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Critique / « Ma Louise » (2020) d’Édouard Moradpour

En cette année 2020 les éditions Michel de Maule ont fait paraître Ma Louise d’Édouard Moradpour, dont la quatrième de couverture laisse croire qu’il s’agit d’une nouvelle bluette germanopratine où un quinquagénaire, marié et installé dans la société tombe amoureux d’une jeune femme qui pourrait être sa fille. Mais la dernière phrase de présentation : « Un roman qui mêle passion, mensonge et drame », induit que cela pourrait être tout autre chose. En effet, l’histoire se révèle subtile, perverse et violente, le lecteur étant habilement entrainé dans un engrenage inexorable. La critique et l’avis sur le livre. 

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

Synopsis :

Arnaud gynécologue parisien réputé, est marié à une éditrice, deux enfants, catholique pratiquant, une vie stable dans un cercle parfaitement harmonieux. Louise, jeune factrice de Saint-Germain-des-Prés, légère, petite héroïne de son temps, balance sa besace de courriers comme dans un dessin de Sempé. Rien, à priori, ne semble les réunir et pourtant de leur rencontre naît une idylle imprévue. Mais l’ombre pesante de Matilda, la mère de Louise, rôde. Un roman qui mêle passion, mensonge, faux-semblant et drame.

Ma Louise, petite factrice adorée

Louise est une jeune femme pleine de vie, virevoltante, rayonnante et pétillante, au regard ultra bleu pénétrant. Arnaud de Murger, gynécologue, décontracté et plein d’assurance, les pulls cachemire aux couleurs très vives le flattant particulièrement, est un homme fidèle à Hélène, née de Bronquart, son épouse depuis vingt cinq ans. Représentant du bonheur incarné, sa vie est rythmée par les messes à Saint-Sulpice et les repas dominicaux ennuyeux chez ses parents, Geneviève et Jean. Fils unique, il a toujours fait semblant d’être heureux pour satisfaire sa mère, guindée et intransigeante, et sa femme, brillante normalienne et éditrice. Il subissait sans jamais se plaindre.

Leurs réussites sociales et leurs enfants, Constance et Vincent, unissent artificiellement la famille. Le soir venu ils forment un quatuor, sans heurts et sans rires. Les sentiments, si ils ont existé, sont remplacés par les habitudes. En vacances, ils transportent leur ennui avec eux mais en société ils savent paraître tel un couple modèle. Ce carcan, ces mensonges, Arnaud ne les supporte plus. L’apparition de Ma Louise dans sa vie est l’opportunité de vivre la vie qu’il n’a jamais pu avoir. La fraîcheur, la spontanéité, l’ingénuité de sa petite factrice adorée, tout l’opposé d’Hélène, déclenche chez Arnaud un amour dévastateur.

Quand Catherine Deneuve rencontre Manet

Après quelques atermoiements, Arnaud, décide seul pour la première fois. L’époque des faux-fuyants est révolue. Après avoir tout avoué à Hélène, il s’installe dans un bel appartement rue Jacob, avec la jeune femme dont finalement il sait si peu de choses. Tout a été très vite tant l’envie de vivre et de respirer l’a emporté. La passion semble partagée, mais rien ne dit qu’elle soit éternelle. Durant la première partie du livre, la plus fournie, de très belles descriptions du VIe arrondissement, style carte postale, sont estompées et très réussies, comme celles des personnes qui fréquentent ces lieux.

De nombreuses références à la vie culturelle sont faites avec simplicité et délicatesse. Ainsi le lecteur croise Kafka, Rilke, Castelbajac, Jean Seberg, Catherine Deneuve, Delacroix, Manet et tant d’autres. Tout semble lumineux, limpide, avec des instants de pure poésie. Et puis le jour de la fête de la musique, un événement inattendu crée une fracture irréversible. L’auteur modifie le rythme avec des phrases plus courtes, plus sèches. Tout devient sombre, violent, déstabilisant. L’imprévu et l’impensable surprennent le lecteur et maintiennent son attention.

Une écriture simple, souple

Très courtes, les deuxième et troisième parties constituent des contre pieds pleins de révélations. Bonheur, violence et mensonges continuent de cohabiter dans Ma Louise. L’acariâtre marquise Geneviève de Murger révèle toute son intransigeance, dans son rôle de mère castratrice. Dictatoriale, elle a réussi à imposer Hélène comme épouse à son fils. Qu’ils soient animés par la rancœur, la lâcheté, la vengeance ou l’amour, les divers personnages ne sont pas particulièrement attachants, tant ils sont manipulateurs. Seuls ceux qui apparaissent vers la fin du roman, en province, inspirent de l’empathie.

Ma Louise est un roman qui mérite d’être lu. Grâce à une écriture simple, souple, et des mots choisis, Edouard Moradpour, fait naître une atmosphère et une histoire singulière. Après l’abominable il est toujours possible de trouver encore plus épouvantable. Des chapitres courts donnent de la vivacité à Ma Louise, un livre qui surprend très agréablement. 

En savoir plus :

  • Ma Louise, Edouard Moradpour, Michel de Maule, août 2020, 222 pages, 20 euros
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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