La critique et l’avis sur le film “Dissidente de Pier-Philippe Chevigny sorti en vidéo depuis le 15 octobre 2024.
Synopsis :
Ariane revient dans son milieu d’enfance où elle commence un emploi de traductrice espagnole dans une entreprise québecoise employant des ouvriers guatémaltèques. Elle ne tarde pas à découvrir la violence de l’exploitation au travail où des hommes se retrouvent sans droits pour les défendre.
En plongée immersive dans le quotidien d’Ariane, le réalisateur Pier-Philippe Chevigny s’ingénie à présenter la condition des travailleurs guatémaltèques dont le respect des droits au travail est dénié parce qu’ils n’ont pas la nationalité du pays qui les emploie. C’est bien une réalité sociale invisible au Canada où la main d’œuvre guatémaltèque est exploitée sans scrupule jusqu’à littéralement se tuer à la tâche pour des salaires médiocres. La fiction est ici portée jusqu’à l’incandescence par une actrice lumineuse et vivifiante dont le travail psychologique est intériorisé et affleure dans le moindre des mouvements de son personnage. Tout comme Isabelle Huppert dans La Syndicaliste (2022) de Jean-Paul Salomé, ou encore Zita Hanrot dans Rouge (2020) de Farid Bentoumi, Ariane Castellanos défend un personnage amené à faire des choix qui la conduit dans la situation inconfortable d’une lanceuse d’alerte qui l’isole des différentes communautés qui l’entourent en raison de la légitime empathie à l’égard de personnes qui se retrouvent sans droits, à l’image de ce que permet dorénavant en France le vote des honteuses lois de l’immigration.
La mise en scène doit beaucoup à la tension immersive autour d’un personnage principal divisé entre plusieurs mondes et qui est conduit à faire des choix moraux à l’image des personnages féminins des frères Dardenne notamment dans Rosetta (1999). L’implication d’Ariane Castellanos est telle qu’il permet au public de partager son empathie dans des zones inconfortables où chaque personne démunie est conduite à exploiter sans complexe une autre personne, à l’image de Stéphane handicapé par sa jambe, ou encore son employée Michèle qui accepte la violence verbale et psychologique de son supérieur, des ouvriers qui exploitent monétairement d’autres…
Le scénario original de Pier-Philippe Chevigny est nourri d’une réalité documentaire particulièrement dense où le contexte guatémaltèque est retracé avec une grande attention grâce à une association avec la Casa de Producción du cinéaste guatémaltèque multiprimé Jayro Bustamante dont l’apparition discrète de son actrice fétiche María Mercedes Coroy ouvre la porte à une lignée de figures féminines guatémaltèques de la dissidence et de la révolte.
La force de ce cinéma politique de Pier-Philippe Chevigny consiste à dénoncer des réalités ignorées voire méprisées des grands médias avec l’appui d’une mise en scène d’une grande efficacité et avec une interprète principale inoubliable pour défendre la légitimité fondamentale du respect de la dignité humaine dans tous les pans de la société contemporaine.
Cet article vous est proposé par Cédric Lépine
En savoir plus :
Dissidente
Richelieu
de Pier-Philippe Chevigny
Fiction
90 minutes. Canada, France, 2023.
Couleur
Langues originales : espagnol, français
Avec : Ariane Castellanos (Ariane), Marc-André Grondin (Stéphane), Nelson Coronado (Manuel Morales), Marc Beaupré (l’agent d’indemnisation), Micheline Bernard (Nicole), Marvin Coroy (Hector), Eve Duranceau (Michèle), Wilson Guerrero (Alfredo), Gerardo Miranda (Alfonso), Luis Oliva (Juan), Antonio Ortega (Guillermo), Hubert Proulx (Richard), Émile Schneider (Mathieu)
Sortie en salles (France) : 5 juin 2024
Sortie France du DVD : 15 octobre 2024
Format : 1,33 – Couleur
Langue : français (québecois) – Sous-titres : français.
Éditeur : Blaq Out
Bonus :
Entretien avec Pier-Philippe Chevigny
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