantat sur Netflix va d’ailleurs y contribuer.
Car ils et elles seront assurément tou·te·s devant leur écran pour y voir les protagonistes du récit médiatique de l’époque en faveur de l’ex-chanteur du groupe Noir Désir. Sauf certain·es qui interviennent aujourd’hui, comme Pascal Nègre, l’ex-PDG d’Universal Music France qui a repris Noir Désir dans sa maison de disques après le drame (“car ils avaient plusieurs fois battu Johnny en termes de vente !”).
On réentend le “Marie Trintignant est devenue hystérique envers Bertrand Cantat“, on revoit les images de spectatrices et spectateurs brandissant fièrement leur ticket devant un Zénith de France afin d’acclamer la star “enfin de retour”. Mais tout ceci était avant le mouvement #MeToo qui a rabattu toutes les cartes… et aussi avant le suicide survenu en 2010 de la femme que Cantat a quitté pour Marie Trintignant : Krisztina Rády.
Une… ou des affaires Cantat ?

Le suicide par pendaison Krisztina Rády ne provoqua pas d’interrogations médiatiques poussées. Les deux histoires de ces dames est mise en parallèle dans De rockstar à tueur : le cas Cantat par les journalistes et producteurs Zoé de Bussierre, Karine Dusfour, Anne-Sophie Jahn et Nicolas Lartigue qui ont intensivement travaillé durant 4 ans.
C’est le genre de documentaire qu’on regarde le cœur serré — et ce, malgré un montage qui reprend tous les codes des séries policières qui ont fait le succès des chaînes télé juste après l’assassinant de Marie Trintignant. On saigne pour les victimes, d’autant que la société semble comprendre toujours trop tard les mécanismes à l’œuvre dans les violences.
L’intimité devient politique à partir du moment où les hommes semblent avoir colonisé tous les espaces et tous les esprits. Quand on défend Bertrand Cantat, on excuse les fléaux qui ne lui ont pas permis de se gérer : peur, colère et envie. Quand on défend Bertrand Cantat, c’est par envie d’endosser le rôle de l’infirmière et de le consoler car enfance triste (père militaire). Enfin, quand on défend Bertrand Cantat, on romantise à souhait les parts d’ombre des artistes que nous admirons.
La justice va-t-elle aujourd’hui se montrer différente dans un autre cas où on claironne de nouveau qu’il faut séparer l’homme de l’artiste, l’affaire Gérard Depardieu ?
Notre avis ?
La mise en scène de la série documentaire De rockstar à tueur : le cas Cantat est typique des épisodes de séries telles que New-York Unité Spéciale, avec un léger abus de musiques inquiétantes. Il n’empêche qu’il analyse finement le bruit médiatique qui a empêché bon nombre d’entre nous de réellement penser à la mort des victimes, à la douleur de leurs proches et à la toxicité des pervers narcissiques.
En savoir plus :
- De rockstar à tueur : le cas Cantat, documentaire de 3×40 minutes, est disponible en streaming sur la plateforme Netflix depuis le jeudi 27 mars 2025
Bulles de Culture Sur Bulles de Culture, chaque jour, la culture sort de sa bulle !

