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Critique / « L’attaque du Calcutta– Darjeeling » (2020) d’Abir Mukherjee

L’Écosse recèle nombre d’auteurs policiers au talent incontesté, comme William McIlvanney, Val McDermid, Philip Kerr, Ian Rankin. Un nouvel auteur qui reçoit les éloges de certaines de ces références ou qui leur est comparé ne peut être qu’une plume talentueuse. Tel est le cas d’Abir Mukherjee avec L’attaque du Calcutta – Darjeeling, premier volume des aventures du capitaine Sam Wyndham, ancien inspecteur de Scotland Yard, et du sergent Banerjee. Né à Londres de parents immigrés indiens, cet écossais choisit pour cadre de son roman la ville de Calcutta au lendemain de la première guerre mondiale. C’est l’époque des premières révoltes contre l’autorité britannique, attisées par les lois Rowlatt entrées en vigueur en mars 1919, iniques, qui permettent les arrestations les plus arbitraires. La critique et l’avis sur le livre

Un ancien capitaine de Scotland Yard et un sergent

Veuf, vétéran traumatisé de la première guerre, Wyndham, débarque en Inde pour oublier et tenter de se reconstruire, tout en assouvissant sa dépendance à l’opium et la morphine, des compagnes réconfortantes depuis ses blessures lors des combats en France. Il souhaite se montrer digne de ses responsabilités sous les ordres de lord Taggart, au sein de la police impériale du Bengale, avec qui il a travaillé durant le conflit mondial. Dès son arrivée, en avril 1919, le corps d’un fonctionnaire britannique proche du Vice-gouverneur est retrouvé égorgé à côté d’un bordel, dans un quartier indigène, avec un message de revendications nationalistes enfoncé dans la bouche.

Pas le temps de s’adapter à la moiteur, à la chaleur étouffante de Calcutta, ni à la nourriture locale, qu’il faut se plonger dans une enquête urgente qui réserve de multiples chausse-trappes. Il lui faut composer avec sa hiérarchie, ses collaborateurs, Digby l’anglais arrogant, méprisant, raciste, et Sat Banerjee l‘indien éduqué, diplômé de Cambridge, tiraillé entre sa fidélité à son employeur anglais et sa sympathie pour les mouvements indépendantistes. Il faut des résultats rapides sans se laisser court-circuiter par la Section H de la police militaire, aux méthodes expéditives. Quand survient L’attaque du Calcutta – Darjeeling, tout incite à penser, pour certains, que les deux affaires sont liées et imputables à des terroristes, plus particulièrement un certain Benoy Sen, rebelle en fuite depuis quatre ans. Face à une telle évidence, il vaut mieux continuer à réfléchir avec recul et objectivité.

L’attaque du Calcutta – Darjeeling offre une Inde sans concession

Entre racisme exacerbé à l’égard de la population locale par des colons anglais convaincus de leurs actions, et prémices de liberté et d’indépendance, le milieu politique et le monde des affaires se sont toujours entendus comme larrons en foire pour le bien être de leurs sociétés commerciales. Tout étant fait pour que rien ne change, Wyndham doit vite apprendre à ne pas respecter les normes usuelles et affirmer les valeurs humanistes qui l’animent, tout en respectant les règles désuètes qui régissent les rapports sociaux entre colonisateurs et population locale. Il doit également gérer les rivalités existantes au sein des institutions anglaises.

La ville de Calcutta, dans la splendeur de ses palais est parfaitement restituée, tout comme les quartiers populaires avec ses ruelles misérables, ou les bas fonds avec ses bouges. La même qualité descriptive touche les différents protagonistes de l’intrigue, qu’ils soient hommes ou femmes et  quelque soit leur statut. Par ailleurs le contexte historique est parfaitement rendu avec en filigrane les tensions contre les colons à Amritsar et le massacre final contre des personnes non armées, sous les ordres de Reginald Dyer, élément essentiel au déclenchement de la chute du Raj britannique.

Avec humour, souvent grinçant, analyses pertinentes, L’attaque du Calcutta – Darjeeling offre une Inde sans concession où cynisme, manipulations conduisent à certains reniements pour que la grandeur vacillante de l’Empire britannique continue de rayonner dans une période trouble. Cette première enquête réussie laisse escompter trois autres tomes, parus en Grande-Bretagne, de la même facture.

En savoir plus :

  • L’attaque du Calcutta – Darjeeling, Abir Mukherjee, Folio, octobre 2020, 464 pages, 8.60 euros
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