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Critique / « La nuit de Berlin  » (2021) de Simon Scarrow

Associer Berlin, durant la période du Troisième Reich ou après sa chute, à un ou plusieurs meurtres, fait penser à La trilogie Berlinoise de l’écossais Philip Kerr et à son héros récurrent, l’ex-policier Bernie Gunther devenu détective, ainsi qu’à la série (en cours) de Harald Gilbers, romancier allemand, avec Oppenheimer ex-inspecteur. Horst Schenke, nouveau policier, prend vie sous la plume de Simon Scarrow, auteur britannique, avec La nuit de Berlin disponible depuis novembre 2022 chez City poche. Sur un créneau déjà bien occupé, celui du polar historique en temps de guerre dans la capitale allemande, l’entrée en matière s’avère convaincante. La critique et l’avis sur le livre.

Cet article vous est proposé par le chroniqueur Chris L.

« La nuit de Berlin s’étire toujours aussi glaciale et meurtrière »

Dans une ville qui va passer son premier Noël en période de guerre, sous la neige, des températures polaires, des nuits noires sous un éclairage minimaliste, des femmes sont assassinées. La première est une ex vedette de cinéma, aux racines juives, une des ex maîtresses de Goebbels, mariée à un membre influent du parti nazi. En affectant à l’enquête l’inspecteur Schencke et son équipe, de la Kriminalpolizei couramment appelée Kripo, il est demandé, exigé en réalité, qu’aucune vague ne soit faite et qu’aucune panique ne conduise à des règlements de comptes internes au pouvoir. Une résolution rapide est attendue, dans la plus grande discrétion, avec pour unique interlocuteur l’Oberführer Heinrich Müller, surnommé Gestapo Müller. Sans aucun engagement politique, Horst n’a pas le droit à l’erreur, sa marge d’action étant très faible. Cet ancien pilote automobile qui a connu le succès avec les Flèches d ‘Argent, reconverti en policier, traîne un peu la jambe depuis un grave accident sur le circuit du Nürburgring. Il refuse de s’engager dans le parti national-socialiste, ce qui n’est pas très apprécié, et n’ambitionne pas de rejoindre la SS. Certains cauchemars l’agitent alors qu’inlassablement La nuit de Berlin s’étire toujours aussi glaciale et meurtrière.

La prudence est de mise aussi bien avec ses collaborateurs, ses voisins, sa hiérarchie, mais également avec sa petite amie Karin, jeune femme au caractère affirmé. Convaincue de la protection de son oncle, l’amiral Canaris, responsable de l’Abwehr, service de renseignements militaires, en opposition constante à la SS de Himmler et de Heydrich, les plus hauts responsables hiérarchiques de Schenke, elle affiche sans retenue ses idées contestataires. Les principaux acteurs de La nuit de Berlin, réels ou fictifs, sont parfaitement restitués dans toute leur noirceur, leurs ambiguïtés, leurs folies, leurs peurs. Les conflits entre les différents services de l’état, policier et criminel, sont bien analysés avec pressions psychologiques, contraintes, grossièretés, menaces,  violences verbales ou physiques, mensonges, fausses informations, manipulations, promesses de récompense ou de promotions, qui conduisent à un embrigadement des individus, l’acceptation d’ordres abjects, le reniement de certaines valeurs, la délation. L’équipe des neuf enquêteurs attachés à leur chef Horst, s’avère efficace, dévouée, travailleuse, mais il ne faut pas trop se dévoiler, la moindre erreur pouvant conduire à attenter a sa propre vie ou celle d’autrui. En surveillance l’Oberführer a détaché auprès de ces hommes et femmes « un pur produit de la Gestapo », Liebwitz, qui s’avère surprenant dans certains de ses comportements.

« Un bon roman historique et policier« 

Le quotidien des berlinois est bien décortiqué avec les alertes, les restrictions, les magasins de moins en moins achalandés, les tickets de rationnement, le froid qui imprègne les intérieurs peu ou mal chauffés, les vêtements, les corps. La nuit, sans chauffage, sans électricité ou si peu compte tenu du black out, est propice aux meurtres de personnes isolées mais la psychose ne doit pas gagner la population. Pour cela rien de tel que museler l’information ou manipuler les journalistes avec des données trafiquées et détournées, ce que maîtrise parfaitement les nazis.

Très révélateur de la situation vécue, le vénérable Hôtel Adlon, pour demeurer digne de son standing, présente une carte alléchante et diversifiée, comme celle des boissons. À la commande, la majorité des produits est indisponible. Comme le répond le serveur dépité ; « C’est la guerre Monsieur », « il faut sauver les apparences ». Et pour préparer les fêtes de fin d’année, même pour les populations oisives encore très favorisées, « c’est devenu presque impossible de trouver un beau cadeau de Noël ». Et déjà le marché noir se met en place pour permettre des repas de qualité.

La traduction de Maryline Beuvy met en valeur l’écriture claire et précise de Simon Scarrow. La nuit de Berlin, est parfaitement rythmée grâce à de multiples rebondissements d’une intrigue travaillée. Un bon roman historique et policier, très agréable à lire, qui appelle à d’autres enquêtes de Horst Schenke et de son équipe.

En savoir plus :

  • La nuit de Berlin, Simon Scarrow, City poche, novembre 2022, 456 pages, 8,50 euros, City, octobre 2021, 432 pages, 20,90 euros
  • La trilogie berlinoise, Philip Kerr, Le livre de poche, janvier 2010, 1024 pages, 10,90 euros
  • Germania, Harald Gilbers, éditions Kero, mars 2015, 432 pages, 19,90 euros, 10 18, mars 2016, 480 pages, 8,80 euros
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