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Critique / « The White Darkness » (2021) de David Grann

Entrer dans l’univers de David Grann, cinquentanaire, présente le risque de devenir un lecteur addict, et d’attendre avec impatience chaque nouvelle enquête de ce journaliste et écrivain de narrative-non fiction. Avec The White Darkness aux Éditions du sous-sol, l’homme qui accapare notre attention est un véritable personnage de film, digne de Fitzcarraldo, immortalisé par Werner Herzog dans la forêt amazonienne. La critique et l’avis du livre. 

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

Synopsis :

Henry Worsley, dévoré par la quête de l’Antarctique, est un idolâtre d’Ernest Shackleton (1874-1922) et de ses expéditions polaires, depuis sa tendre enfance.

Marié, deux enfants, militaire de carrière, officier dans les forces spéciales de l’armée britannique, aimant ses troupes et détestant les bureaux, il assouvit sa passion dévorante toute sa vie, sans relâche. Un siècle après l’opération Nimrod en 1908, Worsley réitère, en compagnie de deux descendants de l’équipage de Shackleton, le parcours du grand explorateur irlandais. Il foulera encore deux fois cette terre ingrate, aux conditions climatiques dantesques, et si envoutante néanmoins, qui ne s’offre qu’à des personnes surentrainées physiquement et mentalement.

The White Darkness fait revivre l’opération « Endurance »

Nombre d’explorateurs se sont lancés dans la conquête des pôles au nom de la science, en espérant pour certains recueillir au passage un peu de gloire. The White Darkness » fait revivre l’expédition « Endurance », menée en 1914 par Stackelton dans le but de traverser l’Antarctique dans son intégralité, pour la première fois. Pour réussir, il faut vaincre 2900 km de désert blanc, infini, affronter tempêtes, bourrasques de neige, supporter des températures quotidiennes de -40°C. Le bateau pris par les glaces, progressivement broyé, livre 26 personnes à la banquise. L’épopée commence. À 97 milles de l’objectif final, Stackelton rebrousse chemin pour sauver la vie de tout son équipage. Une légende était née.

Fin 2015, pour le centenaire de l’expédition inachevée de Stackelton, Henry Worsley se lance dans le pari fou de traverser l’Antarctique, seul et sans aucune assistance, sans chiens ou l’aide technique d’un cerf-volant pour tracter le traîneau. Pour atteindre l’aboutissement d’une vie, 75 jours sont programmés avec 80 jours de réserves alimentaires embarquées par sécurité. Il marche, tire, lutte, résiste, s’arcboute, souffre, perd tout repère, mais une petite flamme le maintient en vie. Après d’âpres combats, d’innombrables obstacles, après 71 jours de marche, 1482 km parcourus sur les 1667 à effectuer, « le guerrier polaire » abandonne, épuisé, totalement détruit physiquement. Comme son maître mais pour des motifs différents, il renonce à quelques encablures du but. La demande de sauvetage, déclenchée à l’extrême limite de ses forces, est trop tardive. Il succombe à 55 ans dans les heures qui suivent son arrivée dans une clinique de Punta Arenas.

Un récit fascinant

David Grann, sans percer les motivations profondes d’Henry Worsley, réussit un récit fascinant, de l’excellente narrative-non fiction ;  factuelle, sobre et efficace. S’impliquant au maximum dans ses enquêtes, par des rencontres avec des protagonistes, des descendants, en se rendant parfois sur le terrain, il se contente dans The White Darkness, d’entretiens, d’archives et de recherches. Un livre, enrichi de photos émouvantes, d’où émerge un homme doté d’une volonté hors normes et d’une grande force morale, toujours soutenu et admiré par sa femme et ses enfants. En 2017, ils ont enfoui ses cendres aux côtés d’Ernest Shackleton sur l’île de Géorgie du Sud, là où Henry avait dormi à côté de la tombe de son idole en 2003. David Grann réussit une très belle restitution d’un conquérant méconnu, hormis des spécialistes.

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