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Héroïne de la compagnie Les Arts Oseurs photo spectacle
Le spectacle "Héroïne" de la compagnie Les Arts Oseurs © Frédérique C. / Bulles de Culture

Critique Aurillac 2022 / « Héroïne » de la compagnie Les Arts Oseurs

Avec Héroïne, c’est un marathon théâtral que nous propose la Compagnie Les Arts Oseurs. Quatre heures durant, la metteuse en scène et comédienne Périne Faivre, nous raconte la vie d’un Palais de Justice. Ses dysfonctionnements, ses joies, ses rages, ses incongruités, ses particularités… L’avis et la critique théâtre de Bulles de Culture sur ce spectacle vu au Festival d’Aurillac 2022.

Synopsis :

Qu’est-ce que la légalité, la légitimité, l’innocence ? Les comédiens vont rejouer tour à tour les comparutions immédiates, les affaires familiales ou les audiences correctionnelles suivies par Périne Faivre, la metteuse en scène. Et si la justice devenait transparente ? Tel est le postulat d’Héroïne : immersion totale dans les rouages de la Justice.

Depuis Aurillac, deux navettes ont conduit une centaine de spectateurs à Arpajon-sur-Cère. C’est là qu’assis sur des bancs de bois, au centre d’une immense cour, ils ont pendant quatre heures écouté le récit de Périne Faivre au Festival International de Théâtre de Rue d’Aurillac.

Pendant un an, Périne Faivre a suivi Claire, avocate et héroïne du quotidien. Nous voilà donc en immersion au cœur des paroles de salles d’attente, des interviews de magistrats et des notes de procès de Perrine. Ils sont 9 à alterner autour de la narratrice : comédiens, danseurs, dessinateurs.

Héroïne : une riche scénographie

Quoi de plus ambitieux que de résumer en quatre heures une année de notes prises dans les couloirs de tribunaux français ? Comment éviter l’ennui d’une lecture monocorde et interminable ?

Les Arts Oseurs relèvent brillamment le défi grâce au choix de leur scénographie pour le spectacle Héroïne.

Les danseurs de krump Kevin Adjovi-Boco et Daiana Migale rythment le récit. Et le peintre plasticien Moreno illustre en direct les scènes jouées par la troupe. De grandes plaques de plexiglas sont érigées derrière la scène. C’est ce mur qu’habille Moreno tout au long du spectacle. Des fresques géantes et transparentes naissent sous nos yeux.

Car c’est cette même transparence que veut atteindre Périne Faivre. Le postulat est simple : elle ne nous cachera rien de cette longue année, sa plume trempée dans la sueur des justiciables.

Le rythme des quatre heures de spectacle est soutenu à bout de bras par Renaud Grémillon. Sa musique, orgue et accordéon, illustre avec justesse les scènes proposées par le journal de bord de Périne, légères ou plus dramatiques.

Me reste en tête cette Vie en rose de Piaf, interprétée au piano, en fond sonore du témoignage d’une femme battue. Les chants chorals ou les pauses musicales sont des respirations nécessaires. Car c’est toute la misère du monde qui s’étale dans nos tribunaux.

Qui juge qui ?

Tel est l’intérêt du spectacle Héroïne. La vie d’un tribunal n’est ni plus ni moins qu’une photographie très juste de l’état d’une société. Et ça n’est pas toujours très reluisant !

Périne Faivre dit : « J’ai deux amours : le théâtre et la sociologie ». Héroïne en est la preuve.

Les Arts Oseurs pointent du doigt une incongruité. Deux sociétés s’affrontent au tribunal : le dedans et le dehors. Il est souvent curieux de constater combien le look formaté des avocates est à l’opposé de celui de leurs clients.

Deux mondes : juges, avocats, procureurs, huissiers, chroniqueurs, croquistes, jurés, policiers ; face à eux : criminels, innocents, badauds, accusés, voyous… La justice est à la fois une machine de guerre et de réparation. Elle est lourde, lente mais se doit d’être équitable. Et il est essentiel que le peuple se réempare cet espace.

Notre avis ?

Il ne faut pas l’oublier, justice est rendue en notre nom et c’est le but d’Héroïne : dévoiler cette pierre de voûte sociétale, sur un banc inconfortable, comme si nous étions un prévenu.

Les Arts Oseurs préviennent : des cris, des rires, des pleurs ponctuent ce journal de bord. Le contrat est rempli. Et même si ce tribunal est à l’air libre, ses fresques au plafond et son odeur de bois qui craque, hantent encore notre mémoire.

En savoir plus :

  • Héroïne les 17, 18 et 19 août à 18h au Festival d’Aurillac 2022
  • Héroïne le 15 septembre 2022 au Stade Thiéré (Paris), les 23 et 24 septembre 2022 à Quelques p’Arts… (Annonay) et le 15 octobre 2022 à la Salle omnisports de Montgaillard
  • Autrice, metteuse en scène : Périne Faivre
  • Compositeur, scénographe, constructeur : Renaud Grémillon
  • Danseur·seuses krump, comédien.nes : Kevin Adjovi-Boco, Daiana Migale
  • Comédien.nes : Antoine Amblard, Caroline Cano, Sophia Chebchoub, Périne Faivre, Florie Guerrero Abras, Maril Van Den Broek
  • Musicien, comédien : Renaud Grémillon
  • Performeur plastique, comédien : Moreno
  • Régisseuse générale et plateau : Clarice Flocon-Cholet
  • Régisseur structure : Christophe Nozeran
  • Régisseur son, constructeur : Jule Vidal
  • Ingénieur structure : Quentin Allard
  • Costumière : Anaïs Clarté
  • Sound designer : Yoann Coste
  • Experte sur l’écriture en lien avec le monde judiciaire : Laure Dilly-Pillet
  • Assistante à la création : Florie Guerrero Abras
  • Collaboratrice à l’écriture : Caroline Cano
  • Collaborateur artistique : Nicolas Fayol
  • Spectacle à partir de 12 ans
  • Site officiel de la compagnie Les Arts Oseurs
Frédérique C.

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