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Critique / « BlacKkKlansman » (2018) : une œuvre militante mineure

Dernière mise à jour : février 28th, 2021 at 12:05

BlacKkKlansman, film américain du réalisateur Spike Lee avec John David Washington, Adam Driver et Laura Harrier, a été présenté en compétition officielle au Festival de Cannes en 2018. L’avis et la critique film de Bulles de Culture.

Synopsis :

Au début des années 70, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, plusieurs émeutes raciales éclatent dans les grandes villes des États-Unis. Ron Stallworth (John David Washington) devient le premier officier Noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par les agents les moins gradés du commissariat.
Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l’histoire. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses : infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions.

BlacKkKlansman, un film sur la politique de Trump

David Lee / Focus Features
© David Lee / Focus Features

BlacKkKlansman signe le grand retour de Spike Lee en compétition officielle au Festival de Cannes, lui qui n’y était plus venu depuis Jungle Fever (1991).

Pour ce faire, il s’inscrit dans le mouvement actuel de la représentativité de la population afro-américaine dans le cinéma après notamment le carton inattendu du film Black Panther. Cependant, le cinéaste va livrer un film beaucoup plus engagé, tourné vers l’histoire de la ségrégation raciale aux Etats-Unis.

Tourné vers le passé ? Le discours du réalisateur est pourtant très clair. La ségrégation raciale n’a pas cessé aux Etats-Unis. Le film est d’ailleurs assez explicite quant à la critique de la politique de Trump. Les membres du Ku Klux Klan n’auront de cesse de proclamer le fameux slogan « America first », remis au gout du jour par l’actuel président lors de sa campagne présidentielle.

Pour ceux qui n’auront pas compris le parallélisme entre faits passés et actuels, Spike Lee prend bien le soin de terminer son film par des images d’archives montrant les violences récentes faites aux Noirs. Pas forcément essentiel, cette insertion dans le réel montre d’ailleurs que le film ne se suffit pas à lui-même. D’autant que les images d’archives datant de 2017 ont été tournés après l’écriture du scénario. On est dans une ré-appropriation assez opportuniste

Un style narratif qui ne se trouve pas

Derrière ce côté ultra-contestataire, BlacKkKlansman adopte pourtant un style narratif comique. On est en effet à la lisière entre le style parodique de la série The Get Down (Baz Luhrmann) et le long métrage Miami Vice (Michael Mann).

Le personnage principal Ron Stallworth est ainsi caractérisé comme un flic intelligent à l’attitude fun. Il cherche à s’affirmer dans un monde de Blancs en adoptant la « cool attitude ». Il est impertinent et s’abroge des codes en court-circuitant sa hiérarchie pour lancer une enquête sur un groupuscule d’extrémistes encore peu connu.

Pourtant, Spike Lee ne reste pas sur ce schéma de comédie tout au long du film. Il brouille les pistes en prenant les chemins d’une oeuvre engagée, ce qui fait perdre de la cohérence à son oeuvre. Le cinéaste instaure ainsi quelques troubles de lecture notamment lorsqu’il montre au sein d’une même scène une réunion du Ku Klux Klan et du Black Power, faisant ainsi un parallélisme entre des discours relativement similaires. On se demande pourquoi est-ce nécessaire d’insister sur cette haine réciproque alors que le sujet du film est tout l’inverse. Le trouble créé par ce message pourrait être mal interprété.

BlacKkKlansman a donc quelques problèmes de lisibilité pour un sujet déjà traité au cinéma. On n’apprend finalement pas grand chose dans ce film qui ne restera pas dans les annales des grandes oeuvres militantes.

En savoir plus :

Antoine Corte

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