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Impardonnable affiche

Critique / « Impardonnable » (2021) de Nora Fingscheidt

C’est sans doute la flopée de prix récoltés pour son premier long métrage, Benni (2019), qui a attiré l’attention sur Nora Fingscheidt et lui a valu aujourd’hui de diriger Sandra Bullock dans Impardonnable (The Unforgivable) sur Netflix. La critique et l’avis film de Bulles de Culture. 

Synopsis :

Libérée de prison, une femme (Sandra Bullock) condamnée pour meurtre réintègre une société qui refuse de lui pardonner et cherche la petite sœur qu’elle a été forcée d’abandonner.

Le 2e film, Impardonnable, semble continuer sur la même lancée que Benni en explorant une fois de plus une personne en marge de la société. La réalisatrice Nora Fingscheidt a-t-elle une fois de plus su faire preuve de ce supplément d’humanité qui a fait son succès ?

Impardonnable : femme courage

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Jon Bernthal et Sandra Bullock dans le film « Impardonnable » © KIMBERLEY FRENCH / NETFLIX2021

C’est dans un rôle de femme courage que Sandra Bullock débarque sur Netflix. Une femme qui a commis une faute et qui en a payé le prix. Impardonnable évoque donc les difficultés de la réinsertion.

Si on ne voit que quelques minutes l’univers carcéral, la fiancée de Keanu Reeves dans Speed ainsi que tout le film de Nora Fingscheidt relatent bien l’impact de celui-ci sur la vie de cette femme. Car sans en faire le sujet principal, l’animalité, à laquelle la prison ramène inévitablement l’être emprisonné, est latente et resurgit de façon appropriée. Tout au long du film, on va ressentir la solitude qui en découle, la méfiance des autres, l’hostilité à laquelle on doit faire face quand on a commis l’impardonnable.

Celle qui fut la reine des rom-com va sans doute multiplier son déjà gros capital sympathie chez le spectateur. Mais n’est-ce pas justement l’idée de maintenir ce capital qui fait basculer le film?

Twist and shout

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Vincent D’Onofrio et Sandra Bullock dans le film « Impardonnable » © KIMBERLEY FRENCH / NETFLIX2021

Ce qui rend Impardonnable encore plus intéressant c’est qu’il montre l’exercice périlleux qu’est celui d’affronter les personnes que l’on a involontairement blessé. Il parle de responsabilité des actes commis et évoque les ravages causés par la disparition d’un être cher, la colère et la rancœur ainsi générées. Le film parle également de la difficulté de grandir lorsqu’on a vécu un acte violent dans le passé.

Avec pour pièce centrale un meurtre commis il y a plusieurs années, il ne s’agit plus simplement de réinsertion mais de reconstruction au sens large du terme, pour toutes les parties concernées. Gageons que c’est la multiplicité et l’importance des thèmes abordés dans ce scénario (très ?) touffu qui a convaincu des acteurs de haut vol tels que Viola Davis (Liz Ingram) et Vincent D’Onofrio (John Ingram) d’illuminer le film de leur présence en quelques minutes d’apparition.

Le casting est ainsi rempli de visages familiers et rassurants quant à la solidité de l’ensemble avec les excellents seconds couteaux que sont Rob Morgan (dur mais protecteur agent de probation) et John Bernthal.

Chacun des sujets sensibles du film sont évoqués avec beaucoup de délicatesse et conclus par un twist final non dépourvu d’intérêt mais presque dommage, tant Impardonnable avait le potentiel pour être une œuvre certes sombre mais vraie et forte. Comme s’il était impossible, même en la privant de make-up glamour et en lui supprimant son fameux sourire Colgate, de faire basculer totalement Miss Rom-Com vers le côté obscur…

Notre avis ?

Le propos d’Impardonnable est intéressant et le film est en soi bien mené. Cependant, on peut se demander, s’il n’aurait pas gagné en profondeur sans sa pirouette de la fin, même si celle-ci reste dramatique.

On peut en effet avoir l’impression de passer de l’univers de film d’auteur à celui plus gentillet et plein de bons sentiments de Disney.

Il est enfin intéressant de noter un (léger) clin d’œil au premier film de la réalisatrice, Benni, qui offre une perspective plus positive à la situation évoquée dans cette œuvre précédente .

On retrouve aussi ici l’engagement de Sandra Bullock qui est devant l’écran mais aussi la productrice du film.

En savoir plus :

Fanny N.