Présenté à la Quinzaine des cinéastes, Classe moyenne d’Antony Cordier s’empare de la lutte des classes sous le soleil provençal. Entre satire enlevée et virage sombre, cette comédie sociale hésite entre farce jubilatoire et noirceur dérangeante, laissant le spectateur partagé entre éclats de rire et malaise. La critique et l’avis de Bulles de Culture.
Synopsis :
Mehdi (Sami Outalbali) a prévu de passer un été tranquille dans la somptueuse demeure de ses beaux-parents. Mais dès son arrivée, un conflit éclate entre la famille de sa fiancée et le couple de gardiens de la villa. Comme Mehdi est issu d’un milieu modeste, il pense pouvoir mener les négociations entre les deux parties et ramener tout le monde à la raison. Pourtant, tout s’envenime…
Classe Moyenne : la comédie grinçante qui ne choisit pas son style
Huit ans après Gaspard va au mariage, Antony Cordier signe avec Classe moyenne une comédie noire sur la lutte des classes, baignée de soleil et de fiel. Présenté à la Quinzaine des cinéastes en mai dernier, ce projet s’inscrit dans un courant du cinéma français qui ausculte, avec un humour acide, les rapports de domination sociale.
Autrefois rapproché de Maurice Pialat ou Catherine Breillat pour son acuité du regard, le réalisateur affronte ici frontalement les inégalités, armé des codes du boulevard et d’un sens du burlesque. Le dispositif évoque immanquablement les dissections satiriques d’un Ruben Östlund ou l’ombre du Parasite de Bong Joon-ho, avec l’intrusion des déclassés chez les nantis.

Le réalisateur revendique ces filiations et livre, dans un premier temps, une satire sociale lumineuse et efficace, confinant ses personnages dans une villa et la maisonnette attenante des gardiens. Cette première partie séduit par son énergie et son humour énergique— latin pédant de Laurent Lafitte, colères incendiaires de Laure Calamy.
Mais ce plaisir se fissure lorsque le récit opère un revirement de ton. La comédie grinçante cède à une noirceur abrupte, presque brutale, dont la crudité paraît moins libératrice que dérangeante. De plus, en forçant continuellement le trait des caricatures, Antony Cordier est sans cesse dans la simplification. La mise en scène, enfin, se révèle timorée. Le cinéaste se contente d’un cadre sage, presque illustratif, qui affadit l’élan subversif de son récit.

Notre avis ?
Classe moyenne demeure coincé dans un entre-deux : trop grinçant pour la comédie familiale, trop prudent pour atteindre la puissance corrosive à laquelle il prétend.
En savoir plus :
- Date de sortie France : 24/09/2025
- Distribution France : Tandem
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