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Critique / « Stella » (2020) de Takis Würger

Dans le livre Stella, paru en octobre 2020 aux Editions Denoël, l’auteur Takis Würger raconte l’histoire de Friedrich, né en 1922 à côté de Genève, face à la montée du national socialisme. La critique et l’avis de ce roman. 

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

Synopsis :

Berlin, 1942. Friedrich, jeune Suisse installé à Berlin, rencontre Kristin dans une école d’art. Elle l’entraîne dans les folles nuits de la capitale, l’enivre de cognac dans des cabarets clandestins et lui donne son premier baiser. À ses côtés, la guerre semble bien lointaine.
Mais un matin, la réalité le rattrape. Kristin frappe à sa porte, le visage tuméfié, lui avouant qu’elle ne lui a pas dit toute la vérité. Son vrai nom est Stella, elle est juive. La Gestapo l’a démasquée et l’oblige à conclure un pacte inhumain : dénoncer des juifs pour sauver sa famille.

Stella : une passion amoureuse à l’aune de la seconde guerre mondiale

Dans Stella, Friedrich, né en 1922 à côté de Genève, dans une famille aisée, raconte un moment de sa vie. Une boule de neige lancée sur un cocher lui vaut en retour, alors qu’il n’a que sept ans, un coup de bec d’enclume sur la joue. Hormis les cicatrices à vie, il a perdu la capacité de distinguer toutes les couleurs. La montée du national socialisme en Allemagne se développe rapidement et trouve des appuis même en Suisse. Ainsi, dès 1935 la mère de Friedrich clame son soutien à Hitler, après la proclamation des lois de Nuremberg, en se saoulant, ce qui pour elle est banal. Fin 1941, pour comprendre ce qui se passe en Allemagne, le jeune homme décide d’aller à Berlin. Son père part à Istanbul pour le temps de la guerre, alors que son épouse quitte son pays au bras d’un officier allemand.

Dès lors le livre égrène l’année 1942 en douze chapitres. Chacun d’eux commence par des faits majeurs secouant le monde, y mêlant informations secondaires, comme les naissances de Cassius Clay, Paul McCartney, et résultats sportifs. Y sont également rappelés les Dix commandements de Joseph Goebbels, que tout bon national-socialiste se doit de respecter. Par ailleurs au fil dde la lecture de Stella, sont distillés des rapports de justice du procès d’une accusée, après guerre, qui dénonçait des juifs, ou leur tendait des traquenards. Ces textes concis, factuels, contribuent à alimenter la tension dramatique du livre.

Arrivé le jour de l’an 1942, dans une ville encore épargnée par les bombardements, Friedrich s’installe au luxueux Grand Hôtel, au frais de son père. Inscrit  dans une école d’art, très rapidement il fait la connaissance de Kristin, 21ans, qui l’émancipe en le sortant dans des lieux interdits où le jazz est roi, et où l’alcool coule à flots. Séduisante blonde aux yeux bleus, elle ne pense qu’à jouir de la vie, de sa jeunesse. Danser et chanter sont ses passions. Pour maintenir son énergie elle abuse des amphétamines. Mystérieuse, insaisissable, elle disparaît durant  de longs moments sans aucunes explications.

La rencontre avec Tristan von Appen, un homme sûr de lui, affirmant sa supériorité, légèrement suffisant, toujours tiré à quatre épingles, accompagné de Muck, son lévrier italien, donne naissance à un improbable trio. Les certitudes commencent à voler en éclats lorsqu’un soir d’avril, Friedrich, jeune homme très candide, découvre que Tristan est membre de la SS et qu’il semble bien connaître les secrets de Kristin. Après une nouvelle disparition et sa résurrection au Grand Hôtel, couverte d’hématomes et traumatisée, la jeune femme avoue se prénommer Stella, et être la fille unique d’un couple juif. Peu à peu, Friedrich appréhende l’horreur d’actes injustifiables que certaines personne acceptent de commettre pour réaliser leurs rêves quelles qu’en soient les condition. Friedrich doit prendre des décisions mais de tergiversation en atermoiement, cela s’éternise jusqu’à la fin d’année.

Au réveillon de Noël,  après avoir écouté Stella chanter ses trois chansons, au Wansee, devant un parterre de nazis, Friedrich s’éclipse et rentre immédiatement en Suisse. Bien qu’encore amoureux, il ne peut plus continuer à vivre avec de faux semblants qui cachent une sordide réalité et des actes abjects. L’épilogue, après la seconde guerre mondiale, dresse un bilan de ce que sont devenus les principaux protagonistes du roman.

Stella est très bien construit avec un personnage fictionnel, fol amoureux, qui refuse de croire à ce qu’il pressent. Les violences et les manipulations qui abaissent l’individu dans une dictature dévoyée, imprègnent ce livre sobre, sans jugement, et aucun voyeurisme. Avoir osé mettre en scène une histoire d’amour entre un personnage de fiction, un étranger qui voulait voir ce qui se passait sous le nazisme, et Stella, une personne ayant été une actrice de cette dictature, n’était pas gagné d’avance. Takis Würger a parfaitement réussi son pari.

En savoir plus :

  • Stella, Takis Würger, Editeur Denoël, octobre 2020, 240 pages, à partir de 13.90 euros (numérique)
  • Trad. de l’allemand par Daniel Mirsky. Préface d’Antoine Vitkine
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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