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Critique FEMA La Rochelle / “Creatura” d’Elena Martín Gimeno

Présenté au FEMA de la Rochelle après un passage à la Quinzaine des cinéastes en mai dernier, Creatura, réalisé par Elena Martín Gimeno, plonge au cœur des souvenirs et des émotions d’une femme confrontée à sa propre sexualité. Entre passé et présent, ce film explore les méandres de l’intime, tout en laissant surgir une ambiance d’inquiétante étrangeté. La critique et l’avis sur le film. 

Synopsis :

Mila s’installe avec son compagnon pour un moment de villégiature dans la maison familiale près de la mer. Cet instant paradisiaque la confronte à une sexualité où elle ne parvient pas à trouver son épanouissement conjugal. Plongée dans son enfance et son adolescence, quelques clés commencent alors à surgir.

Cet article vous est proposé par Cédric Lépine.

Creatura  : une exploration cinématographique captivante de la sexualité et des souvenirs.

Devant et derrière la caméra, Elena Martín Gimeno incarne par son corps même en tant qu’actrice aussi bien que coscénariste et réalisatrice, les problématiques troubles d’une sexualité altérée et perturbée dans une vie de couple à première vue heureuse.

La cinéaste avec la complicité de la réalisatrice de Libertad (2022), Clara Roquet, à l’écriture du scénario, plonge dans les méandres d’une histoire de vie marquée par les expériences de l’enfance et de l’adolescence qui font écho également à des générations de femmes au sein d’une même filiation. Dès lors, la maison de la grand-mère, comme dans Libertad, semble habitée par les esprits troublés par des injustices dont les nouvelles générations auraient la responsabilité de les résoudre. Tout en se plaçant dans un cadre réaliste d’une expérience intime trouble, Elena Martín Gimeno laisse surgir par sa mise en scène une ambiance d’inquiétante étrangeté à la frontière avec le fantastique.

Les problématiques du corps dont les métamorphoses viennent rappeler à tout l’être l’urgence à réagir face à un cadre social inadéquat et des décisions personnelles non propices à soutenir une intégrité, convoquent à distance le cinéma de David Cronenberg et notamment de Crash (1996). Sauf qu’il faut au cinéaste canadien une adaptation d’un auteur de la littérature à l’univers particulièrement accompli pour construire sa mise en scène, alors qu’Elena Martín Gimeno et Clara Roquet construisent un récit intimiste aux évocations qui pourraient être autobiographiques afin d’entrer dans la complexité de l’appréhension du monde.

Pour cela, le montage particulièrement inspiré d’Ariadna Ribas Surís (Pacifiction, 2022, Albert Serra) participe pleinement et de concert à la force de la mise en scène qui ne doit rien au hasard. C’est avec une grande subtilité que le montage permet de voyager dans les époques déterminantes de la découverte de la sexualité de l’héroïne, avec quelques indices épars permettant de comprendre le désarroi initial. Car le film peut également se lire comme une enquête policière où il s’agit de découvrir l’origine d’un traumatisme. Là encore, la cinéaste réussit à subvertir les codes d’un genre pour trouver son propre chemin de narration vers un dénouement inédit.

La construction trouve aussi une autre forte complicité créatrice auprès de la cheffe opératrice Alana Mejía González qui réussit à manier le format Scope pour de nombreuses scènes d’intimités en intérieurs à la manière d’À l’est d’Eden (East of Eden, 1955) d’Elia Kazan.

Notre avis ?

Creatura réussit à saisir l’ineffable des problématiques complexes d’une femme associée à toute une série de femmes dans une logique transgénérationnelle dans laquelle Elena Martín Gimeno devient une archéologue patiente à saisir avec perspicacité beaucoup plus que l’instant présent.

En savoir plus :

Creatura
d’Elena Martín Gimeno
Fiction
112 minutes. Espagne, 2023.
Couleur
Langue originale : catalan

Avec : Elena Martín Gimeno (Mila), Mila Borràs (Mila à 5 ans), Clàudia Malagelada (Mila à 15 ans), Oriol Pla (Marcel), Clara Segura (Diana), Carla Linares (Diana à 35 ans), Alex Brendemühl (Gerard), Marc Cartanyà (Gerard à 35 ans), Cristina Colom (Aina), Abril Álvarez (Aina adolescente), Paula Cuibar (Aina Nena), Biel López Vidal (Llorenç), Bernat Roqué (André), Joan Martín Gimeno (Oriol), Marc Domènech (Oriol adolescent), Teresa Vallicrosa (Alícia), Marta Pérez (Dèlia), Paula Errando (Dèlia 35 ans), David Vert        (Eusebi), Joan Solé (Eusebio 35 ans), David Menéndez (Pere), Clara Garcés (Loles), Pol Formatjé (Arnau), Jofre Borràs (Miquel), Paula Vives (Glòria), Clàudia Moreta (Flora), Ivan Bonillo, Ivan Ahryzkov, Gerard López Pérez, Arnau Grañen Ruiz

Scénario : Elena Martín Gimeno, Clara Roquet
Images : Alana Mejía González
Montage : Ariadna Ribas Surís
Musique : Clara Aguilar
Design sonore : Oriol Donat i Martos
Premier assistant réalisateur : Miguel Gago
Second assistant réalisateur : Eduardo Huete
Décors : Sylvia Steinbrecht
Maquillage : Danae Gatell
Coiffure : Alexandra Salvat
Costumes : Vera Moles
Casting : Irene Roqué
Sociétés de production : Avalon, Elástica Films, Filmin, Vilaüt Films
Production : Jake Cheetham, Marta Cruañas, Ariadna Dot, Tono Folguera, Stefan Schmitz, Pau Surís
Production exécutive : Ella Bishop, Marta Cruañas, Ariadna Dot, María Zamora

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