A l’occasion du Salon International de l’Agriculture 2025, Marie Portolano accueille ce soir, dans la case Infrarouge de France 2, un nouveau et passionnant documentaire d’Éric Guéret sur le milieu agricole, Sur la paille. L’avis et la critique film de Bulles de Culture, ainsi que notre interview du réalisateur au Luchon Festival 2025.
Synopsis :
Olivier Tanguy a travaillé toute sa vie en Bretagne dans des élevages industriels de porcs. Souffrance animale, dégâts environnementaux, pollutions et mauvaises conditions de travail… cette activité lui est devenue insupportable. Il s’est mis à rêver d’un monde meilleur.
Alors il y a quatre ans, Olivier décide d’ouvrir un élevage de porcs biologiques. Le marché est prometteur. L’agriculture bio explose et la loi EGalim votée en France impose 20% de produits bios dans l’alimentation collective (écoles, hôpitaux, collectivités,…). Un débouché énorme qui encourage toute la filière.
Mais aujourd’hui, une crise terrible frappe l’agriculture biologique. La banque d’Olivier lui a donné un an pour s’en sortir. Il risque de fermer son élevage et de tout perdre. Entre les rêves d’hier et la réalité d’aujourd’hui, que s’est-il passé ? Olivier n’a commis aucune erreur et sa jeune exploitation a été bien menée.
Sur la paille : un documentaire alarmant et militant qui rend concret le quotidien difficile et marginalisé des acteurs de la filière bio

Après le scandale sanitaire des herbicides et pesticides (La mort est dans le pré et La vie est dans le pré), le documentariste Éric Guéret se penche sur la crise du bio en France. Pour cela, il est allé voir ceux qui produisent et a suivi, sur une année, Olivier Tanguy, un éleveur de cochons qui a fait le choix, il y a 4 ans et avec les encouragements de l’État, de devenir éleveur de porcs biologique.
Sauf qu’après une croissance à deux chiffres, le voilà désormais endetté jusqu’au cou après avoir pris de plein fouet l’impact de l’inflation sur la consommation, le désengagement brutal du gouvernement français vis-à-vis du bio et les débouchés soudainement limités dans la distribution.
En suivant Olivier dans son travail sur l’exploitation et dans ses échanges réguliers avec sa banque pour maîtriser sa dette, en recueillant des témoignages de son entourage et d’experts, Éric Guéret montre l’absurde réalité d’aujourd’hui d’un homme, qui n’est nullement un idéaliste mais un homme posé, pragmatique et très sensibilisé à la question environnementale (cultiver sans pesticides pour avoir une terre sans vers de terre, produire du fumier bénéfique plutôt que du lisier polluant…), perd plus d’argent qu’il n’en gagne en produisant bio, faisant même craindre un suicide lors d’une séquence très forte, où le fournisseur exige d’être payer avant de livrer de la nourriture pour les bêtes.
Notre avis ?
Avec Sur la paille, le réalisateur Éric Guéret signe un documentaire alarmant et militant qui rend concret le quotidien difficile des acteurs de la filière bio et la marginalisation de leur label au détriment de l’environnement.
Rencontre avec le réalisateur Éric Guéret : “Le film raconte le risque de faillite d’un homme et d’un système”

