Derniers épisodes et la fin ce soir sur France 2 de L’intruse, le thriller psychologique singulier de Nathalie Abdelnour avec Mélanie Doutey et Lucie Fagedet. L’avis et la critique de Bulles de Culture sur cette série triplement primée à Luchon, ainsi que l’intégralité de notre interview de l’équipe.
Synopsis épisodes 1 et 2 :
Paula (Mélanie Doutey), arrivée à la fin de son congé maternité, doit reprendre son poste au sein d’une start-up exigeante. Avec Jérôme (Éric Caravaca), son mari, ils décident de faire appel pour la première fois à une jeune fille au pair pour s’occuper d’Orso. Ils recrutent Tess (Lucie Fagedet), 20 ans, qui a l’air parfaite et s’entend à merveille avec le bébé et les deux ados.
Pendant que Paula se réacclimate difficilement au bureau où beaucoup a changé en son absence, Tess prend ses marques au sein du foyer. Mais alors que tout le monde semble l’adorer, Paula ressent un malaise tandis que des incidents domestiques se multiplient au sein de la maison…
Synopsis épisodes 3 et 4 :
Paula est suspectée du meurtre de son amie et voisine, Aline Blaumet (Léonie Simaga). Mise en garde à vue par le Capitaine Bouazid (Lola Naymark) en charge de l’enquête, elle est finalement placée sous contrôle judiciaire dans l’attente du jugement.
Ayant appris pour sa liaison avec Nicolas (Clément Sibony), Jérôme refuse qu’elle revienne au sein de la maison où Tess a désormais tissé sa toile. Paula n’a d’autre choix que de se tourner vers son père (Alain Doutey), qui la soutient dans cette épreuve…
L’intruse : un récit angoissant, paranoïaque et addictif triplement primé à Luchon

Avec un scénario de Nathalie Abdelnour et Nathalie Saugeon, une image de Paul Morin, des décors de Daniel Schietse, des costumes d’Elisabeth Bornuat, un son d’Yvan Dacquay, un montage de Claire Fieschi, une musique originale d’Owlle et une réalisation de Shirley Monsarat, L’intruse est un thriller domestique décliné en 4 épisodes de 52 minutes. Série de genre, L’intruse aborde de manière originale des thèmes universels et très actuels concernant les femmes (la maternité, la charge mentale, le post-partum, le retour au travail, la garde d’enfant…).
Incarnée avec fragilité et force par Mélanie Doutey, Paula est à la fois une femme, dont le mari médecin (Éric Caravaca) est accaparé par son travail, et une mère de famille de deux adolescent.e.s (Hélie Rose Dalmay et Zacharie Heintz) et un bébé. Aussi, dans l’urgence de reprendre son travail, elle accepte de faire appel aux services de Tess, une jeune fille au pair pourtant sans réelles références ni attaches. Interprétée avec une blondeur et un machiavélisme hitchcokciens par Lucie Fagedet, cette dernière vient donc s’installer dans leur maison 7j/7 et 24h/24.
Soit un point de départ idéal pour donner corps au sentiment d’intrusion dans son foyer et de son intimité à travers une intrigue accentuant l’opposition entre ces deux femmes par des décadrages, des jeux de lumière ainsi qu’un sound design et une musique pensés de concert.
Notre avis ?
Passé un premier épisode, certes intrigant mais à la mise en place un peu lente, la série L’intruse trouve son rythme de croisière dans un premier récit angoissant, paranoïaque et addictif puis dans une course contre la montre et une quête de vérité qui, heureusement, ne déçoivent pas à la fin.
Rencontre avec la créatrice Nathalie Abdelnour, la réalisatrice Shirley Monsarat et les comédiennes Mélanie Doutey et Lucie Fagedet

Bulles de Culture : D’où est né l’envie de faire la série L’intruse ?
Nathalie Abdelnour : Comme j’ai trois enfants, j’avais envie de parler de ces sujets que sont la charge mentale, la dépression post-partum, le retour au travail… Et avoir ces deux points de vue, d’une mère de famille et d’une nounou, et des les garder en équilibre, ça m’intéressait aussi.
Bulles de Culture : Comment a été pensé sa construction ?
Nathalie Abdelnour : En terme de structure, le format de 4 épisodes s’est tout de suite imposé. Avec une première soirée en huis clos pour jouer les codes du genre, avec l’arrivée de la nounou, le parquet qui craque, les deux qui s’observent… Puis une deuxième soirée où on ouvre, on part à l’extérieur, avec Paula qui essaie de comprendre qui est cette femme et qui va tout faire pour sauver sa famille.
Bulles de Culture : Qu’est-ce qui vous séduit dans ce projet ?
Shirley Monsarat : Ce qui m’a plu, c’était ce mécanisme d’engrenage jouissif et jubilatoire dans lequel tombe malheureusement Paula. C’était chouette de pouvoir défendre ce personnage qui va devoir se battre pour sauver son foyer et de créer cette nounou maléfique avec les codes du genre et l’uniforme qu’elle finit par abandonner au fur et à mesure de la série.
