Avec Premier Contact (Arrival, 2016), Denis Villeneuve s’est aventuré, pour la première fois, dans l’univers périlleux de la science-fiction, mêlant habilement les codes du genre à sa touche personnelle. Découvrez les anecdotes, l’avis, la critique et les explications de Bulles de Culture sur ce film coup de cœur.
Premier Contact à voir ce soir à la télé, en streaming, en replay sur Ciné+ OCS : avis, infos et explications
Synopsis
Une colonie d’extraterrestres débarque sur Terre et stationne ses vaisseaux au-dessus de nombreux sites stratégiques terrestres. Le gouvernement américain envoie une experte linguiste pour sonder leurs intentions…
Secrets de tournage, anecdotes : le saviez-vous ?
- C’est le 8e long métrage de Denis Villeneuve.
- Premier Contact a la particularité d’être la première incursion filmique du cinéaste canadien Denis Villeneuve dans le genre de la science-fiction avant le blockbuster Blade Runner 2049 avec Ryan Gosling et Harrison Ford, puis son adaptation de Dune avec Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Josh Brolin et Zendaya.
- Premier Contact est basé sur un récit de science-fiction, plus exactement une nouvelle de science-fiction de l’écrivain américain Ted Chiang, L’Histoire de ta vie (1998).
- Côté récompenses, le film a reçu 2 prix à la Mostra de Venise en 2016 (Arca Cinema Giovani Award du meilleur film, Future Film Festival Digital Award), 1 prix aux Oscars en 2017 (Meilleur montage sonore pour Sylvain Bellemare), 1 prix aux BAFTA en 2017 (Claude La Haye, Bernard Gariépy Strobl, Sylvain Bellemare)…
- La musique originale a été composée par l’Islandais Jóhann Jóhannsson (Sicario, Une merveilleuse histoire du temps), décédé en 2018 à l’âge de 48 ans.
Réalisation : Denis Villeneuve
Scénario : Eric Heisserer d’après la nouvelle L’Histoire de ta vie de Ted Chiang
Avec : Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker, Michael Stuhlbarg, Mark O’Brien
Image : Bradford Young
Décors : Patrice Vermette
Costumes : Renée April
Montage : Joe Walker
Musique : Jóhann Jóhannsson
Date de sortie France : 07/12/2016
Distribution France : Sony Pictures Releasing France
Premier contact : l’ovni de Denis Villeneuve

Il est peu dire que Denis Villeneuve était attendu de pied ferme sur les terres de la SF avec ce Premier Contact, aussi bien des aficionados de Stanley Kubrick que des fans d’Alien, tout en passant par les férus de Philip K. Dick.
Denis Villeneuve a osé le pari d’un genre qui fascine autant qu’il est redouté. Difficile, en effet, de concilier codes du blockbuster hollywoodien et codes élitistes du genre.
Et pourtant… pari réussi !
Mais avant de poursuivre, court arrêt sur image sur la planète SF.
Certes, cette dernière a semble-t-il, gagné le cœur des cinéphiles depuis quelques années, à en juger par les nombreuses sorties marquantes avant le film de Denis Villeneuve (Interstellar, Gravity, Under the Skin, La Stratégie Ender, Les Gardiens de la Galaxie…). C’est d’autant plus casse-gueule pour le réalisateur canadien qu’il a signé là un test grandeur nature, juste avant son Blade Runner 2049. Mais ainsi, il a surfé sur la vague pour trouver sa place tout en posant sa pâte.
Une storyline d’une banalité affligeante ? Tant mieux !

Là où le film Premier Contact surprend (et pourrait décevoir), c’est que Denis Villeneuve commence par une histoire somme toute banale, mais pour mieux nous emporter ailleurs.
En effet, des aliens qui envahissent la Terre sans que l’on connaisse leurs intentions… la storyline est d’une banalité presque affligeante. On frôle l’attaque des clones : Independence Day, Contact, la série télé V… Bref, autant dire que les premières minutes du film surprennent, voire déçoivent, c’est selon.
Pourtant, c’est dans le choix des personnages et du traitement que Denis Villeneuve va faire la différence. Autant Interstellar, en explorant l’aspect quantique de nos choix, nous perd parfois dans son propos, autant Denis Villeneuve reste sur une ligne limpide.
Choisir une linguiste (Amy Adams, impeccable en experte déterminée et pugnace) et non une scientifique pure sucre comme dans son proche homologue Contact (1997) — un film de Robert Zemeckis avec Jodie Foster — est déjà un pied de nez à la platitude de la proposition dramatique de base. Car se faisant, Denis Villeneuve pose sa ligne : non, on ne va tout péter, et je ne vais pas faire un “Independance Day like”, et puis quoi encore !
Louise, par delà les frontières…

