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Tu ne tueras point de Leslie Gwinner image téléfilm drame
Samuel LE BIHAN, Natacha REGNIER dans le téléfilm "Tu ne tueras point" © François LEFEBVRE - FTV

Critique & Interviews / “Tu ne tueras point” (2023) avec Samuel Le Bihan et Natacha Régnier

Dans le cadre d’une soirée continue “Autisme, la détresse des familles”, France 2 diffuse le téléfilm Tu ne tueras point de Leslie Gwinner, avec Samuel Le Bihan et Natacha Régnier, le mercredi 3 avril. L’avis et la critique film de Bulles de Culture.

Synopsis :

Ancien pénaliste de renom, Simon Marchand (Samuel Le Bihan) est aujourd’hui considéré comme un “has been”. Quelques années plus tôt, lors d’une affaire où il défendait une femme accusée de meurtre, il a entamé une liaison avec sa cliente et s’est laissé trop vite convaincre de son innocence. Humilié sur la place publique, Simon a frôlé la radiation du barreau et a divorcé de la mère de ses enfants (Samia Sassi). Depuis ce drame qui a fait dérailler sa vie, Simon vit seul et ne traite plus que des affaires sans envergure.

Pourtant, c’est bien en tant que pénaliste qu’il est sollicité pour défendre une femme mise en examen pour infanticide. Simon a entendu parler de cette affaire : Elsa Sainthier (Natacha Régnier) a reconnu le crime et dit avoir voulu mettre fin aux immenses et irrémédiables souffrances de son enfant, atteinte de polyhandicap et de troubles autistiques sévères. Sans autres perspectives que des structures d’accueil faites pour les troubles psychiques des adultes. Elsa a pris pour sa fille la plus dure des décisions. Elle n’a aucun regret, creusée de douleur, elle n’attend rien de ce procès, elle ne cherche pas à ce qu’on la comprenne, la plaigne ou l’excuse, ni à ce qu’on la défende.

Plutôt que de le décourager, l’attitude d’Elsa déclenche quelque chose chez Simon : sans jamais chercher à l’exonérer ou à la dédouaner, il va la défendre. Pour expliquer, pour comprendre.

Pour qu’un tel drame ne se reproduise plus jamais.

Tu ne tueras point : une seconde fiction unitaire sur l’autisme soutenue par Samuel Le Bihan

Tu ne tueras point de Leslie Gwinner image téléfilm drame
Samuel LE BIHAN, Natacha REGNIER dans le téléfilm “Tu ne tueras point” © François LEFEBVRE – FTV

Avec un scénario de Julien Guérif et Charlotte Pons — d’après une idée originale de Samuel Le Bihan —, une image de Christophe Paturange, des décors de Stéphane Perazzi, des costumes de Virginie Dubroca, un montage de Julien Peray et une musique originale de Laurent Perez del Mar — dont la chanson de fin Tomorrow, interprétée par la chanteuse Laure Zaehringer —, Tu ne tueras point est le premier film de la réalisatrice Leslie Gwinner et la seconde fiction unitaire sur l’autisme soutenue par le comédien Samuel Le Bihan après le téléfilm T’en fais pas, je suis là (2020).

Le tournage a eu lieu, en janvier 2023, dans le département du Rhône, en région Auvergne-Rhône-Alpes (Dardilly, Ecully, Lyon, Miribel, Saint-Didier-au-Mont-d’Or, Saint-Genis-Laval, Villefranche-sur-Saône, Villeurbanne).

À l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme du 2 avril, le service public propose une soirée continue autour de ce téléfilm, interprété par Samuel Le Bihan et Natacha Régnier.

Très impliqué sur ce sujet depuis qu’il est le père d’une fille autiste — il a été décoré, le 2 avril 2024, de la Légion d’honneur pour son engagement sur l’autisme, Samuel Le Bihan incarne avec conviction, dans Tu ne tueras point, Simon Marchand, un père de famille et avocat qui défend Elsa Sainthier, la mère infanticide d’un enfant polyhandicapé et autiste, interprétée avec intensité par Natacha Régnier.

“Il y avait une chose pour moi qui était très importante, c’est la dignité, a expliqué Natacha Régnier. Ce personnage n’est jamais larmoyant, il garde une dignité, même au-delà de ce qui est possible de garder. Et comme elle a commis un acte épouvantable, elle n’est pas, à ses yeux, pardonnable. Elle est du coup dans quelque chose de très retenu, de presque ‘rejetant’.”

Le reste de la distribution de Tu ne tueras point comprend :

3 questions au comédien Samuel Le Bihan :

A l’origine du téléfilm Tu ne tueras point, l’acteur Samuel Le Bihan est revenu sur la genèse de ce projet et sur son rôle.

Bulles de Culture : Dans Tu ne tueras point, vous incarnez un avocat. C’est une première fois…

Samuel Le Bihan : Ça faisait longtemps que je voulais jouer un avocat. J’avais envie de jouer une plaidoirie, avec le challenge que cela comporte en tant qu’acteur, de convaincre, avec les mots, de se lancer seul devant toute une audience. J’avais envie de se défi-là et pas nécessairement sur la question de l’autisme.

