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Étreintes brisées - affiche film cinéma
Affiche du film "Étreintes brisées"

Analyse / « Étreintes brisées » (2009) de Pedro Almodóvar

Dernière mise à jour : juillet 24th, 2022 at 02:15

Le Festival de Cannes 2009 terminé, Bulles de Culture a choisi souhaite relever quelques plans marquants de certains films nominés. Première rencontre cinématographique donc avec Étreintes brisées (Los abrazos rotos) de Pedro Almodóvar avec une recherche intéressante de magnifiques images cinématographiques. La preuve en trois plans.

Synopsis :

Une histoire tragique d’amour fou à quatre entre le réalisateur Mateo (Lluís Homar), l’actrice Lena (Penélope Cruz), l’assistante Judit (Blanca Portillo) et le producteur Ernesto Martel (José Luis Gómez).

Un générique vidéo pour Étreintes brisées

Le film Étreintes brisées s’ouvre sur une étrange qualité d’image pour une projection en salle sur pellicule : le visage des comédiens est en effet vu à travers un dispositif vidéo, souligné par le viseur en croix de la caméra. Ces premières images semblent comme prises à l’insu des comédiens (Penélope Cruz, Lluis Homar et leurs doublures lumière) lors de la mise en place d’une scène à venir.

En plus d’annoncer le film dans le film, ce choix d’ouverture de Pedro Almodóvar souligne l’envie de celui-ci de rendre hommage au cinéma. Son long métrage sera ainsi traversé par les ombres et les lumières de films de réalisateurs comme Roberto Rosselini, Luis Buñuel, Alfred Hitchcock ou Douglas Sirk, ainsi que par les visages éternels d’actrices comme la brune Audrey Hepburn et la blonde Marilyn Monroe.

Le générique apparaît sur des images d’une texture étrange, très différente de celle du reste du film. C’est une texture difficile à identifier. (…) Ces images ont été filmées à l’insu des protagonistes, avec la caméra vidéo qui est reliée à la caméra Panavision, avec laquelle est tourné le film. C’est une caméra de contrôle pour visionner les prises pendant ou immédiatement après leur tournage. D’habitude, ces images ne sont pas transférées sur pellicule, mais c’est ce que j’ai fait, d’où cette image à la texture étrange sur laquelle apparaît le début du générique.

Penélope est étrangement sérieuse, très concentrée, imperméable à ce qui se passe autour d’elle. (…) Même si sa coiffure est inspirée de celle d’Audrey Hepburn dans Sabrina, son attitude me fait penser à la répliquante jouée par Sean Young dans Blade Runner. On ne voit pratiquement pas le visage de Lluís Homar, qui est de dos, immobile, face à Penélope. On les croirait étrangers l’un à l’autre.

Le directeur de la photographie cache l’objectif de la caméra avec sa tête, créant un fondu au noir spontané. Dans ce film, les fondus au noir sont très significatifs.

— Pedro Almodóvar

Les mains

Retour beaucoup plus tard dans le long Étreintes brisées de l’analogique avec un gros plan sur les mains du réalisateur aveugle, Mateo, interprété par Lluís Homar, qui cherche à sentir sous ses doigts le visage de l’actrice défunte, Léna, incarnée par Penélope Cruz, sur l’image arrêtée du making of du film dans le film. Étrange instant de beauté où l’imperfection de la vidéo est magnifiée par le gros plan et la pellicule 35mm.

Je ne veux pas être nostalgique, je ne veux surtout pas que la nostalgie me paralyse. Je suis prêt à embrasser les nouvelles technologies, à l’instar de Mateo qui embrasse sur le téléviseur le baiser agrandi numériquement et qui apparaît totalement brisé sur l’écran. Justement, c’est le clignotement dû à la pixellisation qui rend l’image si forte.

— Pedro Almodóvar

L’Île de Lanzarote

Étreintes brisées de Pedro Almodóvar image film cinéma
Penélope Cruz dans le film « Étreintes brisées » © 2008 – EL DESEO D.A. S.L.U.

Enfin, il y a cette surprenante image de couleur noire dans le film Étreintes brisées de Pedro Almodóvar : une voiture transporte le réalisateur Mateo et l’actrice Léna en fuite sur une route zébrant au milieu d’une terre sombre et trouée de cratères volcaniques. Nouvelle belle image annonçant l’accident puis le deuil à venir.

Lors de ma première visite dans l’île, mon empathie avec la couleur noire était une nouveauté pour moi. Le noir ne faisait pas partie de ma palette de couleurs. Je suis arrivé à faire le plus facile des rapprochements : je devais mon nouveau goût pour le noir à mon deuil après la mort de ma mère. Dans ma nouvelle condition d’orphelin, je trouvais son reflet dans l’obscurité de l’île.

— Pedro Almodóvar

Après Étreintes brisées, prochaine analyse de Bulles de Culture : Vengeance de Johnnie To.

En savoir plus :

Jean-Christophe Nurbel

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