Mélanie Doutey : Un personnage qui s’épanouit dans la force et dans l’adversité exactement, c’est ce qui m’a beaucoup touché.
Bulles de Culture : Quel a été le challenge pour vous au niveau de l’écriture ?
Nathalie Abdelnour : De garder les deux points de vue, celui de Tess et de Paula, et de comprendre le personnage de Tess. C’est pour ça qu’on a ces flashback avec sa mère et qui expliquent comment, petit à petit, elle bascule vers l’horreur. C’était vraiment important de comprendre, d’être en empathie avec ce personnage et de ne pas avoir le personnage cliché de la meurtrière.
Ce qui m’intéressait, c’était d’avoir aussi des scènes de couple et de quotidienneté, mais en gardant vraiment un fil hyper tendu sans tomber dans la chronique.
Bulles de Culture : Et du côté de la réalisation ?
Shirley Monsarat : J’ai essayé de retranscrire ce face-à-face au mieux par des cadres asymétriques, des plan-séquences, des silences, des éléments de décor (les escaliers)…
Bulles de Culture : Et le travail sur la musique avec l’auteure-compositrice et chanteuse Owlle ?
Shirley Monsarat : Owlle est une une artiste que j’avais rencontrée sur la série Skam. C’est quelqu’un qui vient du monde électro et qui n’a rien à voir avec la musique de film. Et c’est pour ça que j’avais envie de travailler avec elle parce que je savais qu’elle ne serait ni brimée, ni formatée.
Elle a un travail qui peut être très expérimental. On a évidemment travaillé les thèmes ensemble, mais elle s’est beaucoup inspirée des images et des sons enregistrés sur le plateau qu’elle injectait dans les thèmes, comme le bruit de l’horloge ou le son du rideau de douche quand Tess passe devant Paula dans la salle de bain.
Bulles de Culture : Qu’avez-vous ressenti quand on vous a proposé ce rôle de la nounou maléfique ?
Lucie Fagedet : J’ai tout de suite pensé au personnage d’Esther [NLDR : le film de Jaume Collet-Serra], qui est un des premiers films d’horreur que j’ai vu, quand j’avais 10 ans, et qui m’a traumatisé. Je me suis donc dit que c’était une bonne manière de rompre le sort.
Ensuite, j’ai adoré défendre un personnage aussi complexe et de trouver des justifications à tout ce qu’elle fait. Car au début, mon personnage n’est pas du tout…
Et faire partie d’une série de genre, un registre que je ne connaissais pas, et de m’y confronter, j’en étais très heureuse.
Bulles de Culture : Et dans le rôle de la mère de famille qui va se battre pour sauver sa famille ?
Mélanie Doutey : Je me suis totalement identifiée au rôle de Paula, car nous avons toutes et tous eu des galères de nounou et avons du choisir quelqu’un à la dernière minute. Mais sur quels critères ? Pourquoi notre instinct a-t-il validé ce choix ?
Ce qui me plaît particulièrement dans le personnage de Paula, c’est sa capacité à rebondir. Au début, elle est esseulée, elle a totalement perdu confiance en elle, elle se trouve incompétente et on ne respecte ni son retour au travail après son congé maternité, ni son congé maternité en lui-même. La charge mentale est abordée de manière intelligente dans la série.
J’aime aussi beaucoup ce personnage parce que quand tout semble s’écrouler…
Secrets de tournage, anecdotes : le saviez-vous ?
- La série a été créée par Nathalie Abdelnour.
- Le titre initial était Rivales. Pourquoi a-t-il été changé ? Réponse de la réalisatrice Shirley Monsarat : “Parce qu’on s’était rendu compte…
- Le tournage a eu lieu, en 2024, dans la région de la Nouvelle Aquitaine, à Bordeaux et dans le bassin d’Arcachon, notamment pour les extérieurs sur la plage.
- Le reste de la distribution comprend Alain Doutey, Léonie Simaga, Clément Sibony, Anne Loiret, Louise Massin et Lola Neymark.
- L’acteur Alain Doutey, qui joue le père de Mélanie Doutey dans la série, est aussi le vrai père de la comédienne à la ville. “On était tous les deux émus. Il jouait mon papa et c’est très touchant quand tout d’un coup, la fiction dépasse la réalité”, confie la comédienne qui avait déjà interprété cette même relation avec lui dans le long métrage Ce soir je dors chez toi (2017) d’Olivier Baroux.
- La série a reçu 3 prix au Luchon Festival 2025 (Meilleure série, Meilleure réalisation pour Shirley Monsarat, Meilleur scénario pour Nathalie Abdelnour et Nathalie Saugeon).
- Y aura-t-il un L’intruse saison 2 ? Non, ce thriller a été conçu comme une mini-série.
En savoir plus :
- L’intruse est diffusé sur France 2 les mercredis 5 et 12 mars 2025 à 21h10
- La série est proposée en intégralité, en streaming gratuit et en replay sur France.tv
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