Et je suis tombé sur ces articles de presse, particulièrement sur celui d’une mère, épuisée, abandonné, à bout de force et qui n’ayant plus de solution face aux souffrances de son enfant, prend la décision de mettre fin à ses jours. On imagine la décision extrêmement lourde et désespérée que cela implique et j’ai voulu aborder cela parce que n’était pas abordée ni au cinéma ni à la télé.

Pourquoi un tel geste ? Quel est le chemin intérieur ? Comment ressort-on après ça ? Quel être humain on est après l’avoir fait ça ? Comment survivre à cela ? Comment considère-t-on la vie et le monde dans lequel on vit après ?

Bulles de Culture : Vous êtes-vous inspiré d’un fait divers en particulier pour le scénario ?

Samuel Le Bihan : Non, c’est un mélange de plein d’histoires vraies, pas d’une histoire en particulier. En fait, ça a commencé quand j’ai entendu à la radio, une femme, qui a été défendue par Éric Dupont-Moretti, et on attendait le résultat du procès.

Évidemment, j’ai tout de suite pris parti pour la mère parce que je l’ai imaginée désespérée. Mais la question se pose pour une mère qui a tout pouvoir et qui donne la vie et qui la reprend.

Bulles de Culture : Était-ce important pour vous que cette mère de famille, interprétée par Natacha Régnier dans Tu ne tueras point, ne soit pas complètement détestable ?

Samuel Le Bihan : Oui, il n’était pas question pour moi de voir une mère tuer son enfant. Ce que je voulais, c’est qu’on aborde le sujet après que l’acte ait eu lieu pour que ce soit acceptable pour le public.

On est donc quelques temps après, juste avant le procès. On est dans le temps de la justice. C’est la distance nécessaire pour pouvoir aborder un sujet aussi fort, avec pudeur et délicatesse.

Et il ne fallait jamais voir l’enfant, pour rester sur la mère et voir ce qu’elle vit, comment elle en ressort ou pas, pour qu’on puisse l’aimer, pas forcément la comprendre, mais avoir un peu d’empathie.

Bulles de Culture : Vous avez aussi une fille autiste. Cette histoire a du avoir une résonance particulière pour vous ?

Samuel Le Bihan : L’idée aussi, c’était d’aller au fond de la question. M’occuper de ma fille, ça m’a demandé un certain engagement. Mais c’est très heureux comme situation pour moi maintenant, parce qu’elle a énormément évolué. Maintenant, elle rentre dans l’adolescence, elle a des copines, elle est à l’école, elle est certes accompagnée par une AVS [NDLR : un.e AVS est un.e auxiliaire de vie scolaire qui accompagner un élève en situation de handicap] mais mais elle a fait des progrès incroyables.

Mais parce que ma fille restera différente quoiqu’il arrive, il se pose toujours la question de l’avenir. Donc, ça a remué des choses personnelles. Mais en même temps, dans le rôle d’avocat, je n’y ai pas mis d’écho personnel. Il fallait que je garde une certaine distance pour faire résonner la situation de sa cliente dans la justice française et ne pas sombrer dans une émotion déplacée.

Bulles de Culture : Tu ne tueras point est aussi une dénonciation des manques de l’État, l’absence de prise en charge des enfants autistes, d’accompagnement de leurs parents…

Samuel Le Bihan : Il y a eu des gros efforts qui ont été faits sur le dépistage, sur l’accompagnement des enfants, l’accompagnement à l’école… Aujourd’hui le combat, il se fait sur les places d’accueil et les centres organisés pour les parents.

Bulles de Culture : Il y a aussi dans le film la relation compliquée que votre personnage entretient avec son fils, Zac, joué par Jérémy Barrière…

Samuel Le Bihan : C’est un peu instinctif, j’avais envie de cette histoire parallèle d’un homme qui saisit cette affaire, à la fois parce que il a envie d’aider cette femme et parce qu’il a envie de parler à la société comme il le faisait peut-être avant, dans ces jeunes années où il était il était encore plein d’énergie plein de combativité.

C’est donc une personne qui a abandonné le combat il y a longtemps, et qui va reprendre les armes et trouver le moyen de montrer à son fils qui il était. C’est aussi une façon de se reconnecter avec lui et de lui transmettre une forme d’héritage. On se sent quand même plus fort quand on est fier de ses parents.

Bulles de Culture : Pour conclure, avez-vous compris le geste de cette mère ?

Samuel Le Bihan : Je crois que je n’ai pas la réponse parce qu’on imagine pas ce qu’elle a vécu. L’idée, ce n’est pas de comprendre son geste, mais de le regarder en face et de se poser la question par rapport à notre société : où est-ce qu’on en est dans notre humanité ?

Notre avis ?

Soutenu par une belle distribution et des scènes fortes — comme la séquence de reconstitution au début et la scène de la plaidoirie à la fin —, Tu ne tueras point est un téléfilm engagé et bouleversant qui met en lumière le parcours solitaire et semé d’embûches de parents d’enfants handicapés.

En savoir plus :

  • Tu ne tueras point est diffusé sur France 2 le mercredi 3 avril 2024 à 21h10
  • Le téléfilm est suivi, à 22h30, d’un débat présenté par Julian Bugier, avec notamment comme invité, Samuel Le Bihan, comédien et co-fondateur de la plateforme Autisme Info Service
  • Le téléfilm est proposé en streaming et en replay sur France.tv
Jean-Christophe Nurbel
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