A partir de là, le film Premier Contact se veut une métaphore d’une humanité en perdition, à travers l’exploration de la psychologie de Louise (Amy Adams).
Louise est une écorchée qui a perdu un être cher, une partie d’elle-même. Elle s’accroche à son job, sa seule raison de vivre. Mais plus elle essaie de comprendre ce qui lui échappe, plus ses doux “souvenirs” se transforment petit à petit en douleurs envahissantes — à l’instar des aliens —, et parsèment, gangrènent sa rencontre et prise de contact avec les aliens.
De surcroît, du côté de sa hiérarchie, Louise fait face non seulement à l’incompréhension, mais également à la stupidité pulsionnelle d’une humanité qui ne comprend rien à rien. En effet, incapable de trouver la clé de la communication qui mènerait à la délivrance et à la paix, Louise ne peut rien contre la toute puissance de l’armée pour qui le raisonnement est simple : faire parler la poudre plutôt qu’attendre un dénouement pacifique incertain.
De l’art de communiquer pour survivre

Denis Villeneuve, à sa façon, traite une nouvelle fois un thème qui lui est cher : la communication ou plutôt l’incommunication. Et dans un contexte incertain, face au danger du radicalisme et à l’obscurantisme qui nous menace, le cinéaste québécois se veut à la fois alarmant et plein d’espoir : pour lui, la communication est la clé de la paix de l’humanité. A ce titre, le choix de la linguiste est parfaitement logique et intelligent.
De plus, Denis Villeneuve réussit avec Premier Contact la gageure de rester accessible quand Interstellar paraissait intellectuel. Il réussit également à nous tenir en haleine d’un point de vue purement dramatique, à l’instar de Contact. Mais là où Robert Zemeckis échouait dans une métaphore quasi mystique, Denis Villeneuve livre ici un bel exemple d’une métaphore pleine de sens, intime et personnelle, celle d’une quête aboutie d’un personnage qui révèle son humanité à travers un seul espoir : apprendre à se connaître soi et l’autre pour établir la base d’une vie commune en bonne intelligence, basée sur une écoute, une empathie et une compréhension mutuelle.
Notre avis coup de cœur ?
Au sortir de Premier Contact, on est pris d’un double plaisir : celui d’avoir vu un film nourri par une histoire diablement bien ficelée tout en délivrant un message plus qu’intelligent, urgent. Rare et immanquable. Ce long métrage de science-fiction est un film coup de cœur de Bulles de Culture.
En savoir plus
- Premier Contact est diffusé sur Ciné+ OCS le jeudi 20 mars 2025 à 20h50
- Le film est proposé en streaming et en replay sur myCANAL
Bulles de Culture Sur Bulles de Culture, chaque jour, la culture sort de sa bulle !


“Louise est une écorchée qui a perdu un être cher, une partie d’elle-même. Elle s’accroche à son job, sa seule raison de vivre. Mais plus elle essaie de comprendre ce qui lui échappe, plus ses doux souvenirs se transforment petit à petit en douleurs envahissantes – à l’instar des aliens -, et parsèment, gangrènent sa rencontre et prise de contact avec les aliens.”
Vous êtes bien certain de ne pas avoir dormi durant une bonne partie du film, voire dès le début et en tout cas à la fin ?
C’est quand même ce qu’on croit pendant une bonne partie du film… peut-être que cette formulation est une manière de ne pas spoiler ceux qui n’ont pas vu le film ?
oui, en effet, j’ai préféré une approche un peu plus métaphorique pour cet article pour éviter de spoiler quoi que ce soit …
C’est aussi une vision du personnage plus personnelle ; cela pourra choquer ou mettre en colère certains lecteurs, mais mon but est (était) de rendre un ressenti personnel qui a retenu mon attention pendant une bonne partie du film plus qu’une objectivité factuelle.