Sur Bulles de Culture, art, cinéma, littérature, musique, spectacles, télévision... chaque jour, la culture sort de sa bulle.
empathie saison 1 affiche série télé comédie dramatique
Affiche de la série "Empathie" sur Canal+ © 2025 Pierre Manning

♥ “Empathie” sur Canal+ : une plongée bouleversante et originale dans l’univers psychiatrique

Ovationnée au festival Séries Mania 2025, la série québécoise coup de cœur Empathie de Florence Longpré débarque sur Canal+ dès ce lundi soir. L’avis et la critique de Bulles de Culture sur la saison 1, ainsi que notre interview de la créatrice et du comédien Thomas Ngijol.

Synopsis

Suzanne (Florence Longpré), ancienne criminologue désormais psychiatre, débute un nouvel emploi à l’institut psychiatrique Mont-Royal où elle rencontre Mortimer, un intrigant agent d’intervention avec qui elle se lie d’amitié. Au sein de cet établissement, elle suit des patients qui ne laissent personne indifférent.

Empathie : un personnage atypique et touchant

empathie saison 1 épisode 4 image série télé comédie dramatique
Thomas Ngijol, Florence Longpré dans la série “Empathie” @ Trio Orange

Créée et écrite par Florence Longpré et réalisée Guillaume Lonergan, cette nouvelle série en 10 épisodes de 52 minutes de la plateforme canadienne Crave s’impose comme un coup de cœur aussi surprenant que réjouissant. Dès le premier épisode, on plonge dans le quotidien chaotique de son héroïne, Suzanne Bien-Aimé, une psychologue fraîchement débarquée dans l’aile D d’un l’institut psychiatrique réputée pour son turn-over important.

Le premier jour de la protagoniste est un chef-d’œuvre de malchance et de vulnérabilité. Entre un amant d’une nuit un peu trop collant, une voiture qui refuse de démarrer sous une pluie battante et une arrivée devant ses nouveaux collègues avec une chemise tâchée du sang de ses menstruations. Cette scène, à la fois grotesque et touchante, résume à elle seule l’esprit de la série : un mélange d’humour noir, de réalisme et d’une humanité sans fard.

Une série audacieuse et bienvenue sur la santé mentale et la solitude

Interprétée par Florence Longpré, Suzanne Bien-Aimé est une psychologue de retour au travail après deux ans d’arrêt.  Ce personnage atypique et à l’approche peu orthodoxe est porté par une profonde tristesse. Elle ne semble pas avoir d’ami, excepté sa sœur (Sofia Blondin, vue dans la série L’œil du cyclone), et semble naviguer entre solitude et besoin viscéral de connexion. Son approche des patients, profondément empathique et au contact, contraste avec le cynisme ambiant.

Elle crée notamment un lien précieux avec Mortimer, un collègue qu’incarne Thomas Ngijol. Dans un rôle à contre-emploi, celui-ci apporte une touche de tendresse dans cet univers, où les patients sont tous plus complexes et fascinants les uns que les autres. La série ose montrer la folie sans la romantiser, la souffrance mentale sans la dramatiser et l’espoir sans la naïveté. Et d’autres personnalités se révèleront parmi les employé.e.s de l’institut au fil des épisodes.

Notre avis ?

Avec son mélange d’humour, de tendresse et de mélancolie, Empathie se distingue comme une série audacieuse et bienvenue pour évoquer la santé mentale, la solitude, la résilience, mais aussi de ces petits liens qui nous sauvent.

Portée par une héroïne inoubliable, une écriture fine et une réalisation poétique, elle s’impose comme l’une des meilleures surprises de l’année. C’est une série coup de cœur de Bulles de Culture à ne surtout pas manquer.

Rencontre avec Florence Longpré et Thomas Ngijol pour la série Empathie : “Ce qui m’intéressait vraiment, c’était l’expérience humaine”

empathie saison 1 épisode 1 image série télé comédie dramatique
Thomas Ngijol, Florence Longpré, osée Deschênes, Lyraël Dauphin, Lamia Benhacine, Adrien Bletton dans la série “Empathie” @ Trio Orange

C’est lors de la conférence de presse sur la série Empathie, organisée au festival Séries Mania 2025, que Bulles de Culture a pu échanger avec la créatrice et comédienne Florence Longpré et l’acteur Thomas Ngijol. Morceaux choisis.

Bulles de Culture : Pourriez-vous revenir sur la genèse de cette série, sur votre envie de traiter ce sujet et sur son approche ?

Florence Longpré : Au départ, mon idée était d’écrire — c’est très cliché — sur un psychopathe. J’étais dans le mood “true crime”, mais très vite, j’ai trouvé ça vraiment ennuyeux. En creusant, je me suis rendu compte que ce qui m’intéressait vraiment, c’était l’expérience humaine : parler des émotions, et à l’inverse d’un psychopathe, parler d’équilibre, de déséquilibre, de santé mentale. Alors, j’ai tout recommencé et mon sujet m’est apparu comme une évidence, j’en suis tombé amoureux.

