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Apollo Films

Critique / “Qui brille au combat” (2025) de Joséphine Japy

Pour son premier long-métrage, Joséphine Japy filme l’histoire vraie de sa sœur handicapée. Une œuvre lumineuse qui, malgré quelques fragilités narratives, esquive l’écueil du pathos. La critique et l’avis du film “Qui brille au combat”. 

Synopsis :

Qui Brille au Combat est le sens étymologique du prénom Bertille, la plus jeune des deux sœurs de la famille Roussier, atteinte d’un handicap lourd au diagnostic incertain. La famille vit dans un équilibre fragile autour de cet enfant qui accapare les efforts et pensées de chacun, et qui pourrait perdre la vie à tout moment. Chacun se construit, vit comme il peut avec les exigences de ce rythme et les incertitudes qui l’accompagnent. Les parents, Madeleine et Gilles, la sœur aînée, Marion. Quel quotidien et quels avenirs pour une mère, un père, un couple, une adolescente que la responsabilité ​ de sa cadette a rendu trop vite adulte ? Lorsqu’un nouveau diagnostic est posé, les cartes sont rebattues et un nouvel horizon se dessine…

Qui brille au combat : la délicate éclosion de Joséphine Japy derrière la caméra

C’est un passage souvent redouté, parfois suspect : celui de l’actrice passant de l’autre côté du miroir pour saisir la caméra. Le soupçon s’épaissit lorsque le projet s’annonce comme une « affaire de famille », un récit intime puisé dans la chair même de l’auteure. Avec Qui brille au combat, Joséphine Japy affronte cette double épreuve. En portant à l’écran l’existence de Bertille, sa sœur cadette atteinte d’une maladie génétique rare, la néo-réalisatrice ne se contente pas de livrer un témoignage ; elle tente de sculpter, par le cinéma, la dignité d’une vie invisible. Le résultat, bien que marqué par les hésitations propres aux premières œuvres, surprend par sa tenue morale et sa grâce solaire.

Le titre, énigmatique de prime abord, livre la clé du film : il est la traduction étymologique du prénom Bertille. Tout le projet de mise en scène réside dans cette tension entre la lutte — âpre, quotidienne, épuisante — et l’éclat. Là où le cinéma social s’embourbe souvent dans la grisaille du médico-social, Joséphine Japy choisit la clarté. La maison familiale du sud de la France devient une arène paradoxale, un huis clos à ciel ouvert où se rejoue chaque jour la survie du clan Roussier.

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La force du film réside moins dans son intrigue, linéaire, que dans la géographie sentimentale qu’il dessine. Joséphine Japy orchestre un ballet familial où chacun occupe une place assignée par la maladie. Mélanie Laurent, en mère louve, impressionne par une intensité qui frôle parfois l’abnégation sacrificielle, pilier central autour duquel tout gravite. Face à elle, Pierre-Yves Cardinal incarne avec une justesse douloureuse la figure du père périphérique, celui qui aime mais qui flanche, tenté par la fuite face à une adversité trop lourde.

Mais c’est dans le regard de la fratrie que le film trouve sa vibration la plus juste. Angelina Woreth, qui prête ses traits à l’alter ego de la réalisatrice, joue habilement cette culpabilité des bien-portants, tiraillée entre le devoir de protection et une soif légitime d’émancipation. Au centre, Sarah Pachoud (Bertille) est une révélation. Loin de la performance technique, sa présence impose une vérité documentaire qui ancre le film dans le réel, déjouant toute tentative de dramatisation excessive.

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Si Qui brille au combat émeut, c’est parce qu’il refuse le chantage lacrymal. La caméra de Joséphine Japy se tient à bonne distance, ni trop près pour ne pas violer l’intimité de la souffrance, ni trop loin pour ne pas la désincarner. Il y a une élégance indéniable dans cette manière de filmer les crises comme des orages : violents, certes, mais passagers, toujours suivis d’une accalmie où la vie reprend ses droits.

Toutefois, cette volonté de “faire beau”, de lisser les aspérités par une photographie léchée et une atmosphère parfois trop cotonneuse, affaiblit par instants le propos. On regrette que le scénario s’égare dans des sous-intrigues sentimentales convenues — notamment les amours adolescentes de la sœur aînée — qui semblent là pour rassurer le spectateur ou remplir un cahier des charges romanesque inutile. Ces maladresses de structure trahissent un désir de trop bien faire, de tout raconter, au risque de diluer la puissance brute de son sujet central.

Notre avis ?

Malgré ces bémols, Joséphine Japy réussit son pari. Elle signe un film de résilience qui, fidèle à son titre, préfère la lumière du combat à l’obscurité de la plainte. Une entrée en matière prometteuse, qui laisse deviner un regard de cinéaste déjà affirmé.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 31/12/2025
  • Distribution France : Apollo Films
Antoine Corte

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