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UN FILS DU SUD affiche film 2022

Critique / « Un Fils du Sud » (2020) de Barry Alexander Brown

Dernière mise à jour : avril 17th, 2022 at 07:00

C’est un collaborateur de longue date de Spike Lee qui nous offre une autre face de la lutte pour les droits civiques. Un Fils du Sud, adaptation de The Wrong Side of Murder Creek: A White Southener in the Freedom Movement , nous raconte l’éveil politique de Bob Zellner, figure imminente du combat. Le film met en image son parcours édifiant et est intéressant grâce à son approche du contexte et de l’Histoire. La critique et l’avis film de Bulles de Culture.

Synopsis :

En 1961 en Alabama, Bob Zellner (Lucas Till), petit-fils d’un membre du Ku klux Klan, est confronté au racisme endémique de sa propre culture. Influencé par la pensée du révérend Martin Luther King Jr. et de Rosa Parks, il défie sa famille et les normes sudistes pour se lancer dans le combat pour les droits civiques aux États-Unis.

Un Fils du Sud : la haine en héritage

Dans Un Fils du Sud, la reconstitution des années 60 est lumineuse, à l’image du futur prometteur et sans histoire qui se présentait à Bob Zellner. Pas de saturation de couleurs pop/psychédélique habituelles quand on évoque les sixties au lycée donc. À l’ère d’Instagram, on parlera d’un « filtre doux » plus en adéquation avec la vie bien dessinée à laquelle ce jeune homme de bonne famille était destiné. Qu’est-ce qui va le faire basculer ? Pourquoi va-t-il emprunter un chemin beaucoup moins tranquille que celui envisagé par sa très ambitieuse fiancée ?

Le film de Barry Alexander Brown fournit des réponses à ces questions. Il nous remet de plus dans le contexte de l’époque où la haine est reçue en héritage et très peu, comme Doc (Jake Abel), bon copain de Bob et pourtant prêt à le lyncher, vont se donner la peine de le remettre en question.

Un Fils du Sud est la démonstration que l’éducation est la clé. En effet, il faudra plus d’une génération pour briser cette chaîne. C’est parce que le père de Bob, pourtant fils d’un éminent membre du clan à chapeaux pointus va être littéralement touché par la grâce, qu’il sèmera chez sa descendance, les graines de l’ouverture. L’éclosion de ces graines générera ensuite le courage qui a fait défaut à la génération précédente car, il s’agit bien ici de l’alignement du courage à la volonté.

Un fils du sud critique avis film
© Star Invest

Du spectateur à acteur

Le passage de simple spectateur à l’action est exploré dans tous ses aspects. On assiste aux questionnements auxquels fait face le futur militant. Cela va de « Pourquoi t’en mêler , pourquoi prendre le risque de compromettre notre avenir ? » de la part de sa fiancée, à « Pourquoi prendre de nouveau le risque de se faire tuer ? » face à des militants bien amochés mais pas du tout démotivés.  On constate les dégâts causés par la peur, celle des autres qui pousse à les détester et peut empêcher un jeune de s’engager. On assiste aussi à l’affirmation du caractère et à la prise de conscience de l’urgence de la dépasser.

Un des moments le plus intéressant d’Un fils du Sud est celui où le jeune Bob se retrouve dans le fauteuil des minorités. Ironie de la chose, lui, descendant de la suprématie blanche toute puissante, paraît bien limité face à une Joanne (Lex Scott Davis) qui parle 5 langues et a vécu à Paris. C’est lui qui devient l’élément « exotique » dont on veut sentir et toucher les cheveux ! Alors même qu’il se demande face à un miroir, ce qu’il vaut, s’il n’a pas autant de courage que les autres, Bob doit aussi prouver sa crédibilité à ceux dont il embrasse la cause, comme le sceptique Reggie (Shamier Anderson).

Belle crédibilité en tous les cas pour Lucas Till, dont le physique de mannequin correspond tant à l’idéal aryen. Celui qui s’est juste que là, plus souvent illustré dans des grosses productions incarne bien cette partie de la population qui, coincée entre deux chaises, est arrivée aux limites de sa neutralité . Tout simplement parce que finalement « Ne pas choisir, c’est déjà un choix ».

Notre avis ?

La présence de Spike Lee à la production, en dehors de ses liens évidents avec Barry Alexander Brown, fait de Un Fils du Sud un film pas si anodin. Coïncidence qui peut faire sourire, l’acteur principal (prédestiné à l’insu de son plein gré ?)porte le même nom qu’un certain Emmet, dont l’exécution arbitraire a marqué un tournant dans la lutte des droits civique. Au delà de sa réalisation léchée et du devoir de mémoire, Un Fils du Sud rappelle que toute action est importante, le racisme étant un combat partagé, qui ne concerne pas que les basanés…

En savoir plus :

Fanny N.

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