C’est essentiel, parce que l’écriture, c’est long — ça m’a pris un an et demi. Il faut aimer son sujet, il faut qu’il te touche. J’ai pu m’appuyer sur deux psychiatres travaillant dans un hôpital pénitentiaire, ce qui m’a beaucoup aidé pour l’écriture. Puis à un moment, j’ai compris que j’écrivais en réalité sur l’empathie, sur l’équilibre et le déséquilibre.

Les ballerines sont arrivées aussi très tôt dans l’écriture : elles symbolisent cet équilibre fragile, cette cohabitation entre force et vulnérabilité chez un même individu. Ensuite, le projet est tombé entre les mains de Guillaume Lonergan, qui l’a poussé à son maximum à la réalisation, en y ajoutant sa propre poésie.

Comment vous avez travaillé avec des psychiatres, comment avez-vous arbitré entre le réalisme médical et les nécessités de la dramatisation ?

Florence Longpré : Les deux psychiatres comprenaient que c’était de la fiction. Pour eux, ce qui était important, c’est qu’il y ait une sincérité et une véracité dans le propos et dans ce qui se passe. Tout ce qu’on voit dans la série est possible. C’est juste que c’est condensé. Comme on fait de la fiction, j’avais besoin qu’il se passe des choses et je ne pouvais pas laisser un patient catatonique pendant 5 minutes à l’écran (rires).

J’ai eu la chance aussi de rencontrer des patients qui étaient passés par l’urgence psychiatrique ou ont été pendant des années dans un centre de réhabilitation.

Comment avez-vous gérer le fait d’avoir des personnes ayant commis des crimes atroces, parfois contre leurs propres proches, à cause de la maladie ?

Florence Longpré : J’ai essayé de placer le public dans la même position que moi quand je me suis retrouvée face à eux pour recueillir leurs témoignages. C’est-à-dire que tu as énormément d’empathie, mais tu es parfois confronté à leur geste et à ce qu’ils ont commis. Et pour le public, c’est intéressant à vivre.

“Une des plus grandes réussites de cette série est qu’elle évoque une partie de nous dont on a un peu honte, mais qui est universelle, humaine, normale”

Et vous Thomas Ngijol, qu’est-ce qui vous a convaincu de traverser l’Atlantique pour participer à cette aventure ?

Thomas Ngijol : Ce qui m’a convaincu, c’est d’abord ma rencontre avec Guillaume et Florence. Je ne savais pas sur quoi il travaillait, donc c’était une rencontre humaine et, on va dire, coup de cœur.

Puis après j’ai découvert la série précédente de Florence, Audrey est revenue [NDLR : disponible actuellement sur Canal+, la série a été récompensée par deux prix au festival Canneséries 2022 (Grand prix Dior et Prix spécial d’interprétation pour l’ensemble de sa distribution)], que Guillaume avait réalisée et que j’ai vraiment adorée.

Ensuite, partir trois mois à Montréal, ce n’était pas évident tout de suite, mais je me suis que ça en valait le coup.

Et puis évidemment, quand j’ai lu après les 10 épisodes, le personnage, etc., c’était vraiment un cadeau.

Et comment vous êtes-vous préparé pour votre rôle ?

Thomas Ngijol : Ils m’ont envoyé des documentaires sur le sujet et j’avais un peu ça en moi dans mon parcours de vie. Ma mère est une infirmière retraitée et j’ai malheureusement beaucoup squatté les hôpitaux, petit, parce que j’ai eu plein d’accidents. Et j’allais parfois voir ma mère parce qu’elle travaillait dans la ville où je vivais. Donc des fois, je débarquais à la clinique en disant “Ah, c’est trop cool, ça sent bon !” (rires).

Après la préparation, c’est beaucoup l’instinct et la vie. Et c’est l’une des plus grandes réussites de cette série est qu’elle évoque une partie de nous dont on a un peu honte, mais qui est universelle, humaine, normale. Et qu’on puisse en rire, en pleurer, chacun avec ces émotions, je pense que c’est une bonne chose.

Secrets de tournage, anecdotes : le saviez-vous ?

  • C’est la 4e collaboration entre la créatrice et comédienne Florence Longpré et le réalisateur Guillaume Lonergan après M’entends-tu (2018-2021), Le temps des framboises (depuis 2022) et Audrey est revenue (2021).
  • La distribution comprend Florence Longpré, Thomas N’Gijol, Adrien Bleton, Benoît Brière, Geneviève Alarie, Lamia Benhacine, Lyraël Dauphin, Josée Deschênes, Linda Malo, Brigitte Lafleur, Jean-François Nadeau, Sofia Blondin, Igor Ovadis, Justine Prévost, Denis Bernard, Martin-David Peters, Marie-Ève Morency et Pascale Montpetit.
  • La musique originale a été composée par Simon Leoza.
  • La série a reçu le Prix du Public au festival Séries Mania 2025.
  • Y aura-t-il un Empathie saison 2 ? Oui comme l’a confirmé avec humour la créatrice sur sa page Facebook.

En savoir plus : diffusion télé, streaming, replay

  • Empathie saison 1 est diffusée sur Canal+ dès le lundi 1er septembre 2025 à 21h, à raison de trois épisodes puis deux par soirée
  • La série est proposée en streaming et en replay sur le site et l’application de la chaîne
Jean-Christophe Nurbel

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *