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Critique / “Le barman du Ritz” (2024) de Philippe Collin

Auteur de nombreux podcasts historiques sur France Inter dont Léon Blum, une vie héroïque, et Le fantôme de Philippe Pétain, devenus œuvres littéraires, Philippe Collin innove pour son premier roman, historique naturellement, qui précède le podcast consacré à Frank Meier, Le barman du Ritz chez Albin Michel, la référence en mixologie, art consistant à associer diverses boissons pour donner naissance, ou revisiter des cocktails. La critique et l’avis sur le livre. 

Cet article vous est proposé par Chris. L

Le barman du Ritz : un établissement sous occupation

La qualité de conteur de Philippe Collin s’exprime avec autant de talent à l’écrit qu’à l’oral. Depuis sa création en 1898 le mythique hôtel du Ritz a connu de nombreuses péripéties dont la plus désagréable fut incontestablement son occupation, du 13 juin 1940 au 5 août 1944 par les troupes de la Luftwaffe, et de hauts gradés allemands.

La suite impériale du Ritz fut en de nombreuses occasions le lieu de résidence du Reichsmarschall Hermann Göring, à chaque fois où il venait piller de nombreuses œuvres d’art. Une partie de l’hôtel demeurât ouvert au public du fait de la nationalité suisse de son propriétaire, synonyme de neutralité. Au Ritz 15 place Vendôme se côtoyèrent collabos, espions, représentants des forces d’occupation, ainsi que de manière permanente Coco Chanel et ses amants allemands, les américaines fortunées Florence Jay Gould et Barbara Hutton, ainsi qu’Arletty et son diplomate allemand, ou encore Jean Cocteau, Sacha Guitry et tant d’autres comme le malfrat Henri Laffont, chef de la “Gestapo française” rue Lauriston, ou le trafiquant juif, ferrailleur de son état, Joseph Joanovici. Et au milieu de tout cela quelques salariés continuèrent imperturbablement à remplir leurs tâches quelque soit le client, sous les yeux ravis de Marie-Louise Ritz, veuve du créateur.

Femme opportuniste, avide d’argent, guidée par l’obsession de la survie de l’hôtel, elle fut avant tout une antisémite affichée et forcenée. de Marie-Louise Ritz. Et il y a le barman du Ritz, au milieu de son empire, le Petit Bar aujourd’hui renommé Bar Hemingway, où comme avant guerre, il continua de régner, disponible, à l’écoute, sur le qui vive permanent pour protéger son secret.

Franck Meyer, né en 1884 dans le Tyrol, cache scrupuleusement ses racines juives ashkénazes. Parti dès ses quatorze ans à la conquête du monde aux Etats-Unis, il y apprit son métier de barman. Revenu en Europe, il créa son propre bar à Paris puis s’engagea dans la Légion en 1914. 1921 fut une année remplie de bonheur ; naissance de son fils unique Jean-Jacques, acquisition de la nationalité française, et surtout l’accession au poste de « barman du Saint des saints », au Ritz. Des rencontres indélébiles marquèrent sa vie notamment celles avec F. Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway, puis « coincé dans le nid à Boches » ce seront le capitaine Ernst Jünger, brillant écrivain et homme policé, le colonel Speidel, les commandants en chef des forces d’occupation allemandes en France, successivement les cousins Otto et Carl-Heinrich von Stülpnagel.

Faire profil bas, écouter, agir discrètement, aider à toutes les demandes qui lui sont faites, tel est le quotidien de Franck, qui avant tout demeure le barman du Ritz, celui qui invente en permanence de nouveaux cocktails. C’est un homme précieux pour beaucoup de personnes qui recherchent une épaule pour mieux s’épancher ou se confier. Ainsi en est il de « Blanche Auzello, l’unique reine du Ritz », la petite américaine juive, née Blanche Rubenstein, qui a réussi bien avant la guerre grâce à Franck à pouvoir troquer ses papiers d’identité contre de plus sécurisants afin de ne pas nuire à la carrière de son mari Claude.

De petits trafics en petits arrangements, d’actes anodins à ceux plus engageants, Franck est toujours présent pour réconforter. Des repas somptueux irriguèrent les tables du Ritz, des alcools furent versés à profusion, tandis que tant de personnes crevaient la faim à l’extérieur. Avec Le barman du Ritz, Philippe Collin happe son lecteur, le projetant dans une période noire de l’Histoire de France, mettant en valeur des héros méconnus que furent à un degré divers, Franck Meier et Blanche Auzello. De contribution active à contribution plus passive, chacun à sa manière contribua à secourir son prochain. Homme et femme d’engagement, ils témoignèrent de leur fidélité à l’enseigne du Ritz. Fiction et réalité se marient parfaitement dans cet excellent roman, passionnant d’un bout à l’autre. Très agréable à lire, Le barman du Ritz est porté par une plume allègre, précise, dotée du sens du rythme.

En savoir plus :

  • Le barman du Ritz, Philippe Collin, Albin Michel, avril 2024, 416 pages, 21,90 euros
  • L’Art du cocktail, Par le barman légendaire du Ritz, Frank Meier, Albin Michel, avril 2024, 192 pages, 20 euros
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