Sur Bulles de Culture, art, cinéma, littérature, musique, spectacles, télévision... chaque jour, la culture sort de sa bulle.
Madame de Sévigné photo film 2024 critique avis (1)
Julien Panie

Critique / “ Madame de Sévigné ” (2024) d’Isabelle Brocard

Mère controlante, surprotectrice et manipulatrice émotionnelle, Madame de Sévigné avait sans doute les caractéristiques d’une mère toxique de nature à provoquer des conflits constants. Elle et sa fille Françoise, qu’elle adorait, en ont fortement souffert… pour le bonheur de la littérature française et d’un film très réussi, sur les écrans dès le 28 février. L’avis et la critique de Bulles de Culture.

Synopsis :

Milieu du XVIIème siècle, la marquise de Sévigné (Karin Viard) veut faire de sa fille (Ana Girardot) une femme brillante et indépendante, à son image. Mais plus elle tente d’avoir une emprise sur le destin de la jeune femme, plus celle-ci se rebelle. Mère et fille expérimentent alors les tourments d’une relation fusionnelle et dévastatrice. De ce ravage, va naître une œuvre majeure de la littérature française. Ce drame historique dépeint la vie de l’épistolière française Madame de Sévigné, pionnière du féminisme, et en particulier sa correspondance avec sa fille Françoise.

Un film sur les relations mère/fille

Isabelle Brocard, la réalisatrice, voulait faire un film sur les relations mère-fille : “C’est un sujet que je trouve passionnant. En lisant un livre qui racontait plusieurs relations mère-fille, je suis tombée sur celles de Madame de Sévigné avec sa fille, Madame de Grignan, qui m’a donné envie de lire les lettres. J’ai aimé la femme que j’ai sentie derrière ces courriers. Par ailleurs, ayant fait des études de lettres, je suis sensible à ce chef-d’œuvre de la littérature. »

Tourné entre Grignan et Suze-la-Rousse, le film “Madame de Sévigné” a été diffusé au festival d’Angoulème en août 2023 et diffusé en clôture du festival “De l’Écrit à l’écran“, au palais des congrès de Montélimar, en septembre 2023.

Une femme libre et moderne

Marie de Rabutin-Chantal est née le 5 février 1626 place Royale dans le Marais à Paris. Orpheline à 7 ans, elle est élevée par son oncle, Philippe II de Coulanges. Elle reçoit une éducation libre et moderne, lit des auteurs contemporains et se forme l’esprit en pratiquant la conversation.

A dix-huit ans, Marie de Rabutin (Karine Viard) épouse Henri de Sévigné, issu d’une grande famille de Bretagne (le film retrace d’ailleurs un séjour de la marquise dans sa propriété bretonne). De ce mariage naissent deux enfants, Françoise-Marguerite (Ana Girardot) et Charles (Antoine Prud’homme de la Boussinière).

Son mari meurt lors d’un duel en 1651. Madame de Sévigné s’installe à Paris et participe à la vie mondaine, avec son amie Madame de Lafayette (Noemie Lvovski). Appréciée pour sa beauté et son esprit, elle est souvent invitée à Versailles et souhaite faire profiter de ses relations à sa fille, pour laquelle elle nourrit de grandes ambitions.

Madame de Sévigné photo film 2024 critique avis
Julien Panie

Avances royales à Versailles

A l’occasion d’une grande fête donnée dans les jardins du château, Françoise-Marguerite rencontre le roi Louis XIV qui tente avec fougue de déflorer la belle jeune fille. Sa mère arrivera à temps pour éviter le pire, mais la rumeur est de nature à poursuivre Françoise de Sevigné. Il faut trouver des solutions pour assurer l’honneur et l’avenir de la belle demoiselle. En 1669, elle épouse François Adhémar, comte de Grignan (Cédric Khan). Tous habitent dans le même hôtel particulier dans le Marais, jusqu’au jour où le comte, nommé lieutenant général pour le roi en Provence, quitte Paris.

Françoise rejoint son mari installé à Aix puis à Grignan. Deux jours après son départ, Madame de Sévigné, chagrinée par cette séparation, écrit le 6 février 1671 sa première lettre à sa fille.

Le film met d’ailleurs en exergue le “Château de Grignan”.Le château fort est mentionné dès le 11e siècle, puis est transformé à la Renaissance en une prestigieuse demeure de plaisance par la famille des Adhémar. Au 17e siècle, la marquise de Sévigné y séjourne à trois reprises auprès de sa fille Françoise-Marguerite. Démantelé à la Révolution puis reconstruit au début du 20e siècle, il appartient depuis 1979 au Département de la Drôme.

Crise financière et crise passionnelle

A l’époque de la marquise de Sévigné, la demeure du Comte de Grignan, et l’ensemble des charges relatives à son titre de lieutenant général pour le roi sont un gouffre financier. Quelles solutions se présentent au Comte ? Sa femme va-t’elle le soutenir ? quels seront l’avis et les réactions de la marquise. La tension et les relations mère/fille s’en trouvent exacerbées et sont un témoignage poignant, d’un problème toujours d’actualité de nos jours.

Entre tendresse et mots blessants, complicité et rivalité, le lien entre Madame de Sévigné et sa fille passe de la fusion totale à la guerre ouverte. Tour à tour amies et ennemies, elles s’aiment et se détestent avec amour. La mère sera toujours là pour sa fille, et vice versa. De l’amour à la haine, la relation est passionnelle, nourrissante, étouffante.

Notre avis ?

Le film d’Isabelle Brocard est d’une formidable acuité pour décrire les relations mère/fille. Entre complicité et rivalité, tendresse et agressivité, les relations sont compliquées et teintées d’ambivalence.Aujourd’hui aussi, on entend tout sur ces relations. Elles font rage dans les cabinets de psy et de nombreux livres en ont fait leur sujet.
Elles sont ici traitées avec beaucoup de sensibilité sur Grand Ecran, avec à l’appui une distribution brillante.

En savoir plus:

  • Date de sortie france Sortie : le 28 février 2024
  • Réalisation : Isabelle Brocard
  • Scénario : Isabelle Brocard et Yves Thomas
  • Avec : Karin Viard (Marie de Sévigné), Ana Girardot (Françoise de Sévigné), Cédric Kahn (Monsieur de Grignan), Noëmie Lvovsky (Madame de La Fayette), Robin Renucci (Monsieur de La Rochefoucauld), Cyrille Mairesse (La petite personne), Antoine Prud’homme de la Boussinière (Charles de Sévigné), Alain Libolt (Le cardinal de Retz), Laurent Grevill (Bussy Rabutin)
  • Distributeur : Advitam
  • Musique : Florencia Di Concilio
  • Montage : Camille Delprat et Géraldine Mangenot
  • Costumes : Anaïs Romand
  • Photographie : Georges Lechaptois
  • Production : Michaël Gentile
  • Sociétés de production : The Film ; coproduit par Orange Studio, France 3 Cinéma, Ad Vitam et Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma
  • Sociétés de distribution : Orange Studio / Ad Vitam (France), A-Z Films (Québec)
  • Genre : drame historique
  • Durée : 92 minutes
Claude Versein
Les derniers articles par Claude Versein (tout voir)

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.