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Critique / « Histoire du fils » (2020) de Marie-Hélène Lafon

Dernière mise à jour : mars 23rd, 2021 at 07:10

Histoire du fils, à partir de faits réels, de Marie-Hélène Lafon, édité chez Buchet Chastel, a obtenu le Prix Renaudot 2020. Cette récompense, couronne un roman d’une grande délicatesse, qui en 171 pages à peine restitue la vie de deux familles durant un siècle. La critique et l’avis du livre. 

Cet article vous est proposé par un rédacteur-invité, le chroniqueur Chris L..

Histoire du fils : « le mot exact qui se suffit à lui même »

Douze chapitres définis par une date, qui s’échelonnent de 1908 à 2008, s’imbriquent de manière non chronologique, l’écheveau se dénouant progressivement. A cette construction non linéaire, très agréable, même si légèrement déroutante au début, compte tenu du nombre de personnages existants, Marie-Hélène Lafon, n’a pas besoin de longs romans pour développer ses histoires, comme Pierre Michon, Christian Bobin, André Dhôtel ou Patrick Modiano.

Avec une langue subtilement choisie, l’auteure restitue avec profondeur les atmosphères, les époques, les sentiments et les individus dans leurs tréfonds. Elle aime la concision, le mot exact qui se suffit à lui même. Pas besoin de dialogues, les non dits ne s’expriment pas, ils s’appréhendent lentement avec le temps.

Tout au long du roman se croisent parents, grands-parents, oncles, tantes, frères, sœurs, cousines, et tant d’autres, tous aussi attachants les uns que les autres, avec leurs fêlures, leurs manques, leurs faiblesse, leurs attachements, leurs inquiétudes. Ils ne sont qu’éphémères, disparus, et trouvent cependant ancrage dans nos mémoires.

« Ce fils sans père« 

Histoire du fils, ce sont eux et pas seulement ce fils sans père. Ce sont également des lieux de Figeac à Paris en passant par Aurillac, pour aboutir au port d’attache de la famille de Paul, Chanterelle, dans le Cantal, village dont est originaire l’auteure. Les villes s’animent, se transforment avec le temps, mais laissent des souvenirs impérissables chez chaque protagoniste, alors que la campagne resplendissante est progressivement abandonnée.

Paul, ce père ne sait pas qu’il a un fils, il n’en a pas été informé. Pour pouvoir jouir librement de sa vie à Paris, Gabrielle, Mademoiselle Léoty, abandonne son fils André, aux soins de sa sœur adorée, Hélène, à Figeac, déjà dotée de trois filles et qui se retrouve avec « un quatrième enfant dans le dos ». Choyé, adoré, André trouve dans ce milieu féminin, Léon, son oncle, qui se comporte comme un père. Finalement, André devient le plus beau cadeau que cette famille ait jamais reçu.

Son père est un fantôme, sa mère ne vit jamais avec lui sauf lorsqu’elle est de passage, au pays. Il appelle Hélène, maman, et Gabrielle, mère, reconnaissant précisément à qui vont les liens affectifs. Avec les années André aimerait bien savoir pourquoi sa mère demeure non aimante, si distante. Et plus encore, une fois marié, il souhaiterait connaître ce père inconnu qui a constitué un manque, mais sans déployer cependant d’efforts particuliers pour aboutir à une rencontre.

D’un accident tragique, à une naissance, un décès, un mariage ou une révélation, Histoire du fils prend le lecteur dans ses filets, celui ci voulant en savoir plus. Le temps s’écoule, trois générations se succèdent. Et si tout a commencé à Chanterelle en 1908 avec Paul, tout s’y termine également en 2008, avec Antoine, le fils d’André qui a enfin un arbre généalogique reconstitué, avec encore certaines zones d’ombres.

« Livre limpide« 

Rien de spectaculaire dans ce roman, pas de folles histoires, pas de rebondissements, uniquement des vies simples et ordinaires, avec leurs joies, leurs peines, leurs secrets qui s’émiettent de génération en génération.

Livre limpide, Histoire du fils, est mené par une conteuse magnifique qui crée des émotions, de la vie, de la nostalgie. Une écriture simple, épurée mais tant travaillée, avec des mots choisis, adéquats, permet à Marie-Hélène Lafon d’offrir un roman sobre, où le quotidien délivre odeurs, objets, paysages, criant de réalités.

Sous sa plume, l’assemblage des mots et des phrases, sans fioritures, constitue de véritables tableaux impressionnistes. Une styliste qui pourrait dérouter certains lecteurs, mais qui peut également en conquérir de nouveaux. Marie-Hélène Lafon, en tout état de cause, doit être lue pour la beauté de la langue française qu’elle déploie.

En savoir plus :

  • Histoire d’un fils, Marie-Hélène Lafon, Editions Buchet Chastel, août 2020, 176 pages, 15 euros
Bulles de Culture - Les rédacteur.rice.s invité.e.s

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