En compagnie de notre confrère Vanessa Archambault de la radio Esprit Occitanie, Bulles de Culture a échangé avec le réalisateur Éric Guéret autour du documentaire Sur la paille, à l’occasion du Luchon Festival 2025.
Bulles de Culture : La mort est dans le pré, La vie est dans le pré, l’agriculture est un sujet qui revient souvent dans votre travail…
Éric Guéret : Oui, ça fait partie des thématiques que j’aime suivre. Je reviens régulièrement sur les sujets agricoles parce que je trouve que ça concerne tout le monde. Et je mène moi-même une grosse bataille contre les pesticides et pour l’agriculture biologique depuis plus de 20 ans.
Bulles de Culture : Un temps de cochon, Sur la paille… plusieurs titres ont été envisagés pour ce documentaire. Qu’est-ce qui a guidé le choix ?
Éric Guéret : Sur la paille raconte bien le film parce qu’en agriculture biologique, les cochons sont élevés sur la paille et c’est très important de voir le film pour comprendre pourquoi, notamment en terme de pollution par les nitrates. D’autre part, Olivier [NDLR : l’éleveur de porcs biologiques suivi par Éric Guéret dans le documentaire] est sur la paille et essaie de survivre malgré la crise.
Bulles de Culture : Quelle a été la genèse de ce projet ?
Éric Guéret : J’ai découvert qu’il y avait une grave crise de l’agriculture biologique depuis quelques années, depuis la guerre en Ukraine. Je n’en avais pas pris conscience et du coup, il me semblait important de raconter ce qui se passe. Car en plus de cette crise d’inflation, l’agriculture bio est attaquée depuis plusieurs années par des syndicats, des responsables politiques et des personnes qui ont envie qu’on dérégule au maximum l’agriculture pour donner un “maximum de liberté” aux agriculteurs. Or, ces normes ont été établies depuis des décennies pour protéger l’environnement.
Bulles de Culture : Que vouliez-vous montrer à travers Olivier et son exploitation ?
Éric Guéret : Le film raconte le risque de faillite d’un homme et à travers lui, le risque de faillite d’un système, et j’essaie de comprendre pourquoi ce système en est là et qu’est-ce qui se passe. Pourquoi est-ce que le système potentiellement le plus vertueux se trouve être celui à la fois décrié par une partie de l’opinion et abandonné par les consommateurs et les responsables politiques ? C’est vraiment pour moi un paradoxe intéressant à éclairer. Et c’est ce que j’ai fait en passant une année avec Olivier.
Bulles de Culture : Comparé à sa femme, Olivier n’est pas un homme très expressif…
Éric Guéret : C’est un énorme combattant. Après, ce n’est pas un grand communicant, mais il se bat comme un fou pour sauver son exploitation. Et il y arrive puisqu’il est toujours en vie, alors qu’il partait parmi les plus défavorisés. Après, c’est vrai que c’est quelqu’un d’un peu taiseux, mais ce n’est pas forcément à lui de porter l’analyse politique dans le film. D’ailleurs, il y a des gens qui viennent lui rendre visite et qui apportent ces éclairages politiques. Olivier, lui, est dans son combat.
Par contre, il a une émotivité à fleur de peau et il nous partage son état. Ce qui n’est pas évident pour un agriculteur. Olivier a cette générosité de cœur qui fait que c’est aussi un très beau personnage de film pour ça.
“L’agriculture biologique est le label le moins toxique sur l’environnement pour produire”

Bulles de Culture : Concernant votre travail de réalisation, vous ne restez pas à distance dans le documentaire Sur la paille. Vous n’hésitez pas à intervenir, à vous impliquer…
Éric Guéret : Par rapport à plusieurs manières de faire du documentaire en immersion, moi, j’ai la position, sur le plan cinématographique, du copain, du collègue de travail, du confident. Donc oui, j’interviens et on m’entend parce que je filme ma relation avec les gens que je filme.
Depuis toujours, je dis aux gens que je filme, que je suis là, que j’ai une caméra, que je n’essaie pas de disparaître… Et à force d’être là, dans une relation et une écoute avec eux, je finis par disparaître comme disparaît un collègue de travail. Donc je garde cette posture et je discute, j’échange, je donne parfois un peu mon avis, mon sentiment, je m’implique. Mais c’est parce que je vis au rythme de leur quotidien, de leurs difficultés. Je les partage, mais je n’agis pas.
Bulles de Culture : Que devient Olivier aujourd’hui ?
Éric Guéret : Olivier continue, il est vivant, son exploitation aussi et c’est déjà énorme. Les difficultés financières continuent à être là car même si la consommation repart, elle ne repart pas encore assez.
Les aides de l’État ne sont toujours pas là, la loi EGAlim n’a toujours pas prévu d’être appliquée [NDLR : Depuis le 1er janvier 2022, les restaurants collectifs assurant un service public doivent proposer au moins 20% de produits biologiques]. Donc structurellement, les problèmes ne sont pas réglés.
Mais il y a des gens qui n’ont pas envie de changer de système et qui préféreront mourir au volant de leur exploitation plutôt que d’y remettre de la chimie.
Bulles de Culture : Et c’est aussi une des qualités de votre documentaire, c’est de rendre concret cette réalité, de nous montrer l’autre côté du décor…
Éric Guéret : L’autre côté, ce sont des gens qui souffrent d’une campagne de bio-bashing, très organisée très structurée et qui a bien pris car on constate qu’il y a un doute dans l’esprit des gens sur les vertus du modèle bio. Comme il y a une forme de fatigue et un doute aussi par rapport à l’écologie en général.
Je pense qu’on souffre de ça mais c’est surtout l’environnement qui en souffre. Il est donc important dans ce genre de film de rappeler ce qu’est l’agriculture biologique. C’est le label le moins toxique sur l’environnement pour produire.
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En savoir plus :
- Sur la paille est diffusé le mercredi 26 février 2025 à 23h, dans le cadre de la case Infrarouge, présentée par Marie Portolano
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