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Mouna Soualem, Olivier Rabourdin dans la série "Cimetière indien" © Ulrich Lebeuf/Mintee Studio/CANAL+

Interview / Mouna Soualem et Olivier Rabourdin pour la série “Cimetière indien” : “Ne pas connaître la fin était extrêmement jouissif”

Dès le lundi 7 avril, Canal+ a lancé Cimetière indien (2024),  une nouvelle série à la True Detective portée par Mouna Soualem et Olivier Rabourdin. Interview Bulles de Culture.

Synopsis :

1995. Lidia (Mouna Soualem), jeune recrue de l’anti-terrorisme, enquête à Peranne, dans le sud de la France, sur le meurtre d’un imam avec Jean, un gendarme hanté par la guerre d’Algérie.

2023. Alors que Lidia (Olivier Rabourdin) est au sommet de sa carrière, l’ancien maire de Peranne est assassiné et Jean disparait. Le passé, que tous croyaient enterré, ressurgit.

Rencontre avec les comédiens Mouna Soualem et Olivier Rabourdin pour la série Cimetière indien : “Il y une complicité et un vrai regard tendre entre nos deux personnages”

Créée par Thomas Bigedain et Thibault Vanhulle, réalisée par Stéphane Demoustier et Farid Bentoumi, Cimetière indien est une nouvelle série de 8 épisodes de 52 minutes, qui naviguent entre deux époques et sur fond de tensions sociales et politiques liées à la guerre d’Algérie. Interview Bulles de Culture des deux comédiens principaux de la série, Mouna Soualem et Olivier Rabourdin.

Pourriez-vous nous présenter le personnage de Lidia dans la série Cimetière indien ?

Mouna Soualem : En 1995, Lidia 95 est une jeune flic de 26 ans, très déterminée, une tête brûlée qui se retrouve pour la première fois sur le terrain en tant qu’observatrice sur une affaire excessivement lugubre. Elle est pleine d’ambition et d’idéalisme, mais elle va être constamment confrontée à la dureté de son époque, dans un milieu profondément masculin, méprisant, fermé, raciste et corrompu.

En 2023, Lidia est devenue une femme mûre, dans sa cinquantaine, qui a énormément gagné en autorité et en hiérarchie. Elle est très carriériste, pleine de succès à la Préfecture de Créteil et en lice pour la Préfecture de Paris. Elle a donc laissé tomber toutes ses illusions de jeunesse pour en arriver là où elle est, mais avec l’enquête de 2023, elle va se replonger dans un passé hanté par des regrets enfouis qui vont la pousser à tout sacrifier dans une ultime quête de vérité et de justice.

Qu’en est-il de Jean ?

Olivier Rabourdin : Jean est quelqu’un de profondément traumatisé par la guerre d’Algérie. Il a fait et vu des choses dont il porte la honte et qui provoquent deux choses en lui : des accès de violence incontrôlés — alors que c’est plutôt un taiseux et un calme — et une culture du silence.

Comment avez-vous travaillé la relation entre vos deux personnages ? Qu’est-ce que vous vous êtes racontés sur eux ?

Mouna Soualem : On en a beaucoup discuté parce que dans le scénario original, leur relation était beaucoup plus froide et dure. Un peu comme tous les personnages autour de Lidia en 1995, qui est alors une femme évoluant dans un milieu très masculin et d’origine arabe en plus.

De manière assez naturelle, il s’est créé entre nos personnages une relation de maître/disciple ou de mentor/disciple, et ça nous a plu parce que malgré les moments de désaccords entre nos personnages, il y a une vraie forme de tendresse qui naît entre eux et qui est importante. En 2023, pour que Lidia laisse tout tomber pour retrouver cet homme, c’est qu’il devait y avoir un lien vraiment fort entre eux et qui n’appartient qu’à eux.

Ce que j’aimais me raconter, c’est que Jean voyait en Lidia le jeune flic qu’il avait été, soit une tête brûlée scolaire mais qui a envie d’apprendre et qui a envie de faire. Et elle, par son désir et sa quête de justice et de vérité, elle a envie d’apprendre auprès de cet homme. Il y a donc une vraie complicité entre eux et un vrai regard tendre.

Olivier Rabourdin : Oui, je dirais que les personnages commencent par se renifler puis naît une estime mutuelle entre eux.

Ce qui  les sépare en 1995, c’est que Jean s’engage en solitaire et secrètement dans une partie de l’enquête très dangereuse dont il veut protéger Lidia. Donc se détache d’elle, l’écarte, garde le silence sur ce qu’il fait, trouve et déduit.

En 2023, Jean ne sais pas que Lidia le cherche et ne le découvre qu’au dernier moment. Quand il est vraiment dans un état très critique, elle réapparaît tout d’un coup. Il y a une relation de mentor entre eux, peut-être même une relation paternelle. Lidia est comme une enfant qui vient le sauver en 2023.

“On ne peut pas enterrer quelqu’un et son passé. Il y a toujours quelque chose qui nous rattrape à un moment ou à un autre”

Qu’en est-il de l’évolution de vos personnages dans Cimetière indien ?

Mouna Soualem : Il y a une sorte de deuxième évolution chez Lidia qui va faire la paix avec plein de choses de son passé. Elle en sort grandie, apaisée et elle a la chance de prendre ses responsabilités, ce qu’elle n’avait pas pu faire avant.

Olivier Rabourdin : Ce que j’apprends en 2023, c’est qu’on ne peut pas vraiment enterrer quelqu’un comme ça. On ne peut pas enterrer quelqu’un et son passé. Il y a toujours quelque chose qui nous rattrape à un moment ou à un autre.

Comment avez-vous vécu le fait de tourner la série sans en connaître la fin ?

Olivier Rabourdin : J’ai terminé la lecture des quatre premiers épisodes en me disant : mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Qui est cet enfant dont on parle ? Où est Jean  et qu’est-ce qu’il a fait ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

Le théorème du comédien Michel Serrault est que si vous dites à un acteur qu’il va mourir à la fin du film, il commence à tousser au premier plan. Donc le fait de ne pas savoir la fin de Cimetière indien, ça nous a protégés contre le fait d’essayer de jouer déjà ce qui va se passer. On a abordé les scènes les unes après les autres dans ce qu’elles avaient de fondamentalement en elles. Et ça, c’était une vraie aide parce que dans la vraie vie, on ne connaît pas la fin de l’histoire.

Mouna Soualem : Evidemment, cela nous a protégés et, surtout, permis d’être dans le moment présent. Ce qui était extrêmement jouissif car c’est quand même une série avec énormément de rebondissements et qui avait donc plein de surprises pour nous.

Y a-t-il eu une scène particulière à jouer pour vous dans la série ?

Mouna Soualem : Il y en a eu plein, mais instinctivement, je pense à celle dans le garage avec Olivier, dans le 5e épisode…

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… quand nos deux personnages vont vraiment parler de leur passé : Lidia évoque son enfance, son rapport à la famille, à son métier et Olivier son rapport à l’Algérie. C’est une scène qui a beaucoup changé en cours de route et on a vraiment installé quelque chose de très intime et en dehors de tout genre. C’était agréable à chercher et à faire

Olivier Rabourdin : Oui, c’était le moment où on était le plus proche et le plus sincère l’un avec l’autre.

En savoir plus :

  • Cimetière indien a été diffusé sur Canal+ du lundi 7 avril au lundi 28 avril 2024 à 21h, à raison de 2 épisodes par soirée
  • La série est proposée en streaming et en replay sur myCANAL
Jean-Christophe Nurbel

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