enfr

Critique / « Solovki » (2021) de Claudio Giunta : disparitions suspectes en Russie

Dernière mise à jour : septembre 3rd, 2021 at 09:08

Claudio Giunta, cinquante ans, professeur de littérature italienne à l’université de Trente, et collaborateur de médias écrits, a choisi pour cadre de son premier roman, Solovki, paru aux éditions du Masque Poche (JC Lattès) en janvier 2021, les îles Solovki tout aussi inquiétantes et fascinantes que le Kamtchatka, Norilsk, dont les noms résonnent dans nos mémoires et imaginaire. La critique et l’avis sur le livre. 

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L..

Solovki : une enquête journalistique

Alessandro Capace, écrivain raté et journaliste de peu d’importance, selon ses propres dires, en rupture avec sa femme, sans aucunes attaches avec son jeune fils, raconte l’histoire incroyable qui de Florence l’a mené aux îles Solovoki, classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, sur la mer Blanche, au sud de la mer de Barents.

Trois jeunes italiens bénévoles, de sa génération, celle des trentenaires, en mission de restauration d’un monastère orthodoxe sur la plus grande île de l’archipel Solovki, ont disparu. Aucun corps retrouvé, aucune information quelconque qui puisse laisse laisser supposer quoi que ce soit. Toutes leurs affaires sont présentes dans leurs dortoirs. Le mystère de la disparition de Francesco, de Fabio, tous deux architectes, et de leur ami Enrico, enseignant, présente toutes les caractéristiques dignes de capter l’attention d’un large public durant la période estivale. Il ne reste qu’à déclencher une enquête journalistique après avoir convaincu une direction rétive au premier abord. L’aide d’une belle ukrainienne, rencontrée durant ses études universitaires, devrait lui faciliter la vie sur les terres hostiles de Solovki.

Avant de partir il rencontre, en bon journaliste, les proches des disparus pour se forger une idée sur leurs personnalités. Inséparables depuis leur plus tendre enfance, issus d’une bourgeoisie aisée pour les deux architectes et d’une famille plus modeste pour Enrico, ils continuent à vivre comme d’éternels adolescents attardés. Virées entre copains, vacances réservées aux hommes, mettent à mal toute relation familiale et tout engagement durable. Le moment est venu, sans doute, de tirer définitivement un trait sur ce genre de vie.

« disparitions volontaires ou accidents« 

Trois voyages s’avèrent nécessaires pour appréhender un microcosme qui vit comme une enclave au sein de la Russie, avec ses propres règles, ses souvenirs ineffaçables de l’époque où le monastère servait de geôles aux prisonniers du tsar et de lieux de tortures, prémices du goulag stalinien. Les sous-sols étaient reconvertis en lieux d’oubli pour les handicapés. Ici, sur ces terres martyres, ce sont sur des ossements de cadavres ensevelis dans les marais de tourbes que chacun marche chaque jour.

La collaboration de la population est très relative, tout comme celle de la police. Les individus qui peuplent cette île sont inquiétants, pas francs du collier. La violence est latente, nécessitant la plus grande prudence. Il y a déjà eu d’autres disparitions, non résolues, avec des légendes noires, des chiens sauvages inquiétants. Les seules réponses apportées par la police sont disparitions volontaires ou accidents, la population locale se contentant de ces dires.

Progressivement Alessandro va se sentir en communion avec Enrico. Par ailleurs il se prend d’affection pour Valentin, un handicapé, qui vit avec sa mère en marge de la ville, dans des conditions de pauvreté et de rejet total. Son enquête le mène à une véritable introspection, tant d’ordre privé que professionnel. Cela lui donne l’occasion de critiques très acérées sur les faux-semblants de la bourgeoisie florentine, ainsi que sur le milieu de la presse, hypocrite au possible et soumise à certains potentats.

Notre avis ?

Solovki n’est pas un véritable roman policier mais celui d’une génération désabusée aux espérances inassouvies. Tous les personnages, principaux et secondaires, sont empreints de réalisme avec une mention particulière pour les mères, habiles manipulatrices du journaliste. Porté par une plume limpide, le puzzle s’imbrique avec subtilité. Teinté de désenchantement et d’une pointe d’humour, Solovki conduit à un dénouement inattendu qui se dévoile progressivement.

En savoir plus :

  • Solovki, Claudio Giunta, Le Masque poche, janvier 2021, 300 pages, 8,50 euros
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.