L’avis et la critique théâtre de Bulles de Culture sur la pièce Arletty, un cœur très occupé, mise en scène par François Nambot au Théâtre des Mathurins, à Paris.
Synopsis :
La scène se passe en juillet 1970. Un jeune journaliste (François Nambot), séduisant et trop sûr de lui, force Arletty (Béatrice Constantini), furieuse, à relire son courrier échangé, pendant et après la guerre, avec son bel officier Allemand de 10 ans son cadet.
“Mon cœur est français, mais mon cul est international !” Pourtant comme l’explique la pièce Arletty, un cœur très occupé, ce n’est pas le cul, mais le cœur d’Arletty qui est tombé éperdument amoureux d’un officier allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. Trente ans plus tard, un jeune journaliste Français mène l’enquête.
Mieux comprendre la comédienne Arletty

Arletty est née en 1898 d’un père auvergnat, chef de traction à la compagnie des tramways, et d’une mère lingère. Avec la guerre de 1914, elle perd son premier amoureux, un garçon dont les yeux étaient si bleus qu’on l’appelait “Ciel”. “C’est décidé, se dit-elle alors, je ne me marierai jamais, je n’aurai pas d’enfant, je ne serai ni veuve de guerre, ni mère de soldat.”
Malgré la cour empressée que lui feront Sacha Guitry et bien d’autres, elle tiendra parole. Sténo puis mannequin, elle chante d’abord au music-hall avant de jouer au théâtre à partir de 1920. Mais, dit elle, “mon vrai métier, c’est le cinéma !”
Elle fait merveille dans des comédies telles que Fric-frac ou Circonstances atténuantes. Elle éblouit aussi quand Marcel Carné la dirige dans Hôtel du Nord, Le Jour se lève, Les Visiteurs du soir et bien sûr Les Enfants du paradis…
Mère de soldat non, mais rien n’empêche de tomber amoureuse d’un militaire. Sauf que malheureusement pour Arletty, cet homme de guerre sera un officier Allemand, Hans Jürgen Soering, pendant l’Occupation. Sa carrière en sera en partie brisée à la Libération.
Cette vraie passion amoureuse aura eu moult conséquences : elle sera emprisonnée, puis assignée à résidence pendant 18 mois. Et le cinéma ne lui offrira plus les grands rôles de l’avant-guerre.
Elle reviendra toutefois au théâtre et tournera son dernier film en 1962, Le Voyage à Biarritz de Gilles Grangier. Puis elle abandonnera définitivement la scène, en 1966, alors qu’elle jouait dans la pièce Les Monstres sacrés de Jean Cocteau.
” Atmosphère… Atmosphère !”
Sa gouaille légendaire et son accent parigot faisait d’Arletty un modèle d’actrice des années 30 et 40. Mais à la fin de la Seconde Guerre mondiale, on lui trouva peu de circonstances atténuantes.
Elle avait une allure de reine, une voix de titi parisien qui faisait sa poésie… mais pas seulement. Sa correspondance avec son amoureux — qu’évoque la pièce Arletty, un cœur très occupé — est un chef d’œuvre de tendresse et de sensibilité.
On a beaucoup reprocher à Arletty d’aimer un nazi, mais comme dirait Molière, “le hasard s’en saisit et quand quelqu’un vous plait, souvent nous avons peine à dire pourquoi c’est !”
Arletty, un cœur très occupé : une réhabilitation

La pièce Arletty, un cœur très occupé de Jean-Luc Voulfow (auteur) et François Nambot (metteur en scène) vient donc réhabiliter la grand actrice, et montrer combien celui qui sera “son amoureux pour toujours” se souciait plus de “sa biche” que de la guerre. Leur amour perdurera longtemps, bien au-delà de la Seconde Guerre mondiale. Il restera à jamais “son faune”, elle restera à jamais “sa biche”.
Dans un face-à-face avec un jeune journaliste dépêché en 1970 par un grand quotidien parisien, Arletty (Béatrice Constantini) cherche d’abord à déstabiliser le jeune reporter ( François Nambot) pour le “foutre dehors”. Mais celui-ci s’accroche, lit maladroitement les lettres de “Faune” et les réponses de la “Biche”. La Grande Dame finit donc par s’adoucir, jouer le jeu, ouvrir son cœur et réciter, tout en donnant quelques coups de griffe à l’intervieweur.
Dans cette Arletty, un cœur très occupé, Béatrice Constantini entre avec brio dans le personnage : on retrouve chez elle la posture, la gouaille légendaire, l’ironie caustique, la pointe de vulgarité voulue de l’une des plus grandes icônes du cinéma français. Une Grande Dame qui fut hélas jugée trop sévèrement par l’opinion publique.
On a plus facilement accepté les relations intéressées de Coco Channel avec l’ennemi, que la passion d’Arletty pour son cher officier allemand. Mais, ne faut-il pas rappeler que les militaires sont contraints à faire leur devoir (ou leur métier), même s’ils ne partagent pas la mégalomanie et la volonté de puissance de leur chef d’État ?
Retour sur scène
Grace à Jean-Luc Voulfow (auteur), nous avons donc le plaisir de retrouver Arletty sur scène, pour 1h30 de bonheur. Il s’agit bien sûr d’une fiction, mais qui s’appuie sur de vraies lettres d’amour. La pièce Arletty, un cœur très occupé est ainsi à la fois comique et émouvante.
Notre avis ?
Arletty, un cœur très occupé est un bel hommage à l’une des plus grandes actrices du XXe siècle.
En savoir plus :
- Arletty, un cœur très occupé au Théâtre des Mathurins (Paris, France) du 3 octobre au 28 décembre 2024. Les jeudi, vendredi et samedi à